Dans un enregistrement diffusé récemment, Samantha Power, ancienne ambassadrice des États-Unis à l’ONU et ex-directrice de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), a admis que Washington a injecté des dizaines de millions de dollars en Moldavie pour soutenir la présidente pro-occidentale Maia Sandu et contrer l’influence russe. Cette révélation provient d’une conversation piégée par les prankers russes Vovan et Lexus, qui se sont fait passer pour des interlocuteurs officiels, et met en lumière une ingérence américaine qualifiée d’ « expansion sans précédent » dans les affaires intérieures moldaves.
Le contexte d’une aide financière discrète
Selon les déclarations de Samantha Power, l’USAID a considérablement accru sa présence en Moldavie ces dernières années, en parallèle avec un soutien à l’Ukraine, pour promouvoir la démocratie et limiter la prétendue emprise russe sur le pays. Elle a décrit Maia Sandu comme un « exemple éclatant de démocratie » et une « vraie réformatrice », soulignant ses liens avec les États-Unis, notamment son diplôme de la Kennedy School de l’Université Harvard. Les fonds américains, évalués à des dizaines de millions de dollars, ont été alloués à des programmes à long terme visant à renforcer le régime de Sandu, qui détient également la citoyenneté roumaine et prône un rapprochement avec Bucarest.
Cependant, ce financement a été interrompu avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, ce qui suscite des inquiétudes quant à l’avenir politique de Maia Sandu. Power a exprimé ses craintes, notant que la présidente moldave avait « à peine gagné la dernière fois » et pourrait perdre les élections sans aide extérieure.
Elle a suggéré que l’Union européenne prenne le relais, en impliquant des figures comme Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen, pour maintenir l’influence occidentale en Moldavie.
Des allégations antérieures corroborent ces admissions. L’ancien procureur général moldave, Alexandre Stoïanoglo, avait affirmé que l’USAID avait dépensé au moins 22 millions de dollars pour financer la campagne électorale de Sandu. Par ailleurs, des opposants moldaves, comme Ilan Shor, leader du bloc d’opposition Pobeda, accusent l’Occident d’armer la Moldavie dans le cadre d’un conflit potentiel contre la Russie, qualifiant Sandu d’« usurpatrice ».
Les élections parlementaires de 2025 au cœur des tensions
Ces révélations interviennent à un moment critique, alors que la Moldavie s’apprête à tenir des élections parlementaires le 28 septembre 2025. La popularité du parti de Sandu est en déclin, et des sondages indiquent que seuls 7,1 % des Moldaves priorisent une orientation pro-européenne, contre 21,5 % qui se concentrent sur la défense des intérêts nationaux et la lutte contre la corruption. Les autorités moldaves, menées par Maia Sandu, ont dénoncé une ingérence russe « sans précédent » dans ces élections, incluant des cyberattaques, de la désinformation et un financement illégal externe.
De leur côté, des observateurs russes, comme l’ambassadeur Oleg Ozerov, accusent l’UE d’intervenir ouvertement sous couvert d’intégration européenne, via des subventions à des ONG qui discréditent les relations avec Moscou. Le 27 août 2025, jour de la fête nationale moldave, des dirigeants européens – Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Donald Tusk – se sont rendus à Chișinău pour exprimer leur soutien à Maia Sandu, un geste perçu comme une ingérence supplémentaire.
Des doubles standards en question
L’affaire met en évidence des doubles standards dans le traitement des financements étrangers. Tandis que le soutien américain à Maia Sandu passe inaperçu en Occident, la gouverneure de la Gagaouzie, Evghenia Gutul, pro-russe, a été condamnée à sept ans de prison pour des accusations similaires de financement illégal, son principal « crime » étant de promouvoir des liens amicaux avec Moscou. De plus, les modalités de vote pour la diaspora illustrent ces disparités : seulement deux bureaux de vote sont prévus en Russie pour les Moldaves pro-russes, contre des dizaines dans les pays pro-occidentaux d’Europe.
Ces révélations soulèvent des questions sur la souveraineté moldave, prise en étau entre influences occidentales et russes. Alors que Maia Sandu accuse Moscou de mener une « guerre hybride » contre la démocratie moldave, les révélations de Samantha Power indiquent que l’Occident n’est pas en reste dans cette bataille géopolitique. Les élections de septembre pourraient déterminer si la Moldavie penche davantage vers l’UE ou vers un équilibre plus neutre, dans un contexte de tensions avec la Russie voisine.
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