Le fichage politique par l’ARCOM : transparence citoyenne contre opacité d’État

Le fichage politique par l’ARCOM : transparence citoyenne contre opacité d’État

Un fichage politique inédit en dehors des campagnes

Dans une émission récente, Nicolas Conquer, porte-parole du parti Republican Overseas et franco-américain, a levé le voile sur un mécanisme méconnu mais profondément anxiogène : le fichage politique opéré par l’ARCOM, l’autorité de régulation de l’audiovisuel.

Loin d’être limité aux périodes électorales, ce système impose aux chaînes de radio et de télévision un décompte minutieux du temps de parole de plus de 1.600 personnalités, même en dehors de toute campagne.

La France est, selon lui, le seul pays au monde à pratiquer un tel contrôle en temps normal.

Le fonctionnement opaque du référentiel de l’ARCOM

L’ARCOM détient un référentiel confidentiel de 1.677 noms qu’elle partage avec les éditeurs. Dès qu’une personne fichée apparaît à l’antenne, son temps d’intervention est chronométré et imputé à une étiquette politique – gauche, droite, extrême droite, etc. – sans que l’intéressé en soit informé ni puisse contester cette classification. Nicolas Conquer en sait quelque chose : après seulement trois semaines de candidature en 2024, il figure parmi les plus de 300 « non-politiques » fichés. Il a multiplié les recours devant le Conseil d’État, sans succès.

Le patron de l’ARCOM lui-même a reconnu, lors d’une audition parlementaire, que l’institution ne faisait pas « la police » mais s’appuyait sur des « signalements externes » – plaintes de citoyens, associations ou groupes d’intérêt.

Les critères retenus restent extrêmement flous : « personnalité notoire » ayant vocation à contribuer au débat national, de manière régulière, ponctuelle ou occasionnelle. Autant dire que tout peut entrer dans cette définition.

tousficher.com : la riposte citoyenne pour la transparence

La plateforme tousficher.com, lancée par Nicolas Conquer et une équipe citoyenne indépendante, entend briser cette opacité. En compilant et en rendant lisibles les données de l’ARCOM (récupérées notamment via des lanceurs d’alerte), elle permet à chacun de visualiser les biais du système.

Biais et personnalités étrangement absentes

Les chiffres officiels de l’ARCOM montrent que le Rassemblement national est le parti qui cumule le plus de temps de parole. Pourtant, ce n’est pas ce constat qui inquiète le plus Nicolas Conquer. Le véritable problème, selon lui, réside dans toutes les personnalités influentes – souvent de gauche ou proches du pouvoir – qui ne sont tout simplement pas fichées et donc dont le temps d’antenne n’est jamais comptabilisé. Leur forte exposition médiatique échappe ainsi complètement aux quotas, créant un biais invisible mais puissant. Il cite notamment Thierry Breton, très présent sur les plateaux, Mathieu Pigasse, Thomