Guerre contre l’Iran : Pierre Conessa met en garde contre un embrasement sans issue

Dans son émission « Samedi Politique », Elise Blaise reçoit Pierre Conessa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense et spécialiste des questions géopolitiques (auteur notamment d’un ouvrage sur le lobby saoudien en France et d’un prochain livre intitulé Géopolitique pour les vraiment nuls et les hommes politiques). Une semaine après les frappes américano-israéliennes sur l’Iran, ils analysent les raisons, les conséquences et les risques de cette nouvelle guerre.

Une offensive surprenante en pleine négociation nucléaire

Élise Blaise rappelle que les négociations sur le nucléaire semblaient avancer : « On avait l’impression que c’était des coups de pression qui n’allaient pas aboutir. » Pierre Conessa rappelle le dilemme des Iraniens : « Entre défendre leur pays et dénoncer le régime, quel terrible dilemme. » L’Iran, civilisation plusieurs fois millénaire (dont une partie de la mythologie grecque est issue), n’est pas « n’importe quel pays du Moyen-Orient » né en 1927 comme l’Arabie saoudite. Cette profondeur historique explique la résilience du pays.

Succès militaire spectaculaire, mais crise sans solution politique

L’opération est qualifiée de « fantastique » sur le plan militaire : le quartier général iranien a été rasé après que le conseil de défense se soit réuni, permettant à Israël et aux États-Unis de cibler précisément les dirigeants (dont le guide suprême Ali Khamenei selon Trump). Pourtant, Pierre Conessa met en garde : « C’est une crise sans solution politique. » On ressort le fils du Shah (qui n’a jamais vécu en Iran) ou des oppositions exilées sans légitimité réelle. Le risque majeur ? Que les Gardiens de la Révolution prennent le pouvoir et instaurent un régime « politico-policier et militaire encore pire ».

Trump, Netanyahu et les racines idéologiques de la guerre

Le duo Trump-Netanyahu est décrit comme explosif : un président « imprévisible » avec qui « il faut recompter ses doigts après lui avoir serré la main » et un « radical juif » poursuivant les opérations à Gaza et en Cisjordanie avec le soutien de l’armée israélienne. Pierre Conessa pointe l’influence des néoconservateurs (puissance du bien à imposer militairement) et des néo-évangéliques (création du Grand Israël pour le retour du Messie).

Ces courants, très présents autour de Donald Trump malgré sa vie personnelle, continuent la doctrine post-11 Septembre : désigner un ennemi et frapper unilatéralement, sans consulter les alliés.

Macron n’a pas été informé. L’Espagne a refusé l’usage de ses bases, le Royaume-Uni n’a pas participé. « C’est une manière de nous exposer qui est quand même assez lâche », estime Pierre Conessa.

Le mensonge nucléaire et la répétition de l’Irak

Les négociations exigeaient des garanties sur le nucléaire militaire, mais la responsable du renseignement militaire américain Tulsi Gabbard avait déclaré n’avoir « aucune preuve » d’un tel programme. L’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) était tenue à l’écart. Pierre Conessa rapproche cela de l’Irak 2003 : Pierre Lellouche, ancien ministre, reconnaît avoir été « enfumé » par les services américains sur les armes de destruction massive. « On ne m’y reprendra plus. »

Réponse iranienne : guerre asymétrique et régionalisation

L’Iran ne peut pas atteindre le continent américain. Sa seule option : régionaliser le conflit en frappant les bases américaines dans le Golfe (y compris à Abu Dhabi, où une base française a été touchée) et Israël. Drones Shahed à 25.000 dollars contre missiles Patriot à plusieurs millions : une guerre totalement asymétrique. Conessa rappelle que les Iraniens ont annoncé cette stratégie avant même les frappes.

Le détroit d’Ormuz est perturbé (20 % du trafic mondial), avec des conséquences énergétiques mondiales qui profitent indirectement à la Russie.

Conséquences intérieures aux États-Unis et en Europe

Des témoignages de républicains au Texas montrent un électorat MAGA choqué : « Nous ne devrions pas être là-bas », « Nous nettoyons le désordre qu’Israël a commencé ». Trump risque de perdre sa base alors qu’il avait promis la fin des guerres extérieures. En Europe, Macron s’aligne sur Washington, contrairement à de Gaulle en 1967.

Un embrasement régional probable et une impasse stratégique

Pierre Conessa ne voit pas d’issue rapide : ni régime change crédible, ni retour au calme comme après les « 12 jours » de guerre. Le risque majeur est une radicalisation militaire en Iran et la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. « Nous, Européens et Français, avons intérêt à voir cette guerre s’arrêter », conclut-il. Mais face à un Trump imprévisible et à un Moyen-Orient en feu, la suite reste incertaine.

Une analyse lucide et sans concession qui rappelle que la puissance militaire, sans solution politique, ne fait que créer de nouvelles crises. 

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