En ce début d’année 2026, les tensions géopolitiques s’intensifient autour du Groenland, ce vaste territoire arctique sous souveraineté danoise.
Donald Trump, fraîchement réélu président des États-Unis, a réaffirmé avec vigueur son désir d’annexer l’île, invoquant des impératifs de sécurité nationale. Face à ces menaces explicites, plusieurs pays européens, dont la France, ont décidé d’envoyer des troupes pour une mission de reconnaissance, marquant un geste de solidarité avec le Danemark. Ce déploiement, bien que limité, souligne les fractures au sein de l’OTAN et les craintes d’une escalade expansionniste américaine.
Les motivations de Trump : sécurité et ressources stratégiques
Donald Trump n’en est pas à sa première sortie sur le Groenland. Dès 2019, lors de son premier mandat, il avait évoqué l’idée d’un achat, qualifiant l’île de « bien immobilier stratégique ». En 2026, son discours s’est durci, avec des déclarations affirmant que les États-Unis « feront ce qu’il faut » pour s’emparer du territoire si nécessaire. Il justifie cette ambition par la vulnérabilité du Danemark face à des puissances rivales comme la Russie ou la Chine, qui pourraient, selon lui, occuper l’île. « Le Danemark est impuissant si la Russie ou la Chine veulent occuper le Groenland. Mais nous pouvons faire tout ce qu’il faut », a-t-il déclaré, en référence à l’opération récente au Venezuela comme exemple de sa détermination.
Au-delà de la rhétorique sécuritaire, les enjeux sont économiques. Le Groenland regorge de ressources énergétiques et minérales stratégiques, comme les terres rares, le cuivre, le nickel et l’or, essentiels pour les technologies vertes et l’industrie militaire. Les populations autochtones, majoritairement inuites, s’opposent toutefois à leur exploitation intensive, favorisant des partis autonomistes et écologistes lors des dernières élections. Trump voit dans l’annexion un moyen d’assurer un contrôle exclusif américain sur ces richesses, qualifiant l’île de vitale pour la « sécurité nationale » des États-Unis.
Les discussions à la Maison Blanche entre représentants danois, groenlandais et américains, menées par le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio, n’ont pas apaisé les tensions. Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a évoqué un « désaccord fondamental », affirmant que l’ambition américaine de « conquérir » le Groenland reste intacte.
La riposte européenne : des troupes pour une mission symbolique
Face à ces menaces, l’Europe n’est pas restée inactive. Plusieurs nations ont lancé une mission militaire conjointe baptisée « Arctique Endurance », sous l’égide du Danemark, pour évaluer les capacités de surveillance maritime et renforcer la sécurisation de la région.
Cette opération, qui se déroule du 15 au 17 janvier 2026, implique des contingents modestes mais symboliques, visant à démontrer l’unité de l’OTAN sans provoquer une escalade.
- France : Une quinzaine de chasseurs alpins, spécialisés dans les environnements extrêmes, sont arrivés à Nuuk, la capitale groenlandaise, dès mercredi. Ils sont chargés d’une reconnaissance pour préparer d’éventuels déploiements plus larges.
- Allemagne : Treize militaires ont été envoyés pour examiner les conditions en vue de contributions futures à la sécurité maritime.
- Suède et Norvège : Quelques officiers et soldats participent, renforçant le volet nordique de l’opération.
- Pays-Bas et Royaume-Uni : Un officier naval néerlandais et un officier britannique se joignent à la mission, élargissant le front européen.
- Danemark : Des renforts locaux complètent le dispositif, affirmant la souveraineté sur l’île.
Cette « goutte d’eau » militaire n’empêcherait pas une occupation américaine hypothétique, mais elle porte une valeur symbolique forte, signalant que l’Europe refuse de céder face aux pressions unilatérales de Washington. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a exprimé sa consternation, soulignant que l’ambition américaine de contrôler le Groenland reste inchangée malgré les négociations.
Le rôle central de la France : conseil de défense et engagement militaire
La France joue un rôle pivot dans cette réponse européenne. Emmanuel Macron a convoqué un conseil de défense d’urgence ce jeudi 15 janvier à l’Élysée, abordant le Groenland aux côtés de la crise iranienne. Cette réunion, présidée par le chef de l’État et rassemblant ministres et chefs militaires, reflète le caractère secondaire mais stratégique du rôle français dans ces dossiers, où les États-Unis tiennent les cartes principales.
Lors de ses vœux aux armées sur la base d’Istres, Macron a annoncé un renforcement du contingent français au Groenland par des « moyens terrestres, aériens et maritimes » dans les prochains jours.
« À la demande du Danemark, j’ai décidé que la France participera aux exercices conjoints organisés par le Danemark au Groenland, l’Opération Endurance Arctique », a-t-il déclaré, confirmant l’arrivée des premiers éléments militaires.
Ce geste s’inscrit dans une stratégie plus large de réarmement français, avec une augmentation budgétaire de 36 milliards d’euros pour 2026-2030, visant à répondre à un « monde si brutal » que pourtant, il alimente.
La France, ambassadrice des pôles via Olivier Poivre d’Arvor, a également annoncé l’ouverture d’un consulat à Nuuk le 6 février, renforçant sa présence diplomatique.
Des implications géopolitiques majeures
Cette affaire révèle les failles de l’OTAN : Trump menace un allié pour des intérêts nationaux, forçant l’Europe à se mobiliser indépendamment. Russie et Chine observent avec inquiétude cette attitude « belliciste », et dénoncent l’expansionnisme américain. Parallèlement, les tensions en Iran, avec des préparatifs militaires et des fermetures d’espace aérien, ajoutent à l’instabilité globale.
Les Groenlandais, eux, sont consternés par les offres américaines, comme les 10.000 dollars par habitant pour l’annexion, qu’ils perçoivent comme une insulte. Trump bluffe-t-il pour obtenir des concessions, comme des bases élargies ? Ou vise-t-il une annexion réelle ? L’Europe, en envoyant ces troupes, espère dissuader tout en préservant l’alliance atlantique expansioniste elle aussi.
En fin de compte, les ambitions de Trump sur le Groenland pourraient redessiner les équilibres arctiques, forçant l’Europe à affirmer sa souveraineté face à un allié imprévisible. L’opération « Arctique Endurance » n’est qu’un premier pas dans une crise qui s’annonce longue.


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