Troubles en Iran : entre protestations internes et ingérences étrangères

Troubles en Iran : entre protestations internes et ingérences étrangères

Les récents événements en Iran, marqués par des manifestations et des émeutes dans plusieurs villes, ont suscité un vif intérêt international. Basé sur la transcription d’une interview vidéo diffusée sur YouTube, où le professeur Seyed Mohammad Marandi, expert en relations internationales et ancien conseiller de l’équipe iranienne de négociation nucléaire, s’entretient avec Glenn Diesen, cet article explore les dynamiques internes et géopolitiques à l’œuvre. Nous nous appuierons également sur des analyses publiées sur le site Réseau International, qui allèguent une implication directe des États-Unis et d’Israël dans une tentative de « révolution colorée » en Iran, affirmant que ces opérations ont finalement échoué (voir les articles : ici et ici).

Contexte des troubles : une chute monétaire et des manifestations initiales pacifiques

Selon le professeur Marandi, les troubles ont débuté suite à une dépréciation brutale de la monnaie iranienne, estimée entre 30 % et 50 % sur une courte période.

Cette chute, qu’il attribue à des pressions extérieures exercées par les États-Unis et leurs alliés sur les plateformes d’échange de devises, a provoqué des manifestations pacifiques à Téhéran et dans quelques autres villes.

Les protestataires, principalement des commerçants et des petits entrepreneurs, exprimaient des préoccupations économiques légitimes : la volatilité monétaire menaçait leurs affaires, rendant impossible le renouvellement des stocks à des prix stables.

Ces manifestations initiales, qui ont mobilisé quelques milliers de personnes, se sont déroulées sans intervention policière ni arrestations. Marandi insiste sur leur caractère pacifique, contrastant avec la narrative occidentale qui les dépeint souvent comme des soulèvements généralisés contre le régime.

Cependant, dès le deuxième jour, des « infiltrations » ont transformé ces protestations en émeutes violentes.

Des groupes organisés, décrits comme disciplinés et bien entraînés, ont semé le chaos : plus de 100 agents des forces de l’ordre ont été tués, certains décapités ou brûlés vifs ; des civils, dont une infirmière, un membre du Croissant-Rouge et une fillette de 3 ans, ont également perdu la vie. Des bâtiments publics, des ambulances, des camions de pompiers et des cliniques ont été incendiés, causant des dommages massifs en seulement quelques jours.

Cette escalade rappelle, selon Marandi, des scénarios passés comme les événements de 2019 en Iran ou le Maïdan en Ukraine en 2014, où des tirs provenaient de la foule pour attiser la violence et justifier des interventions extérieures.

Le soutien populaire à la république islamique : des contre-manifestations massives

Face à ces émeutes, l’Iran a vu émerger des contre-manifestations massives en soutien à la République islamique et à sa Constitution. Le lundi suivant les troubles, des millions de personnes – Marandi évoque des foules inédites, particulièrement à Téhéran – sont descendues dans les rues de villes comme Ispahan, Tabriz, Ahvaz et Mashhad. Ces rassemblements, documentés sur des chaînes comme Press TV et des comptes Twitter comme celui de Marandi, démontrent un large soutien populaire, transcendant les clivages politiques internes. Les participants, issus de divers milieux (ouvriers, universitaires, etc.), ont condamné les « émeutiers terroristes » et l’ingérence étrangère, tout en réaffirmant leur attachement à l’État.

Marandi souligne que ces mobilisations spontanées contrastent avec la narrative médiatique occidentale, qui ignore ces événements pour se focaliser sur les protestations anti-gouvernementales. Il argue que cela reflète la légitimité durable de l’État iranien, malgré des décennies de sanctions et de propagande. « Quel pays occidental peut mobiliser des millions de citoyens de cette manière ? », interroge-t-il, pointant du doigt l’hypocrisie des leaders comme Emmanuel Macron ou Rishi Sunak, incapables de susciter un tel engouement.

