Dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées par l’opération militaire américaine au Venezuela, qui a abouti à la capture controversée du président Nicolás Maduro le 3 janvier 2026, l’économiste et expert en développement durable Jeffrey Sachs a livré une intervention percutante lors d’une réunion d’urgence du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Cette séance, consacrée aux menaces contre la paix et la sécurité internationales, a mis en lumière les divisions profondes au sein de la communauté internationale.
Sachs, connu pour ses critiques virulentes de l’impérialisme américain, a appelé à un respect strict de la Charte des Nations Unies, accusant les États-Unis de violer le droit international par des actions unilatérales visant à imposer un changement de régime au Venezuela.
La vidéo de cette intervention, diffusée sur YouTube sous le titre « Intervention de Jeffrey Sachs au Conseil de sécurité de l’ONU (en français) », présente une version doublée en français de son discours original en anglais. Elle a rapidement circulé sur les réseaux sociaux : Sachs appelle au respect du droit international et avertit que sans condamnation claire des États-Unis, cela pourrait signifier « la fin de l’ONU ». Il lie cela à une possible émergence d’une nouvelle organisation internationale impulsée par les BRICS, en réponse à l’unilatéralisme occidental.
Le contexte de l’intervention : une crise géopolitique majeure
La réunion d’urgence fait suite à l’opération américaine qui a vu des forces spéciales capturer Maduro à Caracas, sous prétexte de lutte contre le narcotrafic, et l’imposer un blocus naval (qualifié de « quarantaine maritime » par Sachs) pour isoler le régime. Ces actions ont été justifiées par l’administration Trump comme nécessaires pour contrer une « menace exceptionnelle » pour la sécurité nationale des États-Unis, mais elles ont provoqué un tollé international. Sachs, intervenant en tant qu’expert invité, replace ces événements dans un fonctionnement historique d’interventions américaines non autorisées, depuis la Guerre froide jusqu’à aujourd’hui.
Dans son discours, Sachs insiste : la question n’est pas de juger le gouvernement vénézuélien ou le président Maduro, mais de déterminer si un État membre peut, par la force ou la coercition économique, dicter l’avenir politique d’un autre pays.
Il invoque directement l’Article 2(4) de la Charte des Nations Unies, qui interdit la menace ou l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État. « Le Conseil de sécurité doit savoir s’il va appliquer cette interdiction ou l’abandonner. S’il l’abandonne, cela aura des conséquences extrêmement graves, » déclare-t-il.
Une critique virulente de la politique étrangère américaine
Jeffrey Sachs retrace l’histoire des tentatives de changement de régime par les États-Unis, citant plus de 70 cas documentés de 1947 à 1989, et leur poursuite post-Guerre froide sans aval du Conseil de Sécurité. Il énumère des exemples récents : l’Irak (2003), la Libye (2011), la Syrie (2011), l’Ukraine (2014), et le Venezuela depuis 2002. Les méthodes incluent la guerre ouverte, les opérations de renseignement, l’incitation aux troubles, le soutien à des groupes armés, la manipulation des médias sociaux, la corruption, les assassinats ciblés et la guerre économique – toutes illégales et sources de violence, d’instabilité et de souffrances civiles.
Focalisant sur le Venezuela, Sachs rappelle :
- L’approbation américaine d’une tentative de coup d’État en 2002.
- Le financement de groupes anti-gouvernementaux dans les années 2010.
- Les sanctions imposées en 2015 par Barack Obama, qualifiant le pays de « menace inhabituelle et exceptionnelle ».
- Les menaces d’invasion par Trump en 2017 lors d’un dîner avec des leaders latino-américains.
- Les sanctions pétrolières de 2017-2020, qui ont fait chuter la production de pétrole de 75 % et le PIB par habitant de 62 %.
- La reconnaissance unilatérale de Juan Guaidó comme président intérimaire en 2019, suivie du gel de 7 milliards de dollars d’actifs vénézuéliens.
