Une étude des Douanes révèle une explosion de 88 % des importations par petits paquets en un an, pour un prix moyen de 6,40 €. Derrière ces chiffres vertigineux, c’est le reflet d’un pays où le pouvoir d’achat en berne pousse les consommateurs vers l’ultra-discount chinois, au détriment de la balance commerciale.
Une déferlante chiffrée qui donne le tournis
Le constat des Douanes est sans appel. En 2024, pas moins de 773 millions d’articles sont entrés sur notre territoire via le circuit des petits colis, pour une valeur unitaire moyenne de seulement 6,40 €. Cette marée montante, en hausse vertigineuse de 88 % par rapport à 2023, n’est pas un simple épiphénomène. Elle incarne le choix forcé de millions de Français confrontés à l’érosion continue de leur pouvoir d’achat. Quand le budget familial est étrillé par l’inflation, la recherche du prix le plus bas devient une impérieuse nécessité, reléguant souvent la qualité au second plan.
Le « choix » par défaut
Derrière chaque statistique se cache une réalité du quotidien. L’envolée des prix de l’énergie, de l’alimentation et des produits de base a contraint de nombreux ménages à revoir leurs priorités. Se procurer un vêtement décent, un jouet ou un petit électroménager relève parfois du parcours du combattant sur le plan financier. Dans ce contexte, les plateformes comme Shein ou Temu apparaissent moins comme une tentation consumériste que comme une bouée de sauvetage.
« Cette dynamique s’explique par l’émergence de plateformes construites sur les modèles de l’“ultra-fast-fashion” ou du “direct-from-factory” », pointent les Douanes.
Leur promesse est irrésistible pour un porte-monnaie à sec : la moitié des articles importés affiche un prix inférieur à 3,40 euros.
Un modèle qui pèse lourd sur l’économie nationale
Si ce flux comble un besoin immédiat des consommateurs, il creuse un déficit inquiétant pour la nation. Concentrés à 97 % en provenance de Chine, ces petits colis représentent un trou noir dans notre balance commerciale.
« Leur prise en compte aurait dégradé le solde commercial d’au moins 4,2 milliards d’euros en 2024 », alerte l’étude, venant alourdir un déficit déjà abyssal.
L’impact est double : il sape la compétitivité de nos commerces et industries locales tout en alimentant un modèle économique et environnemental extrêmement contestable.
Face à cette hémorragie, les pouvoirs publics tentent de réagir. Une taxe européenne de trois euros sur ces envois est actée pour 2026, une mesure qui, selon les calculs des Douanes, « renchérirait le prix moyen des articles de 47 % ». La France envisage même une taxe nationale dès l’an prochain. Mais cette réponse fiscale pose une question sociale cruciale : ne risque-t-elle pas de pénaliser une nouvelle fois les ménages les plus précaires, ceux-là mêmes qui n’ont d’autre option que de se tourner vers ces produits à bas coût ? C’est le piège dans lequel nous sommes enfermés.
Le raz-de-marée des petits colis est le symptôme le plus tangible de la fracture économique qui traverse le pays. Ainsi, la logique du « moins disant » s’impose par la force des choses. Tant que la crise du pouvoir d’achat ne sera pas traitée à la racine, cette dépendance au low-cost importé persistera, symbole amer d’une population qui, pour « s’en sortir », est acculée à des choix qui appauvrissent à terme l’économie nationale.


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