Le rapport annuel de Transparency International sur l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) pour 2025, sorti le 10 février dernier, dresse un tableau sombre du monde, où la corruption perçue dans le secteur public atteint des niveaux record. Avec une moyenne mondiale à seulement 42 sur 100 – la plus basse depuis plus d’une décennie –, ce baromètre, basé sur 13 sources indépendantes évaluant 182 pays, met en lumière non seulement des dysfonctionnements systémiques, mais aussi un lien inextricable entre corruption et érosion démocratique.
La France, autrefois vue comme un pilier de la transparence en Europe, illustre tragiquement ce déclin : avec un score de 66/100 et un 26e rang mondial, elle confirme un recul constant qui mine ses fondations démocratiques.
Un classement mondial qui sonne l’alarme
Globalement, l’IPC 2025 révèle une détérioration généralisée : 122 pays scorent en dessous de 50, signe de corruption grave, tandis que seuls cinq pays dépassent 80/100, contre 12 il y a dix ans. Le Danemark domine avec 89/100, suivi de la Finlande (88), Singapour (84), la Nouvelle-Zélande (81) et la Norvège (81). À l’opposé, des nations comme la Somalie et le Soudan du Sud stagnent à 9/100, illustrant comment la corruption prospère dans les contextes instables. En Europe occidentale et dans l’UE, la moyenne s’établit à 64/100, marquée par des régressions dans des bastions comme la France, le Royaume-Uni (70) ou la Suède (80). Ce recul n’est pas anodin : il coïncide avec une polarisation politique accrue et une influence grandissante des intérêts privés sur les décisions publiques.
Le recul constant de la France : des scandales à la stagnation
La France, avec son score de 66/100, fait partie des 50 pays ayant régressé depuis 2012, un déclin « substantiel et prolongé » alimenté par des scandales persistants. Des affaires comme la condamnation de Nicolas Sarkozy pour financement illégal de campagne en 2012 et détournement de fonds libyens, le détournement de fonds européens par le Rassemblement national (mais pratiqué par bon nombre de partis politiques français), ou encore la gestion opaque du scandale de l’eau minérale impliquant Nestlé, renforcent cette perception négative. Ces incidents soulignent des lacunes dans la législation anticorruption, une application inégale des lois et un affaiblissement des contre-pouvoirs indépendants. En France, 75% des citoyens estiment la corruption « trop importante », et 58% doutent de l’indépendance de la Justice, reflétant une déconnexion profonde entre élites et population.
Ce recul n’est pas isolé : il s’inscrit dans une « surproduction élitiste » où les diplômés des grandes écoles se disputent des postes via des réseaux plutôt que le mérite, favorisant une gestion extractive qui priorise la finance et les multinationales au détriment des classes moyennes.
En conséquence, les inégalités s’aggravent, avec une inertie institutionnelle qui paralyse les réformes sur beaucoup de dossiers brûlants comme l’immigration, la précarité ou la transition écologique. Des sondages récents montrent que 73% des Français qualifient leur président de « mauvais », 65% expriment de la « honte », et 83% jugent le gouvernement incompétent, amplifiant un sentiment d’humiliation et une contestation croissante (voir ici).
Corruption et érosion démocratique : un cercle vicieux
Le rapport met explicitement en garde contre le renforcement mutuel entre corruption et déclin démocratique. Les démocraties à part entière, comme la France aspire à l’être, obtiennent en moyenne 71/100, contre 47 pour les démocraties imparfaites et 32 pour les régimes autoritaires. Pourtant, dans près de deux tiers des pays en baisse depuis 2012, les libertés d’expression, d’association et de réunion sont restreintes, favorisant un environnement propice à la corruption. « La corruption et le déclin démocratique se renforcent mutuellement », note le document, soulignant comment l’abus d’influence sur les processus politiques – via un lobbying opaque et un financement partisan – érode la confiance publique.
En France et en Occident, cette érosion se manifeste par une perte de confiance transversale : 74% envers le gouvernement, 64% envers les médias traditionnels, boostant les sources alternatives.
L’endogamie élitiste, où une caste restreinte priorise ses privilèges, mène à un « autoritarisme soft » avec des décisions échappant au débat public. En Europe, cela se traduit par un déficit démocratique structurel, avec des politiques imposées depuis Bruxelles sans réelle responsabilité, aggravant les fractures sur l’énergie et la défense. Globalement, la liberté décline pour la 19e année consécutive, avec 60 pays voyant leurs droits politiques et libertés civiles se détériorer, et en France, 95% exigent des actions contre la fraude aux fonds publics.
Vers un renouveau ou un effondrement ?
Face à ce constat alarmant, des recommandations émergent : renforcer l’indépendance judiciaire, promouvoir la transparence dans le financement politique et le lobbying, protéger l’espace civique et les lanceurs d’alerte, et lutter contre les flux financiers illicites via des coalitions internationales. Pour la France, combler les lacunes législatives et sanctionner efficacement les abus sont cruciaux pour inverser la tendance.
En somme, l’IPC 2025 n’est pas qu’un chiffre : c’est un appel à réveiller les consciences. La France, en perdant du terrain, incarne le péril d’une démocratie affaiblie par la corruption et la déconnexion élitiste. Un renouveau passe par plus de transparence et de consultations citoyennes, sous peine d’un effondrement plus profond.


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