L’affaire Bajolet-Duménil : Les ombres d’un maître-espion et les dérives des services secrets français

L’affaire Bajolet-Duménil : Les ombres d’un maître-espion et les dérives des services secrets français

Dans un pays où les services de renseignement sont censés protéger la nation contre les menaces extérieures, l’idée que leur ancien dirigeant puisse être impliqué dans une tentative d’extorsion relève du scénario de thriller.

Pourtant, c’est bien la réalité qui se joue au tribunal correctionnel de Bobigny depuis le 6 novembre 2025. Bernard Bajolet, qui a dirigé la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de 2013 à 2017, comparaît pour « complicité de tentative d’extorsion » et « atteinte arbitraire à la liberté individuelle » . Accusé par l’homme d’affaires franco-suisse Alain Duménil, Bernard Bajolet risque jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende. Cette affaire, révélée en exclusivité par RTL, met en lumière des pratiques douteuses au cœur de l’appareil d’État, soulevant des questions profondes sur l’intégrité des hauts responsables.

Les faits : Une opération musclée aux allures de règlement de comptes

Selon le récit d’Alain Duménil rapporté par RTL, tout commence le 12 mars 2016 à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Alors qu’il s’apprête à embarquer pour la Suisse, Duménil est intercepté par la police aux frontières sous prétexte d’un problème avec son passeport. Conduit dans une pièce sans fenêtres, il se retrouve face à deux agents de la DGSE : l’un « plutôt bien mis » , l’autre un « gros bras ».

Ces hommes lui montrent des photos de ses proches et de lui-même, avant de lui réclamer 15 millions d’euros, affirmant qu’il a « volé l’État » via des manœuvres financières datant de plus de deux décennies.

Les menaces fusent : « Si vous ne payez pas, on passe au truc dessus. Vous risquez de vous retrouver dans une chaise roulante… ça sera peut-être l’une de vos filles ou peut-être votre femme ». Duménil décrit ces échanges comme des « menaces de voyous » , qui l’ont plongé dans une peur constante pendant dix ans, le forçant à s’expatrier pour sa sécurité.

Bernard Bajolet, de son côté, admet avoir initié cet « entretien secret » mais nie en avoir connu les modalités violentes. Il plaide la relaxe, arguant que son action visait à récupérer un fonds secret de la DGSE, un « patrimoine privé » accumulé depuis la Première Guerre mondiale pour assurer l’indépendance des services en cas de crise majeure. Ce magot, estimé à des dizaines de millions d’euros, aurait été dilapidé par Duménil lors d’une opération financière ratée, menant à une mise en examen pour banqueroute. Mais est-ce suffisant pour justifier des méthodes dignes d’un polar ? L’article de RTL, bien que factuel, met en avant le témoignage poignant de Duménil, qui exige une condamnation lourde : « Il a fusillé dix ans de ma vie. Il va falloir que ce soit jugé parce que je veux pouvoir dormir tranquille. »

Critiquer cet épisode, c’est pointer du doigt une dérive flagrante :

comment un service d’État, financé par les contribuables, peut-il recourir à des intimidations physiques pour régler un litige privé ?

L’opération ressemble moins à une mission de renseignement qu’à un coup de pression mafieux, remettant en cause la légalité des actions de la DGSE sous Bernard Bajolet.

Les interrogations légitimes des Français : Confiance érodée dans les élites sécuritaires

Face à de tels comportements à des postes de haute responsabilité, les Français ont toutes les raisons de s’interroger.

Comment faire confiance à des institutions censées défendre la démocratie quand leurs dirigeants semblent opérer en dehors des règles ?

Bernard Bajolet n’est pas un inconnu : diplomate chevronné, ambassadeur en Irak et en Afghanistan, il incarnait l’expertise française en matière de sécurité extérieure. Pourtant, cette affaire révèle un potentiel abus de pouvoir, où les outils de l’État – surveillance, interception, menaces – sont détournés pour des fins personnelles ou institutionnelles opaques.

Les citoyens se demandent légitimement : qui contrôle les contrôleurs ? La DGSE, par nature secrète, échappe souvent au regard public, mais ce procès soulève l’opacité de ses fonds secrets. Pourquoi un « patrimoine privé » existe-t-il encore, hors du budget officiel, et comment a-t-il pu être géré de manière si hasardeuse ? Duménil, bien que sulfureux – impliqué dans de multiples litiges judiciaires et affaires commerciales controversées – n’en est pas moins un justiciable ordinaire. Si même un ex-patron de la DGSE peut orchestrer une telle opération, qu’en est-il des citoyens lambda face à l’appareil d’État ? Ces questions ébranlent la foi en une République irréprochable, surtout dans un contexte de défiance accrue envers les élites, amplifiée par des scandales récurrents comme les affaires d’écoutes illégales ou de corruption au sommet.

