Le gouvernement inscrit la guerre aux drogues dans le Code du travail

L’exécutif annonce son intention d’inscrire l’interdiction des drogues dans le Code du travail et promet un renforcement répressif pour 2026.

Le gouvernement vient de lancer un nouvel assaut dans sa bataille, souvent décrite comme sans fin, contre la consommation de stupéfiants. Cette fois, le front s’ouvre sur le lieu de travail. Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, a annoncé mercredi vouloir graver dans le marbre du Code du travail l’interdiction de travailler sous l’emprise de drogues.

Une proposition qui vient en complément d’un arsenal existant, mais qui sonne comme un aveu d’échec face à un pays dont la consommation, notamment de cannabis, est l’une des plus élevées d’Europe. La France est-elle en train de sombrer dans un brouillard narcotique contre lequel les interdits légaux restent impuissants ?

Une généralisation plus symbolique que pratique ?

Concrètement, le ministre a rappelé que les entreprises disposaient déjà de leviers. Il a rappelé que le cadre légal actuel offre déjà des outils aux entreprises. Selon ses explications, les employeurs ont en effet la possibilité de mettre en place des contrôles antidrogue aléatoires, à condition que cette disposition figure dans le règlement intérieur et que la nature des fonctions l’exige. Il a également souligné que refuser de se soumettre à ces tests expose le salarié à des poursuites disciplinaires, pouvant aller jusqu’à la rupture du contrat de travail.

La nouvelle mesure vise donc à généraliser et à renforcer symboliquement cette prohibition, l’érigeant au même rang que celle régissant l’alcool — lequel, notons-le, voit le vin, la bière ou le cidre explicitement autorisés sur le lieu de travail, une exception bien française.

Cette offensive juridique sur le front professionnel s’inscrit dans une stratégie plus vaste et plus répressive. Sébastien Lecornu a simultanément annoncé un projet de loi pour « le premier semestre 2026 » destiné à muscler la réponse judiciaire au narcotrafic.

L’axe majeur du texte législatif consiste à soumettre les condamnés pour trafic de stupéfiants au cadre pénal extrêmement rigoureux réservé aux affaires de terrorisme. Cette assimilation impliquerait un recours très limité, voire inexistant, aux remises de peine et une libération conditionnelle rendue exceptionnelle. Une comparaison lourde de sens, qui assimile le dealer de quartier à une menace pour la sécurité nationale. Pendant ce temps, les chiffres des saisies battent des records, révélant moins une efficacité des services qu’un marché colossal et ultra-dynamique.

Entre menace et prévention

La démarche du gouvernement oscille donc entre la menace et la prévention. Toutefois, l’exécutif esquissent un volet préventif dont les contours restent à définir. Jean-Pierre Farandou promet que le prochain plan santé au travail, attendu pour 2026, amplifiera le soutien aux employeurs et l’implication des médecins du travail. La finalité affichée est à la fois de développer la prévention et d’offrir un meilleur suivi aux salariés usagers. Cependant, ce volet sanitaire essentiel voit son calendrier tardif — 2026 ! — et son flou contraster avec l’immédiateté des mesures coercitives.

Cette dualité pose une question fondamentale : à quoi bon multiplier les interdits si les moyens de les faire respecter sur le terrain font défaut ? La simple évocation des peines existantes est éloquente. Le code de la santé publique prévoit déjà jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende pour un conducteur de bus ou un policier consommateur. Une sévérité théorique qui n’a pas enrayé la vague. Alors que les réseaux criminels prospèrent, que les points de deal résistent aux coups de filet, et que la consommation se banalise dans toutes les couches de la société, le remède semble dérisoire.

En cherchant à sanctuariser l’entreprise, l’exécutif touche du doigt un symptôme d’un mal bien plus profond. Le vrai débat n’est peut-être pas de savoir comment inscrire une nouvelle interdiction dans un code, mais pourquoi la France, malgré un arsenal législatif déjà draconien, semble impuissante à assécher un marché qui noie quotidiennement des quartiers entiers dans la violence et l’économie souterraine.

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