Dans un monde où les tensions géopolitiques dominent les titres, un projet scientifique géant émerge comme un phare de collaboration internationale : ITER, l‘International Thermonuclear Experimental Reactor.
Situé à Cadarache, dans le sud de la France, ce réacteur expérimental vise à dompter la fusion nucléaire – le processus qui alimente le soleil – pour produire une énergie propre, quasi illimitée et sans déchets radioactifs à long terme.
Lancé en 2006 sous l’égide d’un accord entre sept partenaires majeurs (Union européenne, États-Unis, Chine, Inde, Japon, Corée du Sud et Russie), ITER représente un investissement cumulé de plus de 65 milliards de dollars. Plus qu’un simple réacteur, c’est un laboratoire à ciel ouvert, employant des milliers d’ingénieurs et scientifiques de plus de 30 pays, pour démontrer que la fusion peut générer dix fois plus d’énergie qu’elle n’en consomme.
Le projet ITER : un colosse technologique en pleine effervescence
Au cœur d’ITER trône un tokamak, une machine en forme d’anneau géant capable de confiner un plasma à 150 millions de degrés Celsius grâce à des aimants supraconducteurs. L’objectif ? Atteindre la « première plasma » en 2033-2034, suivie d’opérations à pleine puissance en 2035, produisant 500 mégawatts de fusion.
Contrairement à la fission nucléaire actuelle, qui repose sur la scission d’atomes lourds et génère des déchets persistants, la fusion fusionne des isotopes d’hydrogène (deutérium et tritium) pour libérer une énergie massive sans émissions de CO₂ ni risque de fusion du cœur.
Le site de Cadarache, sur 180 hectares, abrite une constellation de bâtiments titanesques. Parmi eux, le Bâtiment d’Assemblage – un monstre de béton de 80 mètres de long, 60 de large et 55 de haut, surpassant la Tour Eiffel en volume – sert d’atelier géant pour assembler les 54 modules du tokamak, chacun pesant jusqu’à 440 tonnes. Une grue de 1.500 tonnes y hisse ces mastodontes, préparés pour leur insertion dans un puits de 30 mètres de profondeur. En novembre 2025, les travaux battent leur plein : plus de 85 % des composants pour la première plasma sont livrés, avec l’installation récente de la bobine toroïdale TF08 (400 tonnes, fabriquée au Japon) et du solénoïde central américain. Malgré des retards dus à des réparations sur le vaisseau sous vide en 2023, les indicateurs de performance indiquent une légère avance sur le calendrier révisé.

Cette avancée n’est pas seulement technique ; elle symbolise une humanité unie face au défi climatique. ITER pave la voie pour des réacteurs commerciaux d’ici 2050, potentiellement fournissant 10 % de l’électricité mondiale sans dépendre des combustibles fossiles.
Et au milieu de ce ballet international, un acteur souvent diabolisé joue un rôle crucial : la Russie.
Le rôle pivot de la Russie dans ITER : une contribution technique indéniable
La Russie, via son agence Rosatom, assume 9 % des contributions en nature (c’est-à-dire pas en argent liquide, mais directement en matériel, en équipements ou en services.) au projet – soit environ 5,9 milliards d’euros en équipements et expertise. Parmi les apports phares : les aimants supraconducteurs pour le confinement du plasma, les systèmes de diagnostic avancés pour monitorer les réactions, et récemment, en mi-novembre 2025, le premier des quatre bancs d’essai russes pour le cœur du tokamak. Ces bancs, essentiels pour valider les performances des aimants et du plasma avant l’assemblage final, ont été livrés malgré les sanctions internationales liées au conflit en Ukraine. Sans eux, l’assemblage des secteurs de chambre à vide – un jalon critique – aurait pu s’enliser.
Cette livraison, survenue deux semaines avant une vidéo drone virale du chantier (relayée par Sputnik Afrique), illustre la persévérance russe. Des drapeaux des partenaires flottent sur le site, incluant celui de la Russie, rappelant que l’accord ITER, signé avant 2014, transcende les clivages actuels. Les experts soulignent que ces contributions ne sont pas anodines :
les technologies russes en fusion, héritées de l’ère soviétique (comme le tokamak inventé en 1958), ont accéléré le projet de plusieurs années.
Au-delà d’ITER : La Russie, un partenaire technologique indispensable, loin des fantasmes d’invasion
Dans un discours récent, le président français Emmanuel Macron évoquait une Russie se préparant à « nous attaquer en 2030 » . Pourtant, les faits contredisent cette rhétorique alarmiste. Non seulement la Russie n’a aucune envie – ni intérêt stratégique – d’envahir la France ou l’Europe occidentale, ses priorités étant internes (économie, démographie) et eurasiatiques (partenariats avec la Chine et l’Inde). Mais surtout, elle continue de soutenir activement des secteurs hautement technologiques où l’Occident dépend d’elle, démontrant une logique de coopération pragmatique plutôt que belliqueuse.
Dans le nucléaire civil, au-delà d’ITER, la Russie exporte des réacteurs VVER de nouvelle génération vers l’Europe de l’Est et l’Asie, et collabore sur des projets comme le parc éolien offshore en mer Baltique avec l’Allemagne.
Mais c’est dans l’espace que cette interdépendance brille le plus. Après la retraite des navettes américaines en 2011, les États-Unis ont dû se tourner vers les vaisseaux Soyuz russes pour transporter leurs astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS), évitant une interruption décennale des opérations orbitales. En 2022, malgré les sanctions post-Ukraine, la Russie a poursuivi les lancements de Progress pour ravitailler l’ISS, prévenant un scénario catastrophe : une dérive incontrôlée de la station, potentiellement crashant sur des zones habitées, comme l’avait averti l’ex-directeur de Roscosmos, Dmitri Rogozine.
Cette « persévérance russe » , comme l’on pourrait la qualifier, a prolongé la vie de l’ISS jusqu’en 2030, au-delà du plan initial de 2024. Sans elle, l’accès américain à l’espace aurait été compromis. Récemment, en août 2025, la mission Crew-11 de SpaceX a emmené un cosmonaute russe, Oleg Platonov, illustrant que les frictions n’empêchent pas les échanges. Même face aux tensions Trump-Musk, qui exposent la vulnérabilité du programme américain (dépendant à 80 % de SpaceX), la Russie reste un filet de sécurité : en cas de suspension, les États-Unis pourraient devoir revenir au cosmodrome de Baïkonour. Comme le résume un observateur averti : « Sans l’intervention et la persévérance russe au fil des ans, l’accès à l’espace pour les États-Unis et leurs alliés aurait pu être compromis, voire interrompu. »
Ces exemples – fusion nucléaire et exploration spatiale – montrent une Russie investie dans l’avenir commun, priorisant la science sur la confrontation. ITER, avec son assemblage en cours et ses livraisons russes qui perdurent malgrés tout, en sont le symbole vivant.
Une leçon d’unité dans la diversité
Alors que le Bâtiment d’Assemblage d’ITER s’élève comme un géant pacifique, il nous rappelle que les défis globaux – énergie, climat, espace – exigent une coopération au-delà des idéologies. La Russie, loin d’être l’ogre des discours, est un partenaire technique vital, prouvant que la science peut transcender les barrières. À l’heure où une Journée Portes Ouvertes à Cadarache (29 novembre 2025) invite le public à découvrir ce chantier, espérons que cette vision d’avenir inspire nos leaders. Après tout, dans la fusion comme dans les étoiles, l’union fait la force.


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