La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) est l’instrument principal de pilotage de la politique énergétique française. Prévue par les articles L.141-1 à L.141-4 du code de l’énergie (issus de la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015),
elle définit pour dix ans (deux périodes de cinq ans) les objectifs et priorités du gouvernement en matière d’énergie sur le territoire métropolitain continental et les zones non interconnectées.
Elle fixe les trajectoires de production, de consommation, d’efficacité énergétique, de développement des renouvelables, du nucléaire, des réseaux et de la sobriété, tout en s’inscrivant dans la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et l’objectif de neutralité carbone en 2050. Chaque PPE inclut une étude d’impact économique, social et environnemental. La troisième édition (PPE3), couvrant 2026-2035, a été publiée par décret le 13 février 2026 après plus de trois ans de concertations, débats parlementaires et reports.
La PPE3 : relance du nucléaire et développement « maîtrisé » des renouvelables
Présentée le 12 février 2026 par le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d’un déplacement dans le Jura, la PPE3 vise la souveraineté énergétique, la décarbonation et la maîtrise des coûts. Principaux axes :
- Nucléaire : relance ambitieuse avec 6 nouveaux réacteurs EPR2 (premières mises en service dès 2038) et une option pour 8 supplémentaires dès 2026. Production visée à 380 TWh/an en 2030 (jusqu’à 420 TWh en 2035) grâce à l’optimisation du parc existant de 57 réacteurs.
- Renouvelables : développement « réaliste et territorialement acceptable ». Objectifs revus à la baisse par rapport aux versions antérieures : photovoltaïque à 48 GW en 2030 et 55-80 GW en 2035 (contre ~30 GW fin 2025) ; éolien terrestre +1,3 GW/an (ajustable) ; éolien en mer 15 GW en 2035 ; hydroélectricité +2,8 GW via STEP. Au moins 200 TWh d’énergies renouvelables en 2030.
- Électrification et décarbonation : hausse de 40 % de la consommation d’électricité d’ici 2035 ; production décarbonée portée à 650-693 TWh en 2035 (contre 458 TWh en 2023) ; part des énergies fossiles divisée par deux dans la consommation finale (objectif 60 % d’énergie décarbonée dès 2030).
- Investissements : modernisation massive des réseaux électriques (plusieurs dizaines de milliards d’euros) et 200 milliards d’euros annoncés au total pour l’ensemble de la stratégie.
Le gouvernement insiste sur le caractère « équilibré » du mix (nucléaire comme « colonne vertébrale » + renouvelables complémentaires) et sur la rentabilité à long terme : remplacer les importations fossiles (60 milliards €/an en moyenne) par des actifs souverains.
23 février 2026 : RN et LFI déposent chacun une motion de censure
Moins de dix jours après la publication du décret, deux motions de censure ont été déposées à l’Assemblée nationale :
- Le groupe Rassemblement National (présidente Marine Le Pen) lundi matin.
- Le groupe La France Insoumise (porte-parole Mathilde Panot) lundi après-midi, qui invite les députés du Nouveau Front Populaire à la cosigner.
Motifs communs : la décision a été prise par décret, sans vote ni débat final au Parlement, alors que la loi énergie-climat prévoit normalement une loi de programmation. Les oppositions dénoncent un « passage en force » et un « acte illibéral contre le Parlement ».
Arguments du RN (sur la forme et sur le fond) :
« Un acte illibéral contre le Parlement » + « une politique décroissante qui accélère les énergies intermittentes, ment sur le nucléaire et fait peser un risque majeur sur les finances publiques ». Le RN juge le choix des intermittentes « irrationnel » et « dicté par la Commission européenne », et craint une explosion des coûts pour les ménages et les entreprises.
Arguments de LFI :
« Il est inacceptable que de telles décisions qui engagent notre pays pour des décennies soient prises par décret, sans débat ni vote de l’Assemblée nationale. »
Les motions seront examinées au plus tôt mercredi 25 février (délai légal de 48 heures). Elles ont peu de chances d’aboutir : il faut 289 voix pour censurer le gouvernement, et ni le RN (environ 140 députés) ni LFI + NFP ne disposent seuls de cette majorité. Elles restent toutefois un signal politique fort, premier recours à la censure depuis l’adoption définitive du budget 2026 début février.
Au Sénat, une séance de débat sur le sujet était déjà prévue lundi après-midi à la demande du président Gérard Larcher.
Un débat qui dépasse les clivages traditionnels
La PPE3 cristallise les tensions récurrentes sur l’énergie en France : nucléaire vs renouvelables, souveraineté vs transition écologique, coût immédiat vs bénéfice à long terme. Le RN met en avant le nucléaire comme pilier de l’indépendance et dénonce le « matraquage » des intermittentes. LFI et une partie de la gauche reprochent au gouvernement de contourner le Parlement et de ne pas aller assez loin sur les renouvelables ou la sobriété. Le gouvernement, lui, assume un « cap clair » après cinq ans de concertations et revendique un équilibre pragmatique.
Quoi qu’il arrive mercredi, la PPE3 est désormais actée par décret et encadrera la politique énergétique française jusqu’en 2035.
Les oppositions ont d’ores et déjà promis de revenir à la charge, notamment lors des prochaines lois de finances ou textes sectoriels (loi Bolo-Battistel sur l’hydroélectricité, par exemple).
L’énergie reste, plus que jamais, un enjeu de souveraineté… et de pouvoir.


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