Le 20 avril 2026, au lendemain des élections législatives bulgares, François Asselineau, président de l’UPR, publie sur X un long fil qui résume avec ironie le séisme politique survenu la veille.
La coalition Bulgarie Progressiste de l’ancien président Roumen Radev obtient environ 44,7 % des voix et une majorité absolue (environ 130 sièges sur 240), selon les résultats quasi définitifs publiés le 20 avril.
C’est la première majorité claire dans le pays depuis 1997, mettant fin à cinq années d’instabilité chronique (huit scrutins législatifs en cinq ans).
Ce que révèle le scrutin
Selon les décomptes officiels portant sur plus de 91 % des bulletins :
- Bulgarie Progressiste (Radev) : 44,7 % → ~130 sièges.
- GERB (Boïko Borissov, conservateurs pro-UE) : ~13 %.
- PP-DB (libéraux pro-européens) : ~13 %.
La participation a nettement progressé (autour de 51 % contre 39 % précédemment). Radev, 62 ans, ancien pilote de chasse et président de la République de 2017 à début 2026, a fait campagne sur deux axes forts :
la lutte contre la corruption endémique et un « dialogue pragmatique » avec la Russie, tout en affirmant vouloir rester dans l’Union européenne.
L’ingérence visible de Valérie Hayer
Quelques jours avant le vote, Valérie Hayer, présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen et macroniste convaincue, s’est rendue à Sofia pour soutenir ouvertement les partis pro-UE (GERB et PP-DB). Sur les réseaux et dans ses interventions, elle avait martelé : « Cette élection est l’une des plus décisives en Bulgarie et en Europe depuis des années. » Elle appelait à « reconstruire une Bulgarie forte dans une Europe forte », à combattre la corruption et à défendre l’État de droit.
Pour de nombreux observateurs, cette visite et ces appels ont produit l’effet inverse.
Le résultat est perçu comme un rejet clair des partis traditionnellement soutenus par Bruxelles.
Asselineau ironise sur le « charisme ravageur » de Valérie Hayer et voit dans cette défaite une nouvelle preuve que l’ingérence européenne peut se retourner contre ses auteurs.
Un profil qui inquiète les capitales européennes
Roumen Radev n’est pas un inconnu. Critique régulier de certaines politiques bruxelloises (notamment sur l’énergie et les sanctions), il prône un pragmatisme vis-à-vis de Moscou tout en refusant toute sortie de l’UE ou de l’euro. La Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union (6,5 millions d’habitants), reste très dépendante des fonds européens (plus de 11 milliards d’euros prévus pour 2021-2027). Bruxelles a déjà fait savoir qu’elle pourrait conditionner ou geler ces aides en cas de recul sur l’État de droit ou la corruption.
Les médias européens qualifient souvent Radev de « prorusse » et comparent son arrivée à un « nouvel Orbán » en puissance. Pourtant, l’intéressé affirme vouloir former un gouvernement stable en mai et ne pas imposer de veto concernant l’aide à l’Ukraine, tout en refusant une hostilité systématique envers la Russie.
Un signal pour l’Europe ?
Cette victoire marque un tournant dans un pays qui a enchaîné les crises politiques depuis 2021. Pour les uns, elle incarne l’espoir d’une Bulgarie enfin gouvernée, débarrassée de la corruption et de l’instabilité. Pour les autres, elle représente un risque de fracture supplémentaire au sein de l’UE, après la Hongrie, la Slovaquie ou la Roumanie.
Au moment où l’Union européenne fait face à des vents contraires dans plusieurs États membres, le vote bulgare du 19 avril 2026 pose une question simple : jusqu’où les peuples peuvent-ils encore choisir leur voie sans que Bruxelles brandisse le chantage financier ? La réponse, pour l’instant, s’écrit à Sofia. Et elle pourrait bien faire des émules ailleurs.


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