Les négociations trilatérales entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis, organisées sous médiation américaine à l’hôtel InterContinental de Genève, se sont achevées mercredi matin sans accord majeur. Les positions restent éloignées sur les questions territoriales et notamment, sur le sort de la centrale nucléaire de Zaporijjia, mais toutes les parties ont annoncé la poursuite des discussions « bientôt ».
Deux jours de discussions « difficiles » mais « professionnelles »
Les pourparlers, troisième round après ceux d’Abou Dhabi fin janvier, ont débuté mardi 17 février pour une séance plénière de six heures qualifiée de « très tendue » par des sources proches de la délégation russe. Les travaux se sont poursuivis en groupes restreints sur les volets politique et militaire. Mercredi 18 février, la deuxième journée n’a duré que deux heures avant d’être interrompue.
Le chef de la délégation ukrainienne, Roustem Oumerov, a parlé de « progrès » notamment sur les aspects militaires (surveillance d’un éventuel cessez-le-feu), tout en précisant qu’« aucun détail ne peut être divulgué à ce stade ». Son homologue russe, Vladimir Medinski, a décrit des échanges « difficiles mais professionnels » et confirmé : « Une nouvelle rencontre aura lieu bientôt. »
Zelenskyy : « les positions diffèrent » et accuse Moscou de faire traîner
Depuis Kiev, le président Volodymyr Zelenskyy a résumé la situation avec franchise : « On peut voir qu’un certain travail préparatoire a été fait, mais pour l’instant les positions diffèrent sur les questions sensibles. » Il a notamment accusé la Russie de « faire traîner » des négociations qui « auraient déjà pu atteindre leur phase finale ».
Le président ukrainien a insisté sur deux points non négociables pour Kiev :
- Les garanties de sécurité doivent précéder tout compromis territorial.
- Le peuple ukrainien « rejetterait » tout accord impliquant une cession unilatérale de territoires du Donbass.
Positions russes fermes et invariables
La délégation russe n’a fait aucune concession sur ses demandes historiques : reconnaissance pleine et entière des annexions (Crimée + quatre régions), cession totale du Donbass (y compris les zones encore contrôlées par Kiev), neutralité constitutionnelle définitive de l’Ukraine, démilitarisation sévère de l’armée ukrainienne, exclusion totale de toute présence OTAN ou troupes occidentales sur le sol ukrainien, statut officiel de la langue russe, respect de l’Église orthodoxe russe, et contrôle ou neutralisation russe de la centrale de Zaporijjia. Le Kremlin maintient que « aucun accord n’est possible » sans satisfaction intégrale de ces points.
Pression américaine jugée « injuste » par Zelenskyy
Dans une interview accordée à Axios, Zelenskyy a aussi critiqué publiquement les déclarations de Donald Trump, qui a à plusieurs reprises exhorté l’Ukraine à « se bouger » et à faire des concessions rapides. « Ce n’est pas juste », a-t-il déclaré, estimant qu’il est plus facile de faire pression sur Kiev que sur Moscou. Il espère toutefois qu’il s’agit seulement de « tactique » et non d’une décision définitive.
L’émissaire américain Steve Witkoff a au contraire salué « le succès du président Trump à réunir les deux parties », parlant d’un « progrès significatif ».
Contexte : guerre qui entre dans sa cinquième année
Ces discussions interviennent alors que le conflit entre dans sa cinquième année la semaine prochaine. Pendant les négociations, la Russie a poursuivi ses frappes massives sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes (126 drones et missiles dans la nuit de mardi à mercredi, neuf blessés, dizaines de milliers de foyers sans électricité ni chauffage).
Aucun calendrier précis n’a été communiqué pour la prochaine session, mais les deux délégations ont confirmé que les contacts se poursuivront, probablement sous format mixte (présentiel et virtuel).
Les espoirs d’une paix rapide restent donc très mesurés, malgré l’engagement personnel affiché par l’administration Trump. Le chemin vers un accord semble encore long et semé d’obstacles majeurs.


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