Le bilan 2025 de la cellule Signal‑Sport fait état de 872 signalements de violences dans le sport, contre 532 en 2024 et 363 en 2023. Une hausse de 64 % en un an et d’environ 140 % sur deux ans, autant dire un signal d’alarme massif. Chaque dossier ouvre une enquête administrative, et au moins 39 cas ont été transmis à la justice pénale. Pour la ministre des Sports Marina Ferrari, ce n’est pas qu’un état de crise : c’est la preuve que la parole se libère et que le dispositif fonctionne, même si, selon elle, « il reste beaucoup à faire ».
Lancée en 2020 après les témoignages fracassants d’athlètes comme l’ancienne patineuse Sarah Abitbol, la plateforme Signal‑Sport s’est progressivement élargie. Depuis 2023, elle ne se limite plus aux seules violences sexistes et sexuelles (VSS), mais couvre désormais aussi les violences physiques, psychologiques et certains comportements inappropriés. Sur le terrain, les contrôles d’honorabilité se sont renforcés : chaque fois qu’un club engage un éducateur, amateur ou professionnel, son nom est soumis à une vérification automatique via le FIJAIS, le fichier des personnes condamnées pour infractions sexuelles ou violentes. En 2025, plus d’un million de contrôles ont été réalisés, pour un total de près de cinq millions depuis 2021.
En 2025, 206 décisions d’urgence ont été prises par les préfets pour des situations jugées dangereuses, et 58 auteurs de violences ont été frappés de mesures pérennes : interdiction d’encadrement, retrait de carte professionnelle, parfois radiation pure et simple d’une structure.
« Ce sont des signaux très clairs adressés aux victimes : elles peuvent parler, être entendues et protégées. Et un message sans équivoque aux abuseurs : l’impunité n’a plus sa place dans le sport », martèle Marina Ferrari.
Des victimes sont majoritairement des femmes (57 % des signalements, 77 % dans les cas de VSS) et mineuresdans 67 % des cas, proportion qui grimpe à 76 % pour les violences sexuelles. À l’inverse, les auteurs sont presque exclusivement des hommes (plus de 9 fois sur 10), dont près de la moitié sont des éducateurs bénévoles dans des clubs.
Les fédérations, qui venaient autrefois en arrière‑plan, sont désormais en première ligne : elles ont remonté 273 signalements en 2025, devant les victimes elles‑mêmes ou leurs proches (207). Chaque grande instance fédérale dispose désormais de son référent dédié, en lien direct avec la cellule Signal‑Sport. Les équipes de l’État se renforcent également, avec treize agents affectés à plein temps à cette mission. Les affiches de la campagne ministérielle, désormais obligatoires dans les salles de sport et stades depuis mai dernier, contribuent à rendre la plateforme plus visible et à encourager la dénonciation.
Jérôme Fournier, nouveau délégué ministériel à la lutte contre les violences dans le sport, insiste sur la nécessité de construire une relation de confiance durable avec les victimes. Les associations comme Colosse aux pieds d’argile ou La Voix de l’Enfant jouent un rôle majeur dans ce travail de terrain, en aidant les victimes à parler et à se sentir soutenues.
Antoine, rédacteur stagiaire, service information


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