Contexte historique du système politique japonais
Le système politique japonais est une monarchie constitutionnelle, avec l’empereur comme symbole de l’État et de l’unité du peuple, selon la Constitution de 1947 promulguée après la Seconde Guerre mondiale.
Cette constitution, influencée par l’occupation américaine, a dépouillé l’empereur de tout pouvoir politique réel, le reléguant à un rôle cérémoniel, contrairement à l’époque impériale où il était considéré comme divin.
Historiquement, la monarchie japonaise est la plus ancienne au monde, remontant traditionnellement à 660 av. J.-C. avec l’empereur Jimmu, descendant de la déesse Amaterasu. La Restauration Meiji en 1868 a modernisé le pays, centralisant le pouvoir sous l’empereur Meiji, initiant une ère d’industrialisation et d’expansionnisme jusqu’à la défaite de 1945. Aujourd’hui, le pouvoir exécutif est détenu par le Premier ministre, élu par la Diète (parlement), dans un système démocratique parlementaire.
Le Japon entre dans une nouvelle ère politique avec la victoire électorale massive de Sanae Takaichi, première femme à diriger le pays.
Élue Première ministre en octobre 2025, elle a convoqué des élections législatives anticipées en janvier 2026, qui se sont tenues le 8 février, aboutissant à une supermajorité pour son Parti libéral-démocrate (PLD). Cette consolidation du pouvoir lui offre les coudées franches pour imposer un agenda conservateur, mêlant relance économique audacieuse et positions fermes sur la défense et les relations internationales.
Un parcours atypique vers le sommet
Âgée de 64 ans, Sanae Takaichi est une figure singulière de la politique japonaise. Ancienne batteuse de heavy metal et admiratrice de Margaret Thatcher, elle a gravi les échelons du PLD sous l’aile de son mentor, l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, assassiné en 2022. Connue pour ses vues nationalistes, elle a occupé divers postes ministériels, dont celui de ministre de la Sécurité économique. Sa popularité auprès des jeunes, amplifiée par les réseaux sociaux, contraste avec son conservatisme social : peu engagée sur les questions féministes dans un paysage politique dominé par les hommes, elle prône un durcissement des contrôles migratoires et une vision traditionnelle de la société. Ses visites régulières au sanctuaire Yasukuni, qui honore des criminels de guerre et symbolise le passé militariste du Japon, ont souvent suscité des controverses, particulièrement avec la Chine et la Corée du Sud.
Takaichi a accédé au poste de Première ministre en octobre 2025, succédant à Shigeru Ishiba, qui avait démissionné face à une baisse de popularité du PLD. Elle a formé une coalition avec le Parti de l’innovation du Japon (JIP), marquant un virage à droite. À peine en poste, elle a dissous la Chambre basse en janvier 2026 pour obtenir un mandat populaire clair, transformant une majorité fragile en une domination incontestée.
Une victoire historique aux élections
Les élections du 8 février 2026 ont vu le PLD remporter 316 des 465 sièges à la Chambre basse, soit la plus grande victoire de son histoire en 71 ans d’existence, surpassant même les records sous Yasuhiro Nakasone en 1986. Avec son partenaire de coalition, le JIP, la coalition totalise 352 sièges, assurant une supermajorité des deux tiers qui permet de modifier la Constitution sans besoin d’alliés supplémentaires. Cette avalanche de sièges (une hausse de 118 par rapport à avant l’élection) s’explique par la popularité personnelle de Takaichi, un virage à droite des électeurs, et des promesses économiques attractives face à l’inflation et à la stagnation.
Les marchés ont réagi avec enthousiasme : la Bourse de Tokyo a bondi de plus de 5 % à l’ouverture le 9 février, atteignant un record, tandis que le yen s’est apprécié.
Cependant, les craintes d’un dérapage budgétaire pèsent sur la dette publique, déjà colossale.
Un agenda conservateur et audacieux
Avec ce mandat renforcé jusqu’en 2028, Takaichi peut désormais pousser son programme sans entraves. Sur le plan économique, elle a déjà adopté un plan de relance de 110 milliards d’euros fin 2025 et réaffirmé sa promesse d’exempter les produits alimentaires de la taxe à la consommation de 8 % pour deux ans, un « rêve de longue date » visant à soulager les ménages face à l’inflation. Des électeurs comme Chika Sakamoto ont cité ces mesures comme décisives : « Avec la hausse des prix actuelle, ce qui compte le plus pour moi, ce sont les politiques qu’ils adopteront pour affronter l’inflation. »
En matière de défense, Takaichi adopte une ligne dure : en novembre 2025, elle a laissé entendre que le Japon pourrait intervenir militairement en cas d’attaque chinoise sur Taïwan, provoquant une réponse ferme de Pékin, qui a promis une « réponse résolue » aux « forces d’extrême droite japonaises ». Elle prône la « paix par la force » et renforce l’alliance nippo-américaine, qualifiant son potentiel de « sans limites ». Donald Trump l’a félicitée sur Truth Social pour son « programme conservateur, axé sur la paix par la force ».
Socialement, son conservatisme se traduit par une fermeté sur l’immigration et un manque d’intérêt pour les avancées féministes, malgré son statut de pionnière.
Implications pour le Japon et la région
Cette victoire marque un retour en force du PLD, qui avait frôlé l’abîme sous Ishiba. Sanae Takaichi peut désormais dominer la Chambre basse et potentiellement réviser la Constitution pacifiste, un objectif de longue date des conservateurs et potentiellement générateur de troubles futurs. Cependant, des défis persistent : l’endettement public risque de s’aggraver avec les relances, et les tensions avec la Chine pourraient escalader, comme l’avertit l’analyste Margarita Estévez-Abe, qui plaide pour une amélioration des relations sino-japonaises.
Sanae Takaichi, en sauvant son parti de l’abîme, impose un virage à droite qui pourrait redéfinir le Japon pour les années à venir, entre croissance économique et risques géopolitiques.


Laisser un commentaire