Alors que l’Union européenne vient de franchir une étape historique en pérennisant le gel des avoirs souverains russes, le Kremlin a répliqué par une série de décrets visant à saisir, en miroir, les actifs occidentaux encore présents sur le sol russe. Entre « vol légalisé » et « expropriation préventive », plongée dans les mécanismes d’un conflit bancaire sans précédent.
Le bras de fer financier entre Moscou et les capitales occidentales vient d’entrer dans une phase de collision frontale.
Après des mois d’hésitations juridiques, Bruxelles a acté fin décembre 2025 le gel « indéfini » de près de 210 milliards d’euros appartenant à la Banque centrale de Russie. La réponse de Vladimir Poutine ne s’est pas fait attendre : l’activation immédiate du mécanisme de compensation, une arme législative conçue pour transformer chaque euro russe gelé en Europe en un actif occidental saisi en Russie.
Le mécanisme du gel : le « coffre-fort » Euroclear
Pour comprendre le courroux de Moscou, il faut remonter au mécanisme technique du gel. L’essentiel des avoirs russes (environ 190 milliards d’euros) n’est pas stocké dans des banques classiques, mais chez Euroclear, une société de services financiers basée en Belgique.
Euroclear agit comme le « notaire central » des marchés financiers : lorsqu’un État achète des obligations ou des titres, ils sont conservés dans ces chambres de compensation. Depuis février 2022, ces titres sont immobilisés : la Russie en reste propriétaire sur le papier, mais elle ne peut ni les vendre, ni percevoir les intérêts qu’ils génèrent. En 2025, ces intérêts ont généré une « manne » de plus de 3 milliards d’euros, que l’UE utilise désormais pour financer l’effort de guerre et la reconstruction en Ukraine.
La riposte de Moscou : l’expropriation en miroir
Le « décret de riposte« , dont les contours ont été durcis fin 2025, repose sur un principe simple : la compensation judiciaire. Le texte autorise toute entité russe (État ou entreprise) ayant subi un préjudice lié aux sanctions à poursuivre les entités occidentales devant les tribunaux de la Fédération de Russie.
- Saisie des comptes « C » : Moscou a accumulé des milliards d’euros appartenant à des investisseurs étrangers sur des comptes spéciaux dits « de type C ». Ces fonds sont désormais le premier réservoir de la riposte.
- La menace sur les filiales : Contrairement aux États-Unis, de nombreuses entreprises européennes (banques, groupes agroalimentaires, énergéticiens) possèdent encore des usines et des filiales en Russie. Le décret permet de saisir ces actifs réels pour compenser les pertes de la Banque centrale russe.
- Le chiffre 117 : une guerre de listes
Dans les chancelleries, le nombre « 117 » circule avec insistance. Il ne s’agit pas du numéro du décret de riposte, mais de la « liste des 117 » : une sélection de navires pétroliers de la flotte fantôme russe que l’UE vient d’interdire d’accès à ses ports au 1er janvier 2026. Cette nouvelle salve de sanctions a été l’étincelle qui a poussé le Kremlin à durcir l’application de son décret de saisie des avoirs.
Vers une rupture totale ?
Pour les experts, nous sommes sortis du cadre des simples sanctions économiques pour entrer dans une zone grise du droit international.
En gelant de manière indéfinie des avoirs souverains, l’Occident crée un précédent qui inquiète d’autres puissances comme la Chine ou l’Arabie Saoudite. En réponse, Moscou achève de transformer son économie en une forteresse coupée des circuits financiers traditionnels.
À ce jour, le montant des actifs occidentaux encore saisissables en Russie est estimé à environ 280 milliards de dollars. Un « otage » financier suffisant pour maintenir l’équilibre de la terreur bancaire, du moins pour l’instant.


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