La visite controversée d’un eurodéputé RN à Kiev

La visite controversée d’un eurodéputé RN à Kiev

Une alliance qui fait grincer des dents

En février 2026, alors que la guerre russo-ukrainienne continue de ravager l’Europe de l’Est, une photo circulant sur les réseaux sociaux a suscité une vive polémique au sein de la droite française. Pierre-Romain Thionnet, eurodéputé du Rassemblement National (RN) et proche collaborateur de Jordan Bardella, s’est affiché aux côtés de Vitali Klitschko, le maire de Kiev, lors d’une mission dans la capitale ukrainienne.

Cette rencontre, présentée comme un échange sur la crise humanitaire causée par les frappes russes, soulève des questions sur l’alignement géopolitique du RN et révèle une fracture avec son électorat de base, majoritairement opposé à l’engagement français dans ce conflit.

Une photo qui en dit long : Thionnet et Klitschko devant le drapeau européen

Le 7 février 2026, Thionnet a partagé sur X des images de sa visite à Kiev, décrivant une « mission » où il a discuté avec Klitschko des conditions hivernales extrêmes (-20°C) et des coupures d’électricité affectant des centaines de milliers d’Ukrainiens. « La résilience et l’entraide dont font preuve les Ukrainiens face aux tentatives russes de les faire plier est impressionnante », a-t-il écrit, soulignant les frappes sur les infrastructures civiles. Mais c’est une photo particulière, montrant Thionnet et Klitschko posant souriants devant un écran affichant le drapeau de l’Union européenne, qui a attisé les critiques.

Cette image, repostée par Laurent Ozon, un analyste et essayiste connu pour ses positions souverainistes, a été qualifiée de « mauvaise idée ». Dans sa publication du 9 février 2026, Ozon met en garde : « À mon humble avis, ce n’est pas une très bonne idée pour le bras droit de Bardella, d’aller poser avec Vitali Klitschko devant un drapeau de l’UE. » Il accuse Klitschko, ancien boxeur poids lourds, d’être un « ex-racketteur pour le compte de la mafia ‘Rybka’ » et d’être cerné par des scandales de corruption, liens avec le crime organisé, l’industrie du porno et de la prostitution, ainsi que des détournements de fonds. Ozon évoque des enquêtes du NABU (Bureau national anticorruption d’Ukraine) et prévient que cette association pourrait « vieillir très mal » pour le RN.

Klitschko, maire de Kiev depuis 2014 et figure de la résistance ukrainienne, fait en effet l’objet d’allégations persistantes.

Bien que héros pour beaucoup en Occident, il a été lié à des affaires de corruption, notamment une enquête en 2025 révélant des détournements de terres et de budgets municipaux impliquant ses adjoints.

Klitschko a coopéré avec les autorités, licenciant des suspects, mais les critiques persistent. Ces accusations, non encore prouvées à son encontre directe, peignent un portrait d’un leader controversé, loin de l’image immaculée promue par les soutiens pro-ukrainiens.

Thionnet, le bras droit de Bardella : une proximité qui interroge

Pierre-Romain Thionnet, 31 ans, incarne la nouvelle génération du RN. Ancien président du syndicat étudiant La Cocarde, il est devenu directeur national du Rassemblement National de la Jeunesse et assistant parlementaire de Jordan Bardella au Parlement européen avant d’être élu eurodéputé en 2024. Conseiller clé de Bardella sur les affaires internationales, Thionnet défend une « Europe des nations » tout en proposant des idées comme un manuel d’histoire européenne unique. Cette visite à Kiev s’inscrit dans son rôle au sein des commissions Affaires étrangères et Défense, mais elle souligne une dérive perçue comme pro-européenne et atlantiste.

Jordan Bardella, président du RN depuis 2022, est critiqué pour son manque de culture géopolitique approfondie.

Aligné sur la doxa mainstream en politique étrangère – soutien à l’Ukraine, adhésion à l’OTAN et à l’UE réformée –, Bardella contraste avec les positions plus isolationnistes de Marine Le Pen et de la base électorale du RN.

De nombreux observateurs notent que Bardella, souvent décrit comme un communicant habile mais superficiel en géopolitique, privilégie une normalisation du RN pour élargir son électorat, au risque d’aliéner sa base historique.

Cette proximité avec Thionnet amplifie les soupçons d’un RN « bardellisé » qui s’éloigne des racines souverainistes, préférant des alliances opportunistes à une critique radicale de l’engagement occidental en Ukraine.

L’électorat RN : une majorité contre l’engagement en Ukraine et focalisée sur l’intérieur

Cette visite tombe mal pour le RN, car elle heurte les convictions de son électorat. Selon plusieurs sondages récents (2024-2025, avec tendances persistantes en 2026), une majorité des sympathisants RN est opposée à l’engagement français dans la guerre russo-ukrainienne. Un sondage Elabe de mars 2025 montre que 59% des électeurs RN souhaitent réduire (27%) ou arrêter (32%) l’aide militaire à l’Ukraine, contre une moyenne nationale plus favorable au maintien. Un autre sondage Ipsos réalisé pour Havas et le think tank ukrainien YES (Yalta European Strategy), publié le 12 septembre 2025 dans un article de Challenges révèle que seuls 54% des électeurs RN voient la Russie comme une menace pour l’UE, contre 72% des Français en général.

De plus, les électeurs RN sont majoritairement pro-russes ou neutres : un sondage du Grand Continent de décembre 2025 indique que l’électorat RN abrite la plus grande proportion de positions favorables à la Russie, avec 50% estimant que la France a « trop fait » pour l’Ukraine. Ils priorisent les problèmes intérieurs – inflation, immigration, sécurité – sur les aventures extérieures. Un sondage Institut Montaigne de juin 2024 confirme que 69% des électeurs RN craignent moins une extension du conflit, préférant un focus sur la France. Cette dissonance risque de creuser un fossé : des réactions sur X, comme celles sous le post d’Ozon, accusent le RN de devenir une « coquille vide » ou un « rassemblement de politicards » servant les mondialistes.

Une polémique qui révèle les fissures du RN

Cette affaire illustre les tensions au sein du RN entre sa base populiste, attachée à un souverainisme isolationniste, et sa direction, qui cherche à se légitimer sur la scène européenne. En posant avec un maire controversé sous le drapeau UE, Pierre-Romain Thionnet et Jordan Bardella risquent d’alimenter les accusations de trahison.

Alors que les élections présidentielles de 2027 approchent, cette visite pourrait coûter cher en termes de cohésion interne.

Les électeurs RN, las des priorités extérieures, rappellent que la France a assez de défis chez elle pour ne pas s’embourber dans un conflit lointain.

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