Trump-Iran : négociations ou manipulation ? le Liban au bord du chaos

Trump-Iran : négociations ou manipulation ? Le Liban au bord du chaos

Dans l’émission Choc du Monde diffusée sur TVL, le journaliste libanais Fouad Khoury-Helou, ancien directeur du quotidien L’Orient-Le Jour et auteur de Liban, état de survie (éditions Max Milo), a décrypté la journée « rocambolesque » marquée par les déclarations contradictoires de Donald Trump sur l’Iran. Entre suspension annoncée de frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes, démentis de Téhéran et guerre des récits, l’analyse est sans concession : les négociations entre belligérants ne sont pas surprenantes, mais tout dépend des intentions réelles et des enjeux concrets sur le terrain.

Des pourparlers discrets… ou une opération de communication ?

Donald Trump a annoncé la suspension des frappes sur les centrales électriques iraniennes en évoquant des « discussions prometteuses » avec Téhéran. Selon Axios, des contacts auraient eu lieu via Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien. Ce dernier a démenti, tout comme le régime iranien, qui y voit une pure manipulation pour faire baisser les prix du pétrole et calmer les marchés. 

Fouad Khoury-Helou relativise : négocier en pleine guerre n’a rien d’exceptionnel (il rappelle les pourparlers franco-allemands pendant la Première Guerre mondiale). La vraie question est : que négocie-t-on ? Les exigences américaines restent les mêmes depuis vingt ans : démantèlement du programme nucléaire iranien, limitation du programme balistique et neutralisation des milices alliées (Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen, milices en Irak et résidus en Syrie). Trump a parlé hier de « 15 points » – une extension ou un bluff ? Le spécialiste distingue le réel (frappes israéliennes et américaines qui se poursuivent sur les infrastructures militaires iraniennes, déploiement de forces spéciales dans le Golfe) de la guerre des récits, essentielle pour justifier l’opération auprès des opinions publiques et influencer les cours du pétrole.

Le détroit d’Ormuz et l’enjeu énergétique : Trump joue-t-il la carte vénézuélienne ?

Trump a multiplié les déclarations sur le détroit d’Ormuz : contrôle conjoint ? Changement de régime ? Il a même comparé la situation à celle du Venezuela, où il affirme avoir trouvé un interlocuteur « raisonnable ».

Pour Fouad Khoury-Helou, l’analogie n’est pas intuitive : l’Iran est un empire plurimillénaire, plus puissant, avec une idéologie ancrée et une population hétérogène. L’idéal américain serait plutôt un Iran « à la turque » : un régime islamiste autoritaire, régionalement ambitieux, mais aligné sur Washington via l’OTAN et intégré dans le système occidental (programme nucléaire civil sous contrôle russe, défense nucléaire américaine). En clair, une « vassalisation » déguisée : Téhéran renonce à ses ambitions nucléaires, balistiques et à ses proxies en échange de sa survie.

Le régime iranien est-il affaibli ? Les frappes ont éliminé une grande partie de son leadership. Face à la puissance américaine et israélienne, Téhéran pratique la guerre asymétrique – stratégie efficace pour une milice, mais risquée pour un État centralisé. Si les coûts deviennent insupportables, le régime pourrait s’effondrer ou devenir une mosaïque de milices locales. Pourtant, une fenêtre de négociation existe : si les États-Unis n’exigent pas la chute totale mais un régime « obéissant », des responsables iraniens pourraient accepter de se replier sur l’intérieur, au prix d’une dictature encore plus dure pour le peuple iranien (comme en Égypte ou en Tunisie après le Printemps arabe).

Le Liban, grand oublié… ou prochaine victime ?

L’interview pivote rapidement sur le Liban, où plus de 1.000 morts (dont près de 200 enfants) et un million de déplacés ont déjà été recensés. Israël poursuit ses frappes contre le Hezbollah et a détruit le pont de Qasmieh. Le ministre israélien de la Défense a ordonné la destruction de tous les ponts au-dessus du Litani, signe d’une volonté de couper le sud du pays.

Fouad Khoury-Helou est clair : Israël semble vouloir s’emparer de la région jusqu’au Litani. Ce n’est pas nouveau – David Ben Gourion l’avait déjà envisagé. Aujourd’hui, l’évacuation forcée de la population et la destruction des villages rendent ce scénario plausible. Objectifs stratégiques ? Contrôle total des réserves de pétrole et de gaz libanaises (adjacentes à celles d’Israël, accord de partage signé il y a trois ans et validé à l’époque par le Hezbollah). 

Le Hezbollah, affaibli, pourrait être contraint de reculer au nord du Litani, voire plus loin dans la plaine de la Bekaa. Mais ses dépôts d’armes y sont nombreux. Une opération israélienne élargie exigerait une mobilisation massive (jusqu’à 450.000 réservistes ?) et des pertes lourdes. Israël, depuis le 7 octobre 2023, perçoit ces conflits comme « existentiels » et accepte les coûts. Pourtant, l’expert doute : jusqu’où aller ? Une invasion complète du Liban risque de transformer le pays en champ de bataille régional.

Pire : le déplacement d’un million de chiites vers des régions non chiites bouleverse la démographie et la confessionnalité libanaise. Si le Liban est « laissé à lui-même » après cette séquence, c’est le chaos généralisé qui menace. Fouad Khoury-Helou lance un appel : la France et les États-Unis doivent apporter un soutien international massif à l’État libanais pour éviter l’effondrement.

Une issue possible… au prix fort

Pour le spécialiste, tout converge vers l’Iran : la solution au problème du Hezbollah viendra de Téhéran, principal financeur et armeur du mouvement. Si un accord est trouvé avec l’Iran (repli régional contre survie du régime), le Hamas et le Hezbollah deviendraient plus faciles à neutraliser, avec moins de dégâts civils. 

À l’inverse, une course en avant israélienne sans issue avec l’Iran condamne la région à une guerre perpétuelle : sécurité totale impossible, milices qui refusent de désarmer, populations civiles prises en otage. Le grand perdant, quel que soit le scénario, pourrait bien être le peuple iranien… et surtout le peuple libanais.

Fouad Khoury-Helou conclut sur une note d’urgence : le Moyen-Orient est à un tournant. Entre guerre asymétrique, guerre des récits et enjeux énergétiques, la paix reste possible – mais à quel prix pour les États et les populations ? L’émission Choc du Monde rappelle que, derrière les tweets de Trump et les démentis iraniens, ce sont des vies et des équilibres régionaux entiers qui se jouent.

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