Le 22 février 2026, l’armée mexicaine a abattu Nemesio Oseguera Cervantes, dit « El Mencho », chef du Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), l’un des organisations criminelles les plus puissantes et violentes au monde. Blessé lors d’une opération à Tapalpa (Jalisco), il est mort pendant son transfert. Immédiatement, ses hommes ont plongé le pays dans le chaos : plus de 250 barrages routiers, voitures et bus incendiés, aéroports fermés (dont Puerto Vallarta), écoles annulées, fumée sur Guadalajara.
Des scènes de guerre civile ont envahi les rues, rappelant que la mort d’un parrain ne fait que libérer la violence d’un monstre hydre.
Ce drame n’est pas un fait divers. Il révèle le danger existentiel que représente le narcotrafic pour la démocratie elle-même.
Un cancer qui détruit la démocratie
Là où le trafic de drogue prospère, l’État perd le monopole de la violence légitime. Les cartels créent des territoires parallèles : ils perçoivent des impôts (extorsion), rendent une « justice » expéditive, corrompent policiers, juges, maires et même présidents. Au Mexique, le CJNG dispose d’arsenaux militaires (blindés, drones, lance-roquettes) et a déjà tenté d’assassiner des hauts responsables. En Colombie, les FARC et les paramilitaires ont longtemps financé leur guerre grâce à la coca.
Partout, la démocratie recule : élections truquées, journalistes assassinés, population terrorisée.
Le narcotrafic transforme l’État de droit en coquille vide. C’est une narco-démocratie ou, pire, un narco-État.
Les paysans pauvres, résignés malgré leur désaccord moral
À la base de cette machine infernale : des millions de paysans dans les pays les plus pauvres. En Colombie, au Pérou, en Bolivie, au Mexique ou en Afghanistan, ils cultivent coca, pavot ou cannabis non par goût, mais par survie. Un hectare de coca rapporte 5 à 10 fois plus qu’une culture vivrière. Les cartels ou guérillas imposent : « tu plantes ou tu meurs ». Endettés auprès des trafiquants (qui achètent la récolte à l’avance), menacés de mort s’ils refusent, ces familles disent souvent : « Nous n’aimons pas ça, c’est contre nos valeurs, mais c’est marche ou crève ». Les programmes de substitution (développement alternatif) échouent souvent : sans débouchés économiques réels et face à la répression, les paysans replantent ailleurs. Moralement opposés à la drogue qui détruit leurs propres enfants, ils sont prisonniers d’un système qui les broie.
Un désastre environnemental silencieux
La culture et la transformation de la drogue ravagent la planète. En Colombie, la coca a causé directement ou indirectement jusqu’à 50 % de la déforestation dans certaines régions amazoniennes : 13.000 hectares de forêt primaire abattus en 2020 rien que pour la coca. Pour produire 1 kg de cocaïne, on détruit environ 4 m² de forêt. La transformation exige des quantités colossales d’eau (jusqu’à 2.000 litres par kg), d’essence, d’acide sulfurique, de permanganate :
les rivières deviennent des égouts toxiques, les sols sont empoisonnés, la biodiversité s’effondre.
Au détriment des cultures alimentaires, cette soif d’eau aggrave la famine et les conflits locaux. La drogue n’est pas seulement un poison pour l’homme : c’est un poison pour la Terre.
En France : progression fulgurante, pseudo-ignorance et zones de non-droit
La France n’est plus épargnée. Selon l’OFDT, le marché des drogues illicites a explosé : 6,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023 (+189 % depuis 2010). La cocaïne a triplé (47 tonnes consommées), générant à elle seule 3,1 milliards. En 2025, les autorités ont saisi un record de 81 tonnes de cocaïne. Plus de 307.000 personnes mises en cause pour usage, 56 600 pour trafic. Les points de deal (plus de 3.000) gangrènent les cités.
Et pourtant, un sentiment de pseudo-ignorance règne.
Ironie suprême : depuis 2018, l’Insee intègre officiellement les revenus du trafic de drogue dans le calcul du PIB (conformément aux normes Eurostat), ajoutant environ 0,1 point à la croissance.
L’économie souterraine dope les chiffres officiels… pendant que l’État peine à reprendre le contrôle des zones de non-droit. Dans de nombreuses banlieues, les réseaux règnent : guetteurs, kalachnikovs, règlements de comptes. Les opérations « place nette » sont médiatiques mais ponctuelles. Les enclaves persistent, l’État y est absent ou toléré tant que les statistiques économiques restent belles.
Il est temps de regarder la réalité en face
La mort d’El Mencho n’a pas affaibli le cartel : elle l’a rendu plus dangereux. Le fléau de la drogue ne se limite pas à la santé publique ou à la sécurité : il est une menace civilisationnelle. Il corrompt les démocraties, exploite les plus pauvres, détruit l’environnement et installe des contre-sociétés sur notre sol. En France comme ailleurs, la résignation ou la complaisance statistique (PIB dopé) ne sont plus une option. Il faut une réponse globale : répression sans faiblesse des réseaux, aide massive et réelle aux pays producteurs, refus de toute normalisation. Sinon, le chaos mexicain d’aujourd’hui sera le nôtre demain. La démocratie ne survivra pas à la narco-mondialisation.


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