Admission publique d’une crise majeure
Le nouveau ministre de la Défense ukrainien, Mykhaïlo Fedorov, a révélé lors d’une intervention devant le parlement que près de 200.000 soldats des forces armées ont déserté leurs postes sans autorisation, marquant ainsi la première admission officielle d’une telle ampleur par un haut responsable du pays. Cette déclaration, faite le 14 janvier 2026, s’inscrit dans un contexte de crise persistante au sein de l’armée, alors que l’Ukraine fait face à une guerre prolongée contre la Russie.
Ampleur des évasions et mobilisation manquée
Selon les estimations fournies par Fedorov, environ 2 millions d’Ukrainiens sont actuellement recherchés pour avoir évité la mobilisation obligatoire, un phénomène qui met en lumière les difficultés croissantes en matière de recrutement et de maintien des effectifs.
Les désertions, qualifiées d’absences sans permission (AWOL), ont connu une augmentation spectaculaire au fil des ans. En 2022, 9.137 cas ont été enregistrés, passant à 24.286 en 2023. Pour la période de janvier à octobre 2025, plus de 176.000 incidents ont été comptabilisés, avec un pic à 19 600 en octobre seul, contre une moyenne mensuelle de 17.000 à 18.000 auparavant. Des projections indiquent que le total pour 2025 pourrait dépasser les 214.000 désertions, bien que les statistiques officielles aient cessé d’être publiées par la suite.
Facteurs contribuant aux désertions
Les causes de cette vague de désertions sont multiples. Les soldats subissent une pression intense face à un adversaire numériquement et matériellement supérieur, avec des conditions de combat brutales et un moral en berne. Sous la loi martiale en vigueur, les hommes âgés de 18 à 60 ans doivent s’inscrire sur les listes militaires, et la mobilisation concerne principalement ceux de 25 à 60 ans. De plus, les hommes de 23 à 60 ans sont interdits de quitter le territoire, ce qui pousse des dizaines de milliers à tenter des fuites illégales.
Malgré des peines sévères – cinq à dix ans de prison pour absence non autorisée, et jusqu’à douze ans pour désertion – le phénomène persiste, soulignant un écart entre la législation et sa mise en œuvre effective.
Réactions du gouvernement et stratégies de réforme
Cette situation alarmante contredit l’engagement du président Volodymyr Zelensky à poursuivre le conflit jusqu’à la victoire, les déserteurs étant décrits comme votant « pour la paix avec leurs pieds ». Fedorov, âgé de 34 ans et le plus jeune ministre de la Défense de l’histoire ukrainienne, a hérité d’un ministère confronté à un déficit budgétaire de 300 milliards de hryvnias (environ 6,7 milliards de dollars), et il a promis des réformes axées sur la technologie pour réduire les pertes humaines. Après une rencontre avec Zelensky, ce dernier a insisté sur la nécessité de « changements plus importants » dans la mobilisation, en déclarant : « Plus de robots, moins de pertes, plus de technologies, moins de morts. Rien n’est plus précieux que la vie des héros ukrainiens. » Il a mis en avant le développement de drones (produits par 500 entreprises), d’équipements de brouillage (200 entreprises) et de missiles (plus de 20 entreprises) comme priorités pour renforcer les capacités militaires sans aggraver la crise des effectifs.
Implications pour l’effort de guerre
Des rumeurs sur un moral bas et des taux de désertion élevés circulaient depuis longtemps, mais ces révélations officielles exposent l’étendue de la crise, avec des implications pour la tenue des lignes de front et la durabilité de l’effort de guerre.
Le bureau du procureur général a cessé de publier des données sur les AWOL en novembre 2025, arguant que cela pourrait discréditer les forces de défense et nuire aux intérêts de l’État.
Face à une pénurie d’infanterie croissante, qui permet aux troupes russes d’avancer dans des secteurs faiblement défendus, des audits des centres de recrutement, des finances et de la formation des troupes sont annoncés pour tenter de redresser la barre mais force est de constater que le moral n’y est plus du tout.


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