Cyberattaque au ministère de l’Intérieur : des « dizaines de fiches » volées

Une onde de choc traverse l’appareil d’État français. Après la révélation d’une cyberattaque d’une gravité exceptionnelle contre le ministère de l’Intérieur, c’est un sentiment d’inquiétude et de colère qui prévaut. Des pirates informatiques ont dérobé les données personnelles de plus de 16,4 millions de nos concitoyens, s’attaquant au cœur même de la sécurité nationale.

Un coup porté au sanctuaire républicain

L’intrusion, qui a duré plusieurs jours selon les propres termes du ministre Laurent Nuñez, a ciblé des fichiers parmi les plus sensibles de la République : le Traitement des antécédents judiciaires (TAJ) et le Fichier des personnes recherchées (FPR). Ces bases ne recensent pas seulement des noms, mais l’intimité des vies brisées par le crime : victimes, témoins, familles de disparus.

« Des fichiers importants pour nous », a concédé, avec une litote troublante, le ministre de l’Intérieur. Importants ? Il s’agit du socle même de l’action policière et judiciaire.

Pourtant, la première réaction des autorités a été de minimiser. Alors que les pirates, sous le pseudonyme « Indra », clamaient sur le darknet avoir exfiltré les données de millions de personnes, Beauvau n’évoquait initialement que « quelques dizaines de fiches » confidentielles subtilisées. Ce décalage entre la revendication des hackers et la communication officielle alimente la défiance. Qui croire ? La version rassurante d’un État qui contrôle, ou les preuves d’une fuite massive exposant des millions de Français à des risques d’usurpation d’identité ou de chantage ?

Des mots de passe en clair et des années d’incurie

L’enquête révèle un niveau de négligence qui confine à l’inconséquence. L’intrusion aurait été possible à cause « d’imprudences » et d’échanges de codes d’accès « en clair » par messagerie électronique, « en dépit de toutes les règles de prudence », comme l’a reconnu Laurent Nuñez. Imaginez : la clé du coffre-fort national laissée sur la table d’un café. Cette incurie opérationnelle n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle pointe vers un problème systémique plus profond : le sous-investissement chronique dans la cybersécurité des institutions publiques.

Pendant des années, sous la présidence d’Emmanuel Macron et les gouvernements successifs, les choix budgétaires et les priorités politiques ont relégué la modernisation et la sécurisation des systèmes d’information de l’État au second plan. On a préféré la communication sur la « start-up nation » au renforcement indispensable des serveurs archaïques. On a laissé pourrir des infrastructures numériques vieillissantes, véritable passoire face aux cyberattaques. Aujourd’hui, la facture de cette impéritie nous est présentée : la vie privée et la sécurité de 16 millions de Français sont potentiellement compromises.

Un suspect interpellé, mais le mal est fait

L’interpellation, mercredi à Limoges, d’un jeune homme de 22 ans, déjà connu de la justice, est une étape nécessaire. Mais elle ne suffit pas. Elle ne répare rien. Elle n’efface pas les données volées. Elle ne répond pas à la question angoissante que se posent des millions de personnes : mes informations sont-elles entre de mauvaises mains ?

La sécurité des Français ne se négocie pas à la petite semaine ; elle se construit par une stratégie de long terme, des moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux, et une culture de la rigueur implacable. Aujourd’hui, le gouvernement doit plus que des explications techniques. Il doit des comptes politiques. Comment a-t-on pu en arriver là ? Quelles leçons concrètes seront tirées ? Et surtout, quels moyens colossaux seront enfin débloqués pour que le sanctuaire numérique de la Nation ne ressemble plus à une forteresse de papier ?

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