Dans son émission « Samedi Politique », l’animatrice recevait Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme et spécialiste des questions économiques et industrielles. Au lendemain des tensions au Moyen-Orient et de la nouvelle flambée des prix à la pompe, l’entretien a dressé un état des lieux complet des défis français en matière d’énergie, de fiscalité et de souveraineté.
Baisse des taxes sur le carburant : une mesure prioritaire
Jean-Philippe Tanguy a réaffirmé la proposition historique du Rassemblement National : réduire significativement les taxes sur le carburant. Sur un litre, l’État prélève 50 à 60 % via TVA et TICPE. Le RN propose :
- La baisse de la TVA sur les énergies de 20 % à 5,5 % (gain de 20 à 25 centimes par litre) ;
- La suspension des hausses de TICPE décidées sous les gouvernements Philippe et Macron (environ 16 centimes).
Cela permettrait une baisse globale d’au moins 40 centimes par litre, ramenant les prix français vers ceux de nos voisins européens. Le député assume un coût de 16 milliards d’euros, soit seulement 1 % de la dépense publique totale.
Il insiste : cette taxe pèse surtout sur les ruraux, les périurbains et les travailleurs, et non sur les catégories les plus aisées.
Parallèlement, le RN défend un plan d’économies de 120 milliards d’euros pour maîtriser la dette publique.
Stocks stratégiques de pétrole : un système opaque
Jean-Philippe Tanguy a dénoncé avec force la gestion des réserves pétrolières françaises, censées représenter 3 à 4 mois de consommation (obligation internationale). Contrairement aux États-Unis, où l’État fédéral contrôle directement ces stocks stratégiques, la France a confié cette mission vitale à un organisme privé : la SAGESS (Société Anonyme de Gestion des Stocks de Sécurité), créée en 1988 à l’initiative des industriels eux-mêmes.
Cette société anonyme de droit privé, dont les actionnaires sont quasi exclusivement les grands pétroliers et distributeurs (TotalEnergies, Shell, BP, Esso, Eni, Bolloré Energy, Carfuel/Leclerc, etc.), détient aujourd’hui entre 75 et 89 % des stocks nationaux, soit environ 13,9 millions de tonnes stockées sur une centaine de sites. Les parts sont réparties au prorata de leur mise à la consommation sur le marché français (voir ici).
Le financement est entièrement privé (cotisations des opérateurs, émissions obligataires et prêts), mais ces coûts sont répercutés indirectement sur les consommateurs.
Selon le député, cela représente une charge annuelle de plusieurs centaines de millions d’euros supportée in fine par les Français.
Le cœur du scandale réside dans le conflit d’intérêts majeur : les mêmes acteurs légalement obligés de constituer des stocks délèguent cette responsabilité à une structure qu’ils contrôlent. Les réserves, souvent constituées à bas prix (autour de 60 € le baril ou moins en période de surabondance), sont libérées en période de crise (comme lors du blocage du détroit d’Ormuz), lorsque le baril flambe. Au lieu de servir prioritairement à inonder le marché français et à faire baisser les prix à la pompe, elles participent à une logique de stabilisation internationale qui profite aux majors : les pétroliers optimisent leur trésorerie, tandis que l’État perçoit davantage de taxes (TVA + TICPE représentant plus de 60 % du prix à la pompe) sur des volumes vendus plus cher.
Jean-Philippe Tanguy dénonce ainsi une privatisation rampante des risques (supportés par les contribuables et consommateurs) et une socialisation des bénéfices, loin de l’intérêt national. Ce système, présenté comme une « délégation efficace », prive les Français d’un véritable bouclier face aux chocs pétroliers et illustre, selon lui, un mauvais capitalisme de connivence où la grande distribution utilise le carburant comme produit d’appel tout en externalisant les contraintes de stockage.
Le RN plaide pour une réforme en profondeur : plus de transparence sur les prix d’acquisition et les conditions de libération, et une reprise en main publique ou semi-publique de ces stocks stratégiques afin qu’ils servent réellement la souveraineté et le pouvoir d’achat des Français.
TotalEnergies et participation des Français
Jean-Philippe Tanguy a défendu le rôle de TotalEnergies tout en regrettant que les Français ne soient pas davantage actionnaires de leurs grandes entreprises. Il plaide pour un fonds souverain permettant aux ménages de percevoir une partie des dividendes, dans l’esprit de la participation gaullienne.
Nucléaire et indépendance énergétique
Le député a vivement critiqué la fermeture de Fessenheim, qu’il juge encore relançable, et dénoncé la dépendance accrue de la France (raffineries fermées, sanctions contre la Russie, développement des énergies intermittentes sous influence des lobbies). Il pointe les certificats d’économie d’énergie (8-9 milliards d’euros par an, avec des dérives importantes selon la Cour des comptes) et le rôle de la France comme « château d’eau électrique » de l’Europe, qui lui coûte cher.
Le RN souhaite reprendre le contrôle du marché européen de l’électricité pour défendre l’intérêt national tout en maintenant les échanges.
Géopolitique : sanctions contre-productives et position française
Jean-Philippe Tanguy a analysé les crises au Moyen-Orient et les conséquences durables sur les prix de l’énergie. Il regrette les sanctions européennes contre la Russie, qui ont renforcé l’alliance sino-russe et pénalisé les consommateurs. Il plaide pour une politique étrangère plus indépendante, une désescalade au Liban et le rétablissement d’une diplomatie gaullienne équilibrée entre sécurité d’Israël et respect du droit international.
Vers 2027
Le député a appelé à un sursaut souverainiste pour redresser l’économie française et restaurer le pouvoir d’achat.
Il a réaffirmé son soutien à Marine Le Pen comme candidate naturelle du RN pour 2027, saluant également le rôle de Jordan Bardella.
Dans cet entretien, Jean-Philippe Tanguy livre un diagnostic sévère de la politique énergétique et économique des dernières années, tout en présentant les axes concrets défendus par le Rassemblement National : baisse des taxes, réindustrialisation énergétique, maîtrise des dépenses publiques et regain de souveraineté.


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