Installé en catastrophe en 2023 pour contourner le gaz russe, le terminal méthanier flottant du port du Havre végète aujourd’hui dans une sous-utilisation criante.
Précipitamment mis en place en 2023 pour pallier la dépendance au gaz russe, le terminal méthanier flottant du Havre est devenu un symbole d’inefficacité. Aucun approvisionnement n’a été enregistré depuis huit mois. Cette inertie remet-elle en cause son existence même ?
Dès son arrivée en 2023, ce monstre flottant avait suscité une levée de boucliers. Scientifiques et défenseurs de l’environnement avaient multiplié les gestes symboliques pour dénoncer ce projet. Un an et demi plus tard, leur clairvoyance semble confirmée : le terminal est un échec patent. Aucun navire n’a accosté depuis août 2024, et la consommation de gaz en France ne cesse de diminuer.
Aucun approvisionnement depuis août 2024
Les chiffres sont éloquents : entre octobre 2023 et août 2024, une poignée d’escales – une dizaine au total – ont eu lieu. Depuis, c’est la panne sèche ! plus aucun ravitaillement de gaz n’a transité par le terminal flottant du Havre.
TotalEnergies, l’opérateur, dit n’avoir exploité que 13 % de la capacité maximale du terminal, principalement avec du gaz de schiste importé des États-Unis (bonjour le développement durable) et pour des prix infiniment supérieurs au prix du gaz russe. Rentabiliser un tel investissement – des dizaines de millions d’euros engloutis dans l’affrètement du navire et les frais portuaires – avec une activité aussi famélique relève de l’utopie. L’industriel reste muet sur ses pertes et se contente d’affirmer que sa « priorité est de répondre à la demande ». Une réponse creuse face à un fiasco aussi évident.
Une illusion de sécurité énergétique
Présenté par le gouvernement comme un rempart face à la crise ukrainienne et à la rupture des importations russes, ce terminal devait garantir la stabilité énergétique de la France. Pourtant, le Centre de recherche sur l’énergie et l’air révèle qu’en 2024, du gaz russe continuait d’arriver dans l’Hexagone.
Ce projet, imposé par une loi d’urgence votée dans la foulée de la guerre en Ukraine, a été entériné par le Conseil constitutionnel avec une condition claire : une menace sérieuse sur l’approvisionnement en gaz.
Logiquement, l’État devrait révoquer cette autorisation. Mais, en pratique, TotalEnergies peut encore s’accrocher à son contrat pendant cinq ans, jusqu’en 2028, malgré son inutilité flagrante.
Un gâchis d’argent public déguisé en précaution
Le contrat liant TotalEnergies à l’État court jusqu’en 2028, un horizon qui soulève une question brûlante : ce terminal servira-t-il un jour ?
Mais la réalité c’est que des centaines de millions d’euros d’argent public ont été dilapidés pour un projet qui ne répond à aucun besoin concret.
À Bercy, le ministère de l’Économie et des Finances assure que l’État ne couvre pas les pertes liées à cette sous-utilisation. TotalEnergies, de son côté, annonce un appel d’offres pour 13 escales en 2025, sans préciser si des clients se sont manifestés. Un silence qui en dit long sur la réalité de ce fiasco, un de plus dans la lignée des nombreux scandales que connait la France dirigée paraît-il, par un « Mozart de la finance ».
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