Une interdiction pure et simple dès la rentrée 2026
Le gouvernement français prépare un projet de loi qui interdira purement et simplement l’accès aux réseaux sociaux pour tous les mineurs de moins de 15 ans, à compter du 1er septembre 2026. Ce texte, composé de seulement deux articles, vise à intégrer cette mesure dans la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN). L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) sera chargée de veiller au respect de cette interdiction par les plateformes.
Emmanuel Macron en a fait une priorité personnelle
début décembre 2025, il a annoncé que le projet serait débattu au Parlement dès janvier 2026. La ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, Anne Le Hénanff, a défendu cette initiative dans Le Parisien le 19 décembre, la qualifiant de « texte court et compatible avec le droit européen » , notamment le règlement Digital Services Act (DSA).
Les justifications officielles : protection contre les « risques » des écrans
Le gouvernement s’appuie sur « de nombreuses études et rapports » attestant des dangers d’un usage excessif des écrans chez les adolescents : exposition à des contenus inappropriés, cyberharcèlement, troubles du sommeil… Ces arguments visent à présenter la mesure comme une protection nécessaire de l’enfance, en reprochant implicitement aux plateformes de « déresponsabiliser les parents » .
Cette proposition fait suite à la loi de juillet 2023 instaurant une « majorité numérique » à 15 ans, qui n’a jamais pu être appliquée en raison d’obstacles européens.
Elle s’aligne également sur d’autres initiatives, comme un texte adopté par le Sénat en décembre 2025 prévoyant une vérification d’âge robuste et une autorisation parentale pour les 13-16 ans.
Le second article du projet étend par ailleurs l’interdiction des téléphones portables aux lycées, prolongeant la mesure déjà en vigueur de la maternelle au collège depuis 2018 (bien que souvent contournée).
Une mesure inefficace et disproportionnée ?
Si l’intention affichée est louable – protéger les jeunes des dérives addictives et toxiques des réseaux sociaux –, cette interdiction absolue soulève de sérieuses questions.
Comment les plateformes vérifieront-elles efficacement l’âge des utilisateurs sans recourir à des systèmes intrusifs de reconnaissance faciale ou de pièces d’identité, qui poseraient eux-mêmes des problèmes de confidentialité et de données personnelles ?
Les enfants et adolescents trouveront inévitablement des contournements : faux profils, VPN, comptes prêtés par des adultes… Comme pour la loi de 2023 restée lettre morte, cette nouvelle tentative risque de n’être qu’un affichage politique, sans impact réel sur le terrain.
Surtout, cette interdiction pure et dure prive les moins de 15 ans d’outils devenus essentiels pour la socialisation, l’information et l’expression. À l’heure où les jeunes utilisent les réseaux pour s’organiser, dénoncer des injustices ou simplement rester en contact, les couper brutalement du monde numérique relève-t-il vraiment de la « protection » ou d’un contrôle paternaliste excessif ?
Vers une société du contrôle numérique ?
Ce projet s’inscrit dans une série de mesures restrictives sur le numérique en France : régulation des influenceurs, lutte contre la haine en ligne, extension des interdictions d’écrans à l’école… Si les dangers des algorithmes addictifs et des contenus toxiques sont réels, la réponse par l’interdiction générale plutôt que par l’éducation, la responsabilisation parentale et la modération efficace des plateformes semble disproportionnée.
En privant une génération entière d’accès à ces outils, l’État ne risque-t-il pas de creuser un fossé numérique et de favoriser une rébellion clandestine ? Mieux vaudrait investir dans l’éducation au numérique dès l’école, renforcer les contrôles parentaux obligatoires et exiger des géants du web (Meta, TikTok, X…) une véritable vérification d’âge sans atteinte à la vie privée – comme le prévoit d’ailleurs le futur portefeuille numérique européen (EUWallet) en 2026.
Au final, cette interdiction aux moins de 15 ans apparaît plus comme un coup politique que comme une solution efficace. Le débat parlementaire de janvier 2026 sera crucial pour éviter un nouveau texte symbolique, inapplicable et liberticide.


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