Allégations d’ingérence étrangère : CIA, MOSSAD et révolution colorée

Un aspect central de l’interview et des articles cités est l’implication présumée d’agences de renseignement étrangères. Marandi accuse ouvertement la CIA et le Mossad d’avoir orchestré ces troubles dans le cadre d’une « révolution colorée » – un terme désignant des soulèvements manipulés pour renverser des gouvernements hostiles. Il cite des déclarations publiques : Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA, a tweeté un message de soutien aux « Iraniens dans la rue » et aux « agents du Mossad marchant à leurs côtés ». Des responsables israéliens ont également admis sur leurs chaînes nationales la présence d’agents en Iran.

Les articles de Réseau International corroborent ces allégations. Le premier affirme que l’Iran détient des preuves concrètes de l’implication américaine et israélienne, incluant des financements et des coordinations via des réseaux en Albanie (où des milliers d’opposants iraniens, comme les Moudjahidines du Peuple, opèrent). Le second article déclare que l’opération CIA-Mossad a échoué, soulignant comment la coupure d’Internet en Iran a désorganisé les émeutiers, qui dépendaient de coordinations extérieures via Telegram, Twitter et d’autres plateformes. Marandi explique que cette mesure drastique – qui l’a obligé à se déplacer pour accéder à Internet lors de l’interview – a fait « s’effondrer » les réseaux terroristes, composés de groupes comme l’État islamique, les monarchistes et des factions kurdes.

Ces ingérences s’inscrivent dans une stratégie plus large de « pression maximale » : sanctions économiques, guerre psychologique via un « empire médiatique » financé par l’Occident (chaînes TV, sites web et bots), et manipulations monétaires. Marandi compare cela aux Printemps arabes, où des interventions similaires ont abouti à la destruction de pays comme la Libye ou la Syrie, sans réel bénéfice pour les populations.

Perspectives géopolitiques : vers une guerre imminente ?

L’interview aborde les motivations géopolitiques sous-jacentes. Les États-Unis, sous Trump, chercheraient à forcer l’Iran à négocier un nouvel accord nucléaire, à limiter ses missiles balistiques ou à réduire son soutien à des alliés régionaux comme le Hezbollah ou les Houthis. Trump a même affirmé publiquement que l’Iran « voulait négocier » et que la deuxième plus grande ville iranienne (probablement Mashhad) était « tombée » – des déclarations que Marandi qualifie d’ignorance flagrante, basées sur des renseignements défaillants.

Israël, quant à lui, viserait une fragmentation de la région pour consolider sa domination, voyant l’Iran comme un obstacle majeur en raison de son soutien à la Palestine.

Marandi avertit que ces troubles pourraient servir de prétexte à une frappe militaire, comme suggéré par le sénateur Lindsey Graham.

Cependant, il prédit un échec cuisant pour l’Occident : l’Iran, préparé depuis des décennies, riposterait avec des missiles et drones, potentiellement en frappant préventivement si une menace est perçue. Cela pourrait dévaster les économies mondiales, via des perturbations dans le Golfe Persique, et mobiliser les alliés iraniens en Irak, au Yémen et ailleurs.

Ironiquement, ces événements ont renforcé l’unité iranienne, selon Marandi, rendant le pays plus résilient face à l’« empire en déclin » occidental.

Au-delà de la propagande, une question de souveraineté

Les troubles en Iran illustrent un mode opératoire récurrent : des griefs internes légitimes (économiques, sociaux) exploités par des forces extérieures pour des fins géopolitiques. Comme le soulignent l’interview de Marandi et les analyses de Réseau International, l’échec de cette « révolution colorée » met en lumière la résilience de la société iranienne et la faillite des narratives occidentales. Plutôt que de promouvoir la liberté, ces ingérences perpétuent un cycle de destruction, comme vu en Syrie ou en Ukraine. L’Iran, en soutenant la Palestine malgré les sanctions, défie le « suprémacisme » occidental, rappelant que la véritable ouverture sociétale ne se mesure pas à la rhétorique, mais à la capacité de résister aux pressions impérialistes.

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