Dans le débat sur le projet de loi relatif à la fin de vie, qui doit prochainement repasser devant la Commission des affaires sociales puis au Sénat, une voix discordante et particulièrement argumentée s’élève. Celle d’un praticien chevronné, à la fois médecin, docteur en philosophie et diacre, qui a consacré sa carrière à l’accompagnement des patients en fin de vie. Pour lui, ce texte ne souffre d’aucun correctif possible : il est « mauvais du début à la fin ».
Ce constat sans concession repose sur une conviction profonde : soigner, c’est servir, pas décider de la mort d’autrui. Le médecin rappelle que l’être humain n’est pas un instrument au service de la médecine ni de la politique de santé publique. Or, selon lui, le projet de loi transforme précisément le praticien en exécutant d’une décision administrative et idéologique.
Un cache-misère pour masquer l’essentiel
Dès le départ, le texte est critiquable dans sa construction même. Il associe l’aide à mourir au développement des soins palliatifs, comme si l’un légitimait l’autre. « C’était une manière d’avancer sur l’euthanasie en disant : vous voyez, on va tout faire pour les soins palliatifs », observe le médecin. Pourtant, il est convaincu que les moyens financiers annoncés ne parviendront jamais réellement aux structures de soins palliatifs. Ce couplage n’est qu’un artifice rhétorique pour faire passer une mesure profondément contestable.
Autre disposition jugée inacceptable : le délit d’entrave. Pourquoi, s’interroge-t-il, une loi prétendument juste aurait-elle besoin d’interdire à quiconque d’argumenter contre l’euthanasie d’une personne ? Cette mesure constitue, à ses yeux, une atteinte grave à la liberté fondamentale d’expression et de conviction.
Les dérives déjà observées ailleurs
Le praticien ne se contente pas d’analyses théoriques. Il cite des exemples concrets venus de pays où l’euthanasie est légalisée depuis plusieurs années.
Au Canada, 8 % des décès sont aujourd’hui des euthanasies.
En Belgique, un cas particulièrement glaçant reste gravé dans sa mémoire : une femme qui refusait de mourir par injection a été étouffée avec un oreiller par le médecin lui-même, sans que celui-ci – pourtant président d’une commission de contrôle – ne fasse l’objet de poursuites. « Je suis impressionné que ça ne fasse pas plus réagir les gens », confie-t-il avec une pointe d’amertume.
Il met également en garde contre la composition des futures commissions de validation : « Vous n’aurez dans ces commissions que des gens acquis à la cause. » Le contrôle devient alors une simple formalité, un simulacre de garde-fou.
L’humain réduit à une ressource
Derrière ces critiques techniques se dessine une vision philosophique et anthropologique.
Le médecin dénonce une société qui traite les individus comme des « ressources à gérer ».
Il évoque le centre funéraire de Dijon, implanté entre un golf et un parc de tombes, comme le symbole d’une mort industrialisée, aseptisée et rentable.
Une anecdote personnelle illustre mieux que de longs discours sa conception de la dignité humaine. Jeune médecin, il s’était occupé d’un patient jugé « sans valeur » par son apparence et son état. Ce n’est qu’après sa mort qu’il comprit à quel point cet homme comptait pour sa famille. « Peut-être que toutes ces personnes que nous pensons inutiles ont une importance bien plus grande que celle de ceux qui, en bougeant leurs bras et leurs jambes, pensent qu’ils changent le monde », conclut-il.
Cette réflexion rejoint sa critique de l’enrôlement progressif des médecins dans des politiques publiques depuis le plan Juppé de 1996, accentué par les incitations financières (ROSP) et la gestion de la crise COVID.
Le praticien n’est plus au service du patient, mais au service d’une idéologie utilitariste où la vulnérabilité devient une charge à éliminer.
Il salue d’ailleurs la position de l’Ordre des médecins, qui a clairement fait savoir que ce n’était pas la vocation des praticiens d’« emmener des gens à la mort ».
Un appel solennel au Sénat
Face à ce qui lui apparaît comme une pente glissante, le médecin lance un appel direct aux sénateurs : « Prenez conscience de ce que vous faites, et allez voter contre. »
Pour lui, la mort n’est pas une solution désirable. « La mort, c’est emmerdant, et tant mieux. Sinon, c’est quelque chose de désirable. » Cette formule brutale traduit une vérité profonde :
c’est précisément parce que la mort nous confronte à notre finitude que nous apprenons à prendre soin les uns des autres.
En conclusion, il transmet le message poignant d’une amie endeuillée : « Prenons bien soin les uns des autres. » Une phrase simple, presque naïve, mais qui contient, selon lui, plus de sagesse et d’humanité que toutes les lois techniques sur l’aide à mourir.
Dans un pays qui se veut le berceau des droits de l’homme, cette loi pose une question essentielle:
voulons-nous vraiment qu’un État et des commissions administratives puissent décider, sous couvert de liberté, de la valeur d’une vie ?
Le médecin en soins palliatifs, fort de son expérience, de sa réflexion philosophique et de sa foi, répond clairement par la négative. Reste à savoir si les parlementaires sauront entendre cette voix venue du terrain, loin des cercles parisiens où se décide souvent l’avenir de la fin de vie des Français.


Laisser un commentaire