Il note que l’Assemblée Générale de l’ONU a voté massivement contre ces mesures coercitives unilatérales, réservées au seul Conseil de Sécurité. Jeffrey Sachs accuse également les États-Unis d’avoir bombardé plusieurs pays sans autorisation (Iran, Irak, Nigeria, Somalie, Syrie, Yémen), et mentionne des menaces récentes de Trump contre six États membres, dont le Venezuela.
Appel à l’action : sauver la charte des Nations Unies
Invoquant le théoricien des relations internationales John Mearsheimer, Sachs décrit l’anarchie internationale comme une « tragédie des grandes puissances » menant inévitablement au conflit. Il rappelle l’échec de la Société des Nations dans les années 1930, qui a conduit à la Seconde Guerre mondiale, et la création de l’ONU pour y remédier. « La Charte dit que l’ONU a été créée pour préserver les générations futures du fléau de la guerre, qui deux fois en l’espace d’une génération a infligé des souffrances indicibles à l’humanité, » cite-t-il. Il avertit : « L’humanité est en danger de périr. Il n’y aura pas de troisième chance. »
Sachs propose des mesures concrètes :
- Cessation immédiate par les États-Unis de toute menace de force contre le Venezuela.
- Abandon de la quarantaine maritime et de toute mesure non autorisée par le Conseil.
- Retrait des forces militaires américaines (intelligence, maritimes, aériennes, terrestres) du périmètre vénézuélien.
- Respect par le Venezuela de la Charte et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
- Nomination d’un émissaire spécial par le Secrétaire Général pour rapporter dans 14 jours et proposer des recommandations.
- Maintien du Conseil saisi de la question en urgence.
- Abstention de tous les États membres de mesures coercitives unilatérales ou actions armées hors autorité du Conseil.
En conclusion, Sachs affirme que « la paix et la survie de l’humanité dépendent de savoir si la Charte reste un instrument vivant du droit international ou si on lui permettra de perdre toute pertinence. »
Réactions et Implications
Certains louent Jeffrey Sachs comme un défenseur du multilatéralisme, d’autres le qualifient d’ « idiot utile » des intérêts anti-américains, ou questionnent l’utilité de l’ONU. D’autres ironisent sur l’Europe comme « nains stratégiques » face aux « stratèges froids » comme Trump.
Cette intervention souligne les fractures au sein du Conseil de Sécurité, où les États-Unis et leurs alliés défendent l’opération comme une mesure anti-drogue, tandis que la Russie, la Chine et d’autres BRICS la voient comme un acte d’agression impérialiste.
Si le Conseil de Sécurité ne réagit pas fermement pour faire respecter la Charte des Nations Unies, cette inaction risquerait non seulement d’affaiblir durablement l’ONU – perçue de plus en plus comme une institution obsolète, paralysée par les vetos des grandes puissances et incapable de contrer l’unilatéralisme – mais aussi d’accélérer sa marginalisation au profit d’une nouvelle organisation internationale plus représentative et plus équitable, impulsée notamment par les BRICS.
Loin d’être une simple crise passagère, ce moment pourrait ouvrir la voie à un véritable tournant historique : l’émergence d’un ordre mondial multipolaire fondé sur la négociation sincère, le respect mutuel de la souveraineté, le partage équitable des responsabilités et une gouvernance véritablement inclusive. Un tel système, débarrassé de la loi du plus fort, offrirait une chance unique de bâtir une paix durable et un développement partagé, où le droit international redeviendrait le socle commun de la coopération entre nations.
Jeffrey Sachs, avec son appel passionné, rappelle que dans un monde au bord de l’abîme, le choix est clair : renforcer l’ONU ou laisser place à une institution renouvelée, plus adaptée aux réalités du XXIe siècle. Cette intervention offre un aperçu direct de ce moment historique, invitant à une réflexion urgente sur la souveraineté, la justice internationale et l’avenir de la paix mondiale.


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