Les relations internationales sont en ébullition depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Au cœur de ces tensions se trouve l’Iran, cible potentielle d’une intervention militaire américaine, tandis que la Chine observe avec une prudence calculée, protégeant jalousement ses intérêts économiques et stratégiques. Alors que des pourparlers irano-américains à Mascate, en Oman, n’ont abouti à aucun progrès notable début février,
Pékin s’inquiète d’une possible prise de contrôle du pétrole iranien par Washington, un scénario qui pourrait bouleverser ses approvisionnements énergétiques.
Un contexte de répression et de revendications
Les troubles en Iran ont éclaté avec une répression violente contre des manifestations populaires réclamant des réformes économiques et la fin du régime actuel. Selon des rapports relayés par l’agence chinoise Xinhua, le bilan s’élève à plus de 3.117 morts, dont 131 victimes non identifiées. Initialement, les États-Unis semblaient motivés par un soutien aux manifestants, mais l’objectif s’est rapidement recentré sur le contrôle des ressources pétrolières iraniennes, rappelant la stratégie appliquée au Venezuela.
Cette approche alarme la Chine, qui dépend de l’Iran pour environ 20 % de ses importations pétrolières, soit entre 1,2 et 1,8 million de barils par jour.
Des entreprises chinoises comme Sinopec sont impliquées dans l’extraction en Iran, et le pétrole est souvent transféré sur des navires d’autres nationalités pour contourner les sanctions américaines. Raffiné en Chine, ce brut est exempt de liens avec les États-Unis, et son prix inférieur d’environ 10 dollars au baril Brent rend les produits chinois plus compétitifs sur le marché mondial. Trump, en forçant la Chine à s’approvisionner sur des marchés alignés sur les prix occidentaux, vise à réduire cet avantage concurrentiel.
Une alliance historique et stratégique entre Pékin et Téhéran
Les liens entre la Chine et l’Iran ne datent pas d’hier. Comme l’explique le politologue Bertrand Badie, ils reposent sur un « pacte de perception » – un sentiment partagé d’humiliation par l’Occident – et un « pacte d’utilité », où Pékin tire profit des sanctions imposées à l’Iran (voir ici). Historiquement, ces relations remontent à plus de quatorze siècles : sous la dynastie Tang (618-907), des Perses fuyant les invasions arabes ont trouvé refuge en Chine, intégrant même la cour impériale avec des mariages royaux. Un prince perse, Pirooz, a servi comme général chinois contre les Omeyyades.
La Perse antique faisait partie intégrante de la Route de la soie, et les relations diplomatiques modernes ont été établies en 1971 par le shah d’Iran avec la Chine, précédant même la visite historique de Nixon à Pékin en 1972.
Après la révolution islamique de 1979, Pékin a soutenu Téhéran durant la guerre Iran-Irak (1980-1988), fournissant armes et équipements en échange de pétrole et de gaz. Aujourd’hui, l’Iran est un partenaire clé dans les « nouvelles routes de la soie » lancées par Xi Jinping en 2013, reliant l’Asie centrale au golfe Persique.
En 2016, Xi a qualifié l’Iran de « principal partenaire de la Chine au Moyen-Orient ». Un accord de partenariat stratégique de 25 ans, signé en mars 2021, prévoit 400 milliards de dollars d’investissements chinois. En septembre 2021, l’Iran a rejoint l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), aux côtés de la Chine, la Russie, l’Inde et d’autres, aidant à contourner les sanctions occidentales. Plus récemment, en mars 2023, Pékin a médiatisé un rapprochement entre l’Arabie saoudite et l’Iran, démontrant son influence diplomatique.
Enjeux géopolitiques et militaires
Au-delà de l’économie, les relations sino-iraniennes ont une dimension géopolitique. Maintenir de bonnes relations avec Téhéran aide Pékin à influencer la minorité ouïghoure au Xinjiang, où des attentats ont justifié une surveillance accrue. Les autorités iraniennes pourraient encourager les Ouïghours à accepter la domination chinoise, évitant ainsi des tensions internes.
Les États-Unis, quant à eux, cherchent à contrer l’expansion chinoise en prenant le contrôle du golfe Persique.
Selon Badie, un blocus américain placerait la Chine dans une situation critique, inédite depuis 1949.
Pékin adopte une stratégie d’« harmonisation autocentrée », profitant du système mondial sans le déstabiliser complètement.
Sur le plan militaire, Trump déploie une flotte imposante : les porte-avions USS Abraham Lincoln et USS Gerald Ford, accompagnés d’escortes et de sous-marins, patrouillent au large de l’Iran depuis fin janvier pour intimider Téhéran et défier Pékin. En réponse, le guide suprême Ali Khamenei a déclaré le 17 février : « Nous entendons sans cesse dire que [les États-Unis] ont envoyé un navire de guerre vers l’Iran. Un navire de guerre est certes une arme dangereuse, mais l’arme capable de le couler l’est encore plus. » Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi a ajouté le 20 février : « Nous sommes prêts pour la diplomatie et la négociation autant que nous sommes prêts pour la guerre. »
La Chine, de son côté, maintient une présence modeste avec un destroyer (Tangshan), une frégate (Daping), un ravitailleur et un navire de renseignement (Dayang Yihao), surveillant les mouvements américains via satellites et partageant des renseignements avec l’Iran, y compris des systèmes de cybersécurité basés sur l’IA.
L’Iran, quant à lui, multiplie les exercices militaires : en janvier 2026, « Volonté de paix » avec les BRICS+ en Afrique du Sud ; le 16 février, des manœuvres dans le détroit d’Ormuz simulant une fermeture ; et le 19 février, des exercices conjoints avec la Russie dans le golfe d’Oman et l’océan Indien.
Le programme nucléaire et les perspectives d’avenir
Au centre des tensions figure le programme nucléaire iranien, bombardé par Israël et les États-Unis en juin 2025. Téhéran revendique un usage civil, mais Trump vise à l’arrêter définitivement. Pékin soutient ce programme depuis les années 2000 et a signé l’accord de Vienne en 2015, tout en préférant un front antiaméricain. La Chine voit la nucléarisation iranienne comme légitime, similaire à sa propre expérience en 1969 face à l’URSS.
Une guerre ouverte menacerait l’approvisionnement pétrolier chinois, tandis que la Russie est affaiblie par le conflit en Ukraine. Pékin évite l’escalade pour protéger son commerce mondial. Trump pourrait opter pour une intervention, mais des concessions iraniennes sur le pétrole ou le nucléaire restent possibles.
La Chine, en observatrice avisée, attend de voir l’évolution, prête à défendre ses intérêts sans plonger dans un conflit direct.
Dans ce jeu d’alliances et de rivalités, la stabilité du Moyen-Orient dépendra autant de la diplomatie que des rapports de force. La question reste ouverte : la Chine interviendra-t-elle plus activement, ou continuera-t-elle à naviguer avec prudence dans ces eaux troubles ?


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