L’ancien patron de la DGSE reconnu coupable de complicité de tentative d’extorsion

L’ancien patron de la DGSE reconnu coupable de complicité de tentative d’extorsion

Dans un verdict retentissant qui expose les dérives des services de renseignement français, Bernard Bajolet, ancien directeur général de la Sécurité extérieure (DGSE) de 2013 à 2017, a été reconnu coupable le 8 janvier 2026 de complicité de tentative d’extorsion et d’atteinte arbitraire à la liberté individuelle. Le tribunal correctionnel de Bobigny a prononcé une peine d’un an de prison avec sursis – plus lourde que les six à huit mois requis par le parquet – sans inscription au casier judiciaire, en tenant compte de ses « états de service exceptionnels ». Bajolet est également condamné à verser 25.000 euros à Alain Duménil, dont 15.000 euros pour les « souffrances endurées », un montant bien inférieur aux 3 millions d’euros réclamés par la partie civile pour un préjudice qualifié d’« incommensurable ». La cour a qualifié les méthodes employées de « choquantes », « inquiétantes » et « contraires à l’État de droit », soulignant qu’il est « peu probable que des agents puissent agir en toute autonomie » dans un dossier aussi sensible.

Les racines d’un scandale financier aux allures de vendetta institutionnelle

L’affaire trouve son origine au début des années 2000, lorsque la DGSE, cherchant à préserver son autonomie financière en cas de crise extrême – comme une occupation ennemie ou l’effondrement du gouvernement –, confie la gestion d’un « trésor de guerre » secret à des intermédiaires privés.

Ce fonds, accumulé depuis les réparations de la Première Guerre mondiale et enrichi après la Seconde, est évalué à environ 23 millions d’euros.

Il est investi dans le secteur du luxe via des sociétés comme EK Finances (EKF) et France Luxury Group, qui accumulent des pertes chroniques (voir ici).

En 2001, Alain Duménil, un homme d’affaires franco-suisse au passé judiciaire chargé – impliqué dans des litiges commerciaux et mis en examen pour banqueroute frauduleuse –, est recruté via le consultant Alain Juillet pour restructurer ces actifs. Duménil procède à un échange de parts avec Francesco Smalto Holding (FSH), cédant un compte courant de 12,7 millions d’euros et faisant de la DGSE un actionnaire à 21,2 %. Mais les investissements virent au désastre : FSH fait faillite avec 47 millions d’euros de dettes, entraînant la perte totale des fonds. La DGSE accuse Duménil d’avoir détourné ces actifs vers des structures sous son contrôle par des opérations frauduleuses. Duménil rétorque avoir injecté plus de 55 millions d’euros et nie toute dette, dénonçant une « vendetta » des services secrets.

Une plainte est déposée en 2014, menant à une enquête judiciaire. En 2021, la cour d’appel de Paris rejette le statut de partie civile des entités liées à la DGSE, estimant l’absence de préjudice direct prouvé. Au tribunal de commerce, les sociétés affiliées à la DGSE ne récupèrent que 300.000 euros symboliques. Les procédures de faillite se poursuivent en novembre 2025 sans récupération significative des fonds, considérés comme intégrés ou dissipés dans les structures de Duménil.

Face à ces échecs judiciaires, la DGSE opte pour des méthodes extrajudiciaires, franchissant la ligne rouge.

L’interception à l’aéroport : Menaces et intimidations dignes d’une opération mafieuse

Le 12 mars 2016, à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, Alain Duménil est intercepté par la police aux frontières sous prétexte d’un contrôle de passeport alors qu’il s’apprête à embarquer pour la Suisse. Conduit dans une salle sans fenêtre, il est confronté à deux agents de la DGSE en civil : l’un « plutôt bien habillé », l’autre un « gros bras ». Les hommes exhibent un album de photos de Duménil et de sa famille – épouse et filles – prises à Genève et à Londres, pour démontrer qu’il est sous surveillance depuis longtemps, et exigent le remboursement de 15 millions d’euros, l’accusant d’avoir « volé l’État » via des manœuvres financières datant de deux décennies.

Les menaces sont explicites et glaçantes : « Si vous ne payez pas, on passe au truc dessus. Vous risquez de vous retrouver dans une chaise roulante… ça sera peut-être l’une de vos filles ou peut-être votre femme ». Duménil décrit ces intimidations comme des « menaces de voyous », qui l’ont plongé dans une peur constante pendant dix ans, l’obligeant à s’expatrier pour sa sécurité. Il accuse même la DGSE de tentatives d’assassinat et de pressions sur la justice. Les agents s’éclipsent lorsque Duménil menace de porter plainte, laissant la victime traumatisée.

Bernard Bajolet admet avoir validé cette « entrevue secrète » pour récupérer les fonds perdus, qu’il présente comme un « patrimoine privé » de la DGSE. Il nie cependant avoir eu connaissance des méthodes coercitives, affirmant que les agents ont agi de leur propre chef. La cour rejette cette version, notant que Bajolet n’a ni alerté la justice ni engagé de sanctions disciplinaires, se retranchant derrière le secret défense – une opacité qui a empêché l’identification des agents impliqués.

Un procès emblématique après une décennie de rebondissements

Après dix ans d’enquête marquée par des invocations répétées au secret d’État, le procès s’ouvre le 6 novembre 2025 au tribunal de Bobigny. Bajolet, 76 ans, ancien ambassadeur en Irak et en Afghanistan, risquait jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende, selon les peines maximales prévues par le Code pénal pour ces délits. Au tribunal, Duménil apparaît marqué : « Il a flingué dix ans de ma vie. Il faut que ce soit jugé parce que je veux dormir tranquille. » Bajolet reste impassible et, avec ses avocats, refuse de commenter le verdict.

Cette affaire met en lumière des dysfonctionnements structurels au sein de la DGSE : des fonds opaques gérés en dehors des budgets officiels, sans contrôle parlementaire, menant à des investissements hasardeux et à des recours extrajudiciaires. Elle symbolise une « dérive flagrante », où des outils d’État – surveillance, interception, menaces – sont utilisés pour des fins privées ou institutionnelles obscures, érodant la confiance dans les institutions républicaines. Des voix appellent à une commission parlementaire pour auditer ces « patrimoines privés » et imposer plus de transparence, afin d’éviter l’impunité et de restaurer l’intégrité des services secrets.

La condamnation de Bernard Bajolet, figure respectée de l’espionnage français, marque un tournant : même les maîtres-espions ne sont pas au-dessus des lois.

Cette affaire interroge la frontière entre défense nationale et abus de pouvoir, révélant les ombres d’un système où l’opacité peut mener à des pratiques dignes d’un État-bandit.

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