Une interdiction sous le sceau des sanctions
Le 21 mars 2025, l’Autorité de régulation des communications audiovisuelles et numériques (Arcom) a tranché : les chaînes russes Channel Five et STS sont rayées des ondes françaises (Arcom, 21 mars 2025). Cette mesure, imposée à l’opérateur satellitaire Eutelsat avec un ultimatum de trois jours – déjà exécuté (Euractiv, 21 mars 2025) –, s’ancre dans les sanctions de l’UE contre le National Media Group (NMG), leur propriétaire, accusé de soutenir les politiques du Kremlin. Une première en France : cibler la maison-mère plutôt que les chaînes elles-mêmes. Mais cette décision, appuyée sur la loi SREN de mai 2024 (Communiqué Arcom, 21 mars), soulève un débat légitime : jusqu’où peut aller la régulation sans empiéter sur la liberté d’opinion ?
Une justification fragile
L’Arcom argue que ces chaînes violent les « normes européennes de liberté et de fiabilité ». NMG diffuse des contenus alignés sur la ligne du Kremlin – un mélange de divertissement et de messages orientés. Mais cette interdiction totale ne distingue pas entre propagande et programmation neutre, privant les téléspectateurs d’un accès direct à une source, fût-elle biaisée. La liberté d’opinion repose sur la capacité des individus à confronter des points de vue divergents et à en juger par eux-mêmes. En coupant ce flux, l’Arcom ne protège pas la démocratie ; elle la contourne, substituant son verdict à celui du public.
Un précédent inquiétant
Cette censure s’inscrit dans une lignée initiée en 2022, avec la fermeture de Russia 1, Channel One et NTV. La loi SREN, censée sécuriser le numérique, offre à l’Arcom un levier inédit pour censurer au nom des sanctions européennes. Mais ce pouvoir, exercé sans débat public ni nuance, ouvre une brèche dangereuse. Si aujourd’hui ce sont des chaînes russes, demain, d’autres contenus pourraient être jugés indésirables sous des prétextes similaires. La liberté d’opinion, principe fondamental, exige une diversité des voix – pas une sélection imposée par un régulateur.
Une mesure aux effets boomerang
L’efficacité de cette interdiction est douteuse. Elle renforce le discours du Kremlin, qui dénonce un Occident intolérant, ayant depuis longtemps rompu avec ses racines libérales. Les Français, eux, perdent une fenêtre sur la Russie – imparfaite, mais utile pour comprendre un adversaire. Plutôt que de contrer la propagande par des alternatives crédibles, l’Arcom opte pour un blackout qui risque d’isoler davantage les esprits critiques. Une réponse paresseuse à un défi complexe.
Une liberté mise à mal
En invoquant les sanctions de l’UE, l’Arcom sacrifie un droit essentiel sur l’autel d’une politique punitive. Cette censure, loin de protéger les « normes européennes », les fragilise en imitant les pratiques qu’elle prétend combattre. La France, berceau des libertés, devrait privilégier le débat à l’interdiction. En éteignant Channel Five et STS, elle ne gagne pas une bataille contre la désinformation ; elle montre qu’elle a choisi clairement le parti des ennemis de la liberté.
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