Un juge d’instruction enquêtera sur le maire du Havre et président d’Horizons Edouard Philippe, qui est soupçonné de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêts et concussion. Les faits concernent une convention signée il y a six ans avec l’association LH French Tech, alors présidée par son adjointe. L’association devait recevoir 2,15 millions d’euros de compensation de service public pour animer la Cité numérique du Havre.
L’affaire n’est pas nouvelle. Une ancienne directrice générale adjointe de la communauté urbaine avait signalé ces irrégularités au PNF en septembre 2023. Des perquisitions avaient eu lieu en avril 2024. L’année dernière, elle a déposé une plainte avec constitution de partie civile, ce qui conduit automatiquement à l’ouverture d’une information judiciaire. L’annonce de mardi en est la conséquence procédurale, a tenu à rappeler le secrétaire général d’Horizons.
L’entourage d’Édouard Philippe a fait savoir qu’il prenait acte de cette décision, apprise par la presse, et qu’il répondrait aux questions de la justice comme il l’a toujours fait. Les cadres du parti se veulent rassurants et affichent leur sérénité. Mais cette séquence tombe au moment où l’ancien Premier ministre accélère sa campagne. Réélu maire du Havre, il a réuni ses troupes à Reims le 10 mai, prépare un millier de réunions d’appartement le 25 juin et un grand meeting à l’Adidas Arena à Paris le 5 juillet.
Certains politologues jugent que tout dépendra du calendrier judiciaire. Bruno Cautrès estime que si l’enquête se conclut vite et favorablement, le candidat n’en sortira pas affaibli. En revanche, un feuilleton qui se prolongerait jusqu’à l’automne compliquerait sa campagne, à l’image de ce qu’a vécu François Fillon en 2017. Benjamin Morel rappelle que le candidat de la droite avait fini par ne plus être entendu sur son programme. L’électorat de droite, ajoute-t-il, peut toutefois se mobiliser en réaction à ce qu’il perçoit comme une défiance des juges.
La classe politique reste discrète. Le Rassemblement national, qui attend le 7 juillet l’arrêt en appel dans l’affaire des assistants parlementaires de Marine Le Pen, évite le sujet. À gauche comme au sein de la majorité, on ne commente pas. Un silence qui trahit la lassitude de l’opinion face aux démêlés judiciaires des responsables publics, observe Bruno Cautrès. Édouard Philippe, pour l’heure non mis en examen, va devoir composer avec les exigences de la procédure tout en maintenant son agenda électoral.
Antoine, rédacteur stagiaire, service information


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