la nomination de Stéphane Séjourné relance-t-elle une affaire de népotisme ?
Le 26 avril 2026, Juan Branco, avocat et figure médiatique très critique de la macronie, publie sur X un message qui fait le buzz :
il affirme que Gabriel Attal, alors Premier ministre, a commis une prise illégale d’intérêts en nommant son « conjoint » Stéphane Séjourné ministre de l’Europe et des Affaires étrangères le 11 janvier 2024.
Selon lui, Attal savait que c’était illégal et a donc « tenté de faire croire » qu’ils étaient séparés. Il évoque également l’épisode du palais d’Iéna, où le couple aurait « privatisé » la terrasse aux frais de l’État pour assister au feu d’artifice du 14 juillet 2024. Le délit est puni de cinq ans de prison et 500.000 euros d’amende.
Une accusation lourde, qui repose sur une vieille animosité personnelle entre les deux hommes. Mais que disent vraiment les faits ?
Une relation connue, une rupture officielle en 2022
Gabriel Attal et Stéphane Séjourné se rencontrent en 2015. Ils se pacsent en 2017. Leur couple, très médiatisé après un outing forcé par Juan Branco lui-même dans son livre Crépuscule (2019), est alors au cœur du pouvoir macroniste : Séjourné est conseiller politique d’Emmanuel Macron, Attal grimpe rapidement les échelons.
Officiellement, ils se séparent en 2022. Attal l’a confirmé à plusieurs reprises, notamment dans son livre En homme libre (sorti le 23 avril 2026) : il assume être « le principal responsable » de la rupture, évoque une « autre histoire » pendant plus de deux ans et décrit leurs retrouvailles comme une « évidence » après la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024.
Dès la nomination de Séjourné en janvier 2024, l’entourage du futur ministre avait contacté la presse pour anticiper toute polémique : « Ils ne sont plus ensemble depuis deux ans, le PACS a été rompu. » Cette version a été relayée par de nombreux médias (Le Figaro, Huffington Post, Voici, etc.).
Le palais d’Iéna : un privilège, pas une preuve de concubinage
Branco cite « Le Canard enchaîné ». En réalité, c’est Mediapart qui a révélé, le 31 juillet 2024, que Matignon avait fait ouvrir exceptionnellement la terrasse du palais d’Iéna (siège du CESE) pour qu’Attal et Séjourné (alors encore ministre) puissent assister au feu d’artifice après un « dîner de travail ».
L’opération a été justifiée par des raisons de sécurité. Critiquée comme un usage privé des moyens de l’État, elle n’a cependant jamais été qualifiée de « privatisation » payante.
À cette date, Séjourné était encore au gouvernement, mais le couple était officiellement séparé depuis deux ans selon leurs propres déclarations.
Prise illégale d’intérêts : un délit qui colle mal au dossier ?
Le délit de prise illégale d’intérêts (article 432-13 du Code pénal) vise un agent public qui prend, reçoit ou conserve un intérêt quelconque dans une entreprise ou une opération dont il a, au moment de l’acte, la charge d’assurer, en tout ou partie, la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement. Il faut un intérêt personnel direct (financier, affectif ou familial) qui influence la décision.
Ici :
- La nomination de Séjourné est une décision politique du Président de la République, validée en Conseil des ministres. Pas un marché public ni une décision administrative classique.
- Au moment des faits, le couple était officiellement séparé depuis deux ans. Aucune déclaration d’intérêts à la HATVP ne les listait comme pacsés après 2022.
- Aucune plainte n’a abouti, aucune enquête n’a été ouverte à ce jour (recherches exhaustives au 26 avril 2026).
Politiquement, la nomination d’un ex-conjoint reste hautement controversée et soulève des questions évidentes de conflit d’intérêts apparent.
Mais juridiquement, elle ne correspond pas au cadre classique du délit.
Une vieille rivalité qui refait surface
Juan Branco et Gabriel Attal se connaissent depuis le collège (l’École alsacienne). Leurs relations ont toujours été conflictuelles : Attal accuse Branco de harcèlement scolaire et d’insultes homophobes ; Branco accuse Attal d’ambition sans scrupules et de népotisme via Séjourné. L’animosité est publique depuis des années et ressurgit régulièrement, surtout depuis la sortie du livre d’Attal qui le positionne clairement pour 2027.
En conclusion : polémique politique ou affaire sérieuse ?
L’accusation de Juan Branco repose sur des faits réels (la nomination, l’épisode Iéna) mais interprète une séparation comme une « mascarade ».
Elle met en lumière un vrai malaise : en politique, les frontières entre vie privée et intérêts publics sont souvent floues, et les déclarations des intéressés ne valent pas preuve irréfutable.
À l’heure où Gabriel Attal, désormais secrétaire général de Renaissance, prépare activement l’après-Macron et fait la promotion de son livre, cette affaire resurgit comme un symptôme alarmant d’un système qui a perdu le sens du service public.
Les hommes et les femmes politiques ont le devoir absolu de donner l’exemple. Ils sont là pour servir la République et le peuple français, et non pour se servir eux-mêmes ou favoriser leur entourage proche.
Or, la nomination d’un ex-conjoint, l’usage privé du palais d’Iéna et la défense qui repose uniquement sur leur propre parole illustrent exactement l’inverse : une forme d’entre-soi et de privilèges qui n’a plus rien à voir avec l’éthique républicaine.
Ces deux personnages n’ont tout simplement pas l’envergure requise pour occuper les plus hautes fonctions de l’État. Ils incarnent une génération politique qui confond pouvoir et confort personnel, ambition et népotisme. Tant que ce genre de pratiques perdurera sans véritable sanction morale ou politique, la méfiance des citoyens envers leurs dirigeants ne fera que grandir.
L’affaire Attal-Séjourné n’est pas qu’une simple polémique : c’est le révélateur d’une classe dirigeante qui a oublié que la République n’appartient pas à une petite caste, mais au peuple.


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