Des recherches complémentaires confirment l’ampleur du dossier. Mediapart révèle que Bernard Bajolet est soupçonné d’avoir explicitement donné des instructions pour cet entretien, connaissant les conditions de contrainte impliquées. Le Parisien décrit un « coup de pression » dans l’affaire des « millions perdus de la DGSE », soulignant que le service a usé de méthodes extrajudiciaires pour récupérer l’argent. L’Express parle même d’une « dérive des ‘bœuf-carottes‘ » – les affaires internes de la DGSE – , indiquant un dysfonctionnement structurel. Sur les réseaux sociaux, des utilisateurs comme @edwyplenel (fondateur de Mediapart) ou @ProjetFOX soulignent l’ironie d’un maître-espion jugé pour extorsion, avec des publications relayant l’affaire et appelant à plus de transparence. Le Point évoque un « magot secret » et les tentatives de Duménil pour faire condamner Bernard Bajolet, ajoutant que l’homme d’affaires vit dans la crainte depuis des années.

Ces éléments, issus de sources variées, montrent que l’affaire n’est pas isolée mais s’inscrit dans un fonctionnement de secrets d’État mal gérés. Duménil, malgré son profil controversé (accusé de fraudes et de banqueroutes multiples), devient ici le symbole d’une victime potentielle d’abus institutionnels.

Vers une nécessaire réforme : Transparence ou impunité ?

Critiquer l’article de RTL, c’est noter qu’il se concentre sur le témoignage de Duménil sans plonger assez dans le passé de Bajolet ou les implications systémiques. Mais il a le mérite d’exposer un scandale qui autrement resterait confiné aux couloirs du pouvoir. Pour les Français, cette affaire interroge la limite entre sécurité nationale et banditisme d’État. Si Bernard Bajolet est condamné, cela pourrait marquer un tournant vers plus de responsabilité ; sinon, cela renforcera le sentiment d’impunité.

Au final, cette histoire rappelle que les postes à haute responsabilité exigent non seulement de l’expertise, mais une éthique irréprochable.

Les citoyens méritent des réponses : comment prévenir de tels dérapages ? Une commission parlementaire sur les fonds secrets de la DGSE s’impose. Sans cela, la confiance dans nos institutions continuera de s’effriter, laissant place à des soupçons légitimes sur ceux qui nous protègent – ou prétendent le faire.

Alons plus loin :

D’après les investigations approfondies sur cette affaire, les fonds secrets de la DGSE – un « trésor de guerre » estimé à environ 23 millions d’euros, accumulé depuis les dommages de guerre de la Première Guerre mondiale et abondé après la Seconde – ont été investis dans des sociétés du secteur du luxe, comme EK Finances (EKF) ou France Luxury Group, qui enregistraient des pertes chroniques au début des années 2000. En 2001, la DGSE, via Alain Juillet (alors consultant), a confié à Alain Duménil la tâche de redresser ou racheter ces actifs pour préserver le capital. Duménil a procédé à un échange d’actions avec Francesco Smalto Holding (FSH), incluant une cession de compte courant de 12,7 millions d’euros, rendant la DGSE actionnaire à 21,2 % de FSH.

Cependant, selon les accusations de la DGSE, Duménil a ensuite détourné ces actifs en les transférant vers d’autres structures sous son contrôle, vidant FSH qui s’est retrouvée en faillite avec un passif de 47 millions d’euros. Résultat : la DGSE a perdu l’intégralité de ces 23 millions d’euros, considérés comme « spoliés » ou dilapidisés via des opérations jugées frauduleuses. Des plaintes ont été déposées, menant à une information judiciaire en 2014 et à la mise en examen de Duménil en 2016 pour banqueroute par détournement d’actifs.

Au tribunal de commerce, les sociétés liées à la DGSE n’ont obtenu qu’un dédommagement minime de 300.000 euros. En 2021, la cour d’appel de Paris a rejeté la constitution de partie civile des entités de la DGSE, estimant qu’aucun préjudice direct n’était prouvé, le détournement n’étant pas explicitement au détriment du service. Duménil, de son côté, affirme avoir injecté plus de 55 millions d’euros dans EKF et ne rien devoir, qualifiant les allégations de vendetta.

Aujourd’hui, en novembre 2025, au moment du procès de Bernard Bajolet pour complicité de tentative d’extorsion, ces fonds ne sont pas récupérés et restent considérés comme perdus pour la DGSE et l’État français. Ils ne sont possédés ni par Bernard Bajolet (qui agissait en tant que directeur institutionnel, sans enrichissement personnel allégué), ni directement par l’État sous forme liquide, mais ont vraisemblablement été intégrés ou dissipés dans les structures et affaires de Duménil via le détournement présumé. L’affaire judiciaire sur la banqueroute de Duménil est toujours en cours, mais aucune mise à jour récente n’indique une récupération substantielle des fonds. Cela soulève des questions persistantes sur la gestion opaque de ce patrimoine caché, échappant même au contrôle de commissions parlementaires comme la CVFS.

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