Un appel inédit dans les rues de France
En ce 31 janvier 2026, les rues de France ont vibré d’un appel inédit. Des milliers de policiers, soutenus par des syndicats comme Alliance Police Nationale, Synergie-Officiers, Syndicat indépendant des agents du ministère de l’Intérieur (SIAMI), Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), Syndicat autonome des préfectures et de l’administration centrale du ministère de l’Intérieur (SAPACMI), ont manifesté dans 23 villes, dont Paris, Marseille et Lyon, pour réclamer non seulement des moyens supplémentaires, mais surtout un soutien citoyen face à un « effondrement de l’autorité ». Cet événement, marqué par une affluence modérée mais symbolique – environ 300 participants à Paris, incluant des figures politiques et des citoyens ordinaires –, illustre un tournant :
les gardiens de l’ordre, habituellement perçus comme un rempart de l’État, se tournent vers la population pour exprimer leur exhaustion morale et leur sentiment d’abandon.
Le ras-le-bol profond des forces de l’ordre
Ce ras-le-bol n’est pas nouveau, mais il atteint aujourd’hui un paroxysme. Les forces de l’ordre se sentent délaissées par le pouvoir exécutif et les institutions étatiques, avec en tête la justice qui, selon elles, accorde une trop grande place à l’impunité des délinquants. Des commissariats dégradés, des logiciels obsolètes et un manque criant de personnel exacerbent ce malaise quotidien. Mais c’est surtout le sentiment de ne plus être respectées qui mine le moral : les policiers dénoncent une hiérarchie déconnectée, alignée sur des politiques controversées qui les obligent à réprimer des manifestations citoyennes, comme celles des Gilets Jaunes ou des agriculteurs récentes, sans discernement. Des incidents symboliques, tels que le limogeage brutal d’une directrice de police dans les Landes pour avoir privilégié le dialogue lors d’une mobilisation agricole, soulignent cette fracture interne. Virée par SMS de manière « arbitraire et humiliante », elle a reçu un soutien massif de ses collègues, révélant une base qui questionne ouvertement la loyauté aveugle envers une hiérarchie perçue comme « collaborationniste » avec des intérêts supranationaux.
Les préfets : relais d’un pouvoir en agonie
Les préfets de police, en particulier, incarnent ce relais d’un pouvoir en agonie sous Emmanuel Macron. Chargés d’exécuter des ordres répressifs, ils deviennent les boucliers d’un exécutif contesté, appliquant une ligne dure qui contredit souvent les directives ministérielles appelant à la flexibilité. Le cas du préfet du Pas-de-Calais, limogé après l’échec à contenir une manifestation agricole lors d’une visite présidentielle, illustre leur rôle de scapegoats : ils portent la responsabilité des échecs sans bénéficier d’un véritable soutien politique. Cette gestion autoritaire, marquée par des interdictions de manifester et des arrestations massives – comme les 11 interpellations en Île-de-France lors des actions de la Coordination Rurale avec 350 tracteurs à Paris –, ne fait qu’accroître les tensions. Les forces de l’ordre, épuisées par ces missions imposées, expriment une perte de sens : « Aujourd’hui la police est en combat car nous sommes en guerre. Demain nous serons en résistance », avait averti un syndicat lors des émeutes de 2023, un cri qui résonne encore aujourd’hui.
La justice au cœur des critiques : impunité et décrédibilisation
La justice, pilier supposé de l’autorité, est au cœur de ces critiques. En laissant une large place à l’impunité – via des peines allégées ou des libérations rapides –, elle mine la crédibilité des interventions policières. Les agents sur le terrain se sentent exposés sans filet, face à une criminalité en hausse et une « haine anti-flics » alimentée par des politiques défaillantes. Des sondages récents montrent une défiance publique croissante : la confiance des jeunes en la police a chuté, passant de niveaux déjà bas en 2022 à une alarme en 2023, avec 70 % des Français doutant des politiques sécuritaires du président.
Si la classe politique et la justice ne soutiennent pas activement les forces de l’ordre, elles les décrédibilisent inévitablement aux yeux des citoyens.
Ce cercle vicieux érode le lien police-population, autrefois solide, transformant les uniformes en symboles d’une autorité distante et répressive plutôt qu’en protecteurs du bien commun.
Les manifestations : un appel à la solidarité citoyenne
Ces manifestations du 31 janvier ne sont pas un défi à l’État, mais un appel à la solidarité. À Marseille, des élus et citoyens ont défilé aux côtés des policiers, brandissant des pancartes pour « défendre la dignité ». À Lyon et Bordeaux, des discours ont insisté sur la nécessité d’un dialogue nouveau, loin des affrontements passés. Pourtant, l’écho citoyen reste timide, hanté par les souvenirs de répressions excessives lors des mouvements sociaux. Des actes de fraternisation émergent toutefois, comme à Lille où des policiers ont laissé passer des pompiers en manifestation, signe d’une solidarité inter-professionnelle face à des conditions partagées : sous-effectifs, suicides annuels alarmants (50 à 70 dans la police) et un sentiment d’abandon généralisé.
Perspectives et enjeux pour l’avenir
Ce mouvement révèle un malaise institutionnel profond, où les forces de l’ordre, usées par un manque de respect et de soutien, risquent de se désengager si rien ne change. Il porte cependant un espoir : celui d’une alliance renouvelée entre citoyens et gardiens de la paix, pour restaurer une autorité légitime et humaine. Sans cela, la France pourrait basculer dans une crise plus large, où l’impunité et la division minent les fondations mêmes de la République.


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