Les droits de douane annoncés dans l’article du Wall Street Journal — 25 % sur les importations du Canada et du Mexique, plus une escalade contre la Chine — visent à ramener la production industrielle sur le sol américain. Trump mise sur une logique protectionniste : en rendant les importations plus coûteuses, il espère inciter les entreprises à relocaliser leurs usines aux États-Unis, stimulant ainsi l’emploi et l’économie locale. Cette approche s’inscrit dans une rhétorique de rupture avec la mondialisation telle qu’elle s’est construite depuis des décennies, basée sur des chaînes d’approvisionnement globales, des coûts optimisés via la délocalisation, et une interdépendance économique entre nations.
Cependant, cette réindustrialisation forcée heurte de plein fouet les principes de la mondialisation. Les entreprises multinationales, habituées à produire là où les coûts sont les plus bas (souvent en Asie ou au Mexique), dépendent d’un commerce fluide et peu taxé. Les tarifs risquent de fragmenter ces chaînes d’approvisionnement, augmentant les coûts de production et, par ricochet, les prix pour les consommateurs américains. À long terme, cela pourrait pousser les pays partenaires à chercher d’autres marchés ou à développer leurs propres industries, réduisant ainsi la centralité des États-Unis dans l’économie globale. On assisterait alors à une forme de « démondialisation » régionale, où les blocs économiques deviennent plus autonomes, voire rivaux.
Conflit avec le monde de la finance offshore et la Fed
Le lien avec le système financier offshore est crucial ici. La mondialisation a prospéré grâce à un système financier globalisé, où les capitaux circulent librement, souvent via des paradis fiscaux ou des places financières offshore. Les grandes entreprises américaines, y compris celles du secteur manufacturier, ont massivement profité de ce modèle : elles délocalisent la production pour réduire les coûts, rapatrient les profits via des montages fiscaux complexes, et dépendent de la stabilité monétaire garantie par la Fed. Cette dernière, en tant que banque centrale, joue un rôle clé dans ce système en maintenant le dollar comme monnaie de réserve mondiale, ce qui facilite ces flux financiers internationaux.
Les tarifs douaniers de Trump menacent ce modèle. En forçant la réindustrialisation, il contraint les entreprises à réinvestir localement plutôt que de maximiser leurs profits offshore. Cela réduit la dépendance au dollar comme outil de commerce global et pourrait affaiblir son statut dominant, un scénario que la Fed voit d’un mauvais œil. De plus, une hausse des coûts due aux droits de douane risque d’alimenter l’inflation aux États-Unis, obligeant la Fed à relever les taux d’intérêt pour la juguler. Cela augmenterait le coût de la dette pour les entreprises et le gouvernement fédéral, déjà très endetté, créant un cercle vicieux économique.
Trump, en promouvant une politique qui défie cette logique financière, entre donc en conflit indirect avec la Fed et les intérêts qu’elle représente — ceux d’une élite financière globalisée. Ses critiques passées de la Fed, notamment sur sa gestion des taux d’intérêt, montrent qu’il perçoit cette institution comme un frein à ses ambitions économiques nationales.
Elon Musk et sa « guerre » contre la Fed
Elon Musk entre dans cette équation de manière intrigante. En tant que PDG de Tesla et figure influente dans l’administration Trump via le « Department of Government Efficiency » (DOGE), Musk a effectivement pris des positions critiques envers la Fed. Sa « déclaration de guerre » à la Fed, bien que parfois exprimée de façon hyperbolique sur des plateformes comme X, repose sur une vision alignée avec celle de Trump : réduire l’interférence des institutions fédérales (y compris la Fed) pour favoriser une économie plus « libre » et orientée vers l’innovation intérieure.
Pour Musk, la Fed incarne un système qui privilégie la stabilité financière au détriment de l’entrepreneuriat audacieux. Par exemple, des taux d’intérêt élevés pénalisent des entreprises comme Tesla, qui investissent massivement dans la recherche et la production (notamment ses usines aux États-Unis). En soutenant les tarifs de Trump, Musk pourrait voir une opportunité de renforcer la production locale de Tesla, mais il n’est pas à l’abri des contradictions : ses propres chaînes d’approvisionnement, qui incluent des composants importés, souffriraient des hausses de coûts. Sa critique de la Fed s’explique aussi par son rôle dans DOGE, où il cherche à tailler dans les dépenses publiques et les régulations — une mission qui pourrait le mettre en porte-à-faux avec une Fed défendant un statu quo monétaire.
Conséquences globales et paradoxes
À l’échelle mondiale, les tarifs de Trump pourraient accélérer une reconfiguration de la mondialisation. Si les États-Unis se replient sur eux-mêmes, d’autres puissances comme la Chine ou l’Union européenne pourraient combler le vide, renforçant leurs propres sphères d’influence économique. Mais cela ne se ferait pas sans chaos : les représailles commerciales (déjà évoquées par le Canada et le Mexique dans l’article) risquent d’entraîner une guerre tarifaire, sapant la coopération internationale.
Le paradoxe est que cette réindustrialisation, censée affaiblir la finance offshore, pourrait involontairement la renforcer à court terme. Les entreprises chercheront des moyens de contourner les tarifs via des montages financiers complexes, accentuant leur dépendance aux paradis fiscaux. La Fed, prise entre inflation et pression politique, pourrait perdre de son autorité, mais le système qu’elle soutient ne s’effondrera pas si facilement.
En conclusion, les tarifs de Trump, en visant une réindustrialisation forcée, bousculent la mondialisation et défient le monde de la finance offshore, incarné par la Fed. Musk, en s’alignant sur cette vision tout en critiquant la Fed, incarne cette tension entre innovation nationale et contraintes financières globales. La guerre totale entre le capitalisme de grand papa et les néo-mondialistes de la Fed aura-t-elle lieu ?
Laisser un commentaire