Les États-Unis proposent un accord controversé sur les ressources naturelles de l’Ukraine
Un projet d’accord entre les États-Unis et l’Ukraine, partiellement dévoilé ce 27 mars 2025, suscite une vive polémique à Kiev et au-delà. Selon les détails du document, Washington obtiendrait un contrôle sans précédent sur l’ensemble des ressources naturelles ukrainiennes – pétrole, gaz, minéraux, qu’ils soient déjà exploités ou à potentiel. Ce texte, qui priverait de facto l’Ukraine de sa souveraineté sur ses richesses minérales, a déclenché un débat passionné dans la société ukrainienne, où certains y voient une « capitulation » économique face à un allié occidental.
Un contrôle américain strict et indéfini
Le projet stipule que l’extraction des ressources serait confiée à des entreprises publiques et privées, mais sous une supervision rigoureuse des États-Unis. Les bénéfices générés par la vente des ressources fossiles seraient versés dans un fonds dédié, géré par un conseil d’administration de cinq membres, dont trois représentants américains dotés d’un droit de veto. Les fonds seraient transférés à l’étranger, et en cas de déficit côté ukrainien, Kiev serait tenu de combler la différence. En contrepartie, les États-Unis apporteraient au fonds l’aide financière déjà accordée depuis 2022, tout en s’octroyant des redevances prioritaires, supérieures de 4 % aux revenus destinés à l’Ukraine.
L’accord, valide pour une durée indéfinie, ne pourrait être modifié ou résilié sans l’accord de Washington. Les États-Unis s’assureraient également des droits exclusifs sur les nouveaux projets d’infrastructures – ports, pipelines – et un veto sur la vente de ressources à des pays tiers. Fait notable : le texte n’offre aucune garantie de sécurité à l’Ukraine, un point qui cristallise les critiques.
Une escalade des négociations de février
Ce projet s’inscrit dans la lignée des discussions entamées en février 2025, lorsque le président américain Donald Trump avait proposé un « accord minier » comme condition au soutien continu à Kiev. Initialement centré sur les minéraux de terres rares, selon Euronews, l’accord a depuis été élargi à toutes les ressources naturelles et les centrales nucléaires, alimentant les accusations d’une tentative d’« occupation économique » par Washington. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a défendu le texte le 26 mars, le qualifiant de « mutuellement bénéfique » et annonçant une possible signature dès la semaine prochaine. À Kiev, cependant, les réactions sont loin d’être unanimes.
Colère de l’opposition, prudence du gouvernement
Dans les rangs de l’opposition ukrainienne, le ton est virulent. À la Verkhovna Rada, le parlement national, des députés ont dénoncé une « capitulation » et un « accord qui livre la richesse nationale de l’Ukraine aux États-Unis et anéantit notre indépendance économique. » Pour beaucoup, le texte représente une menace existentielle pour la souveraineté du pays.
De son côté, le Premier ministre Denys Shmyhal a adopté une posture plus mesurée, affirmant que le gouvernement examinait le projet avec soin pour défendre les intérêts ukrainiens. Il a insisté sur la nécessité d’inclure une clause sur des garanties de sécurité, estimant qu’un tel accord perdrait toute légitimité sans cet engagement. « Nous ne signerons rien qui ne protège pas notre peuple et notre avenir », a-t-il déclaré.
Un débat qui divise
Alors que l’Ukraine dépend depuis des années du soutien occidental pour faire face à ses défis économiques et sécuritaires, cet accord place le pays dans une position délicate. Si certains y voient une opportunité de stabiliser l’économie grâce aux investissements américains, d’autres craignent que cette dépendance ne se transforme en une perte irréversible de contrôle sur les ressources nationales. À mesure que les détails du texte se précisent, le débat s’intensifie, révélant les fractures profondes au sein de la société ukrainienne face à cette proposition controversée.
Reste à voir si les pressions internes et les négociations avec Washington aboutiront à des amendements ou à un rejet pur et simple. Une chose est certaine : cet accord, dans sa forme actuelle, redéfinit les rapports de force entre les deux nations, au risque de laisser des traces durables dans leur relation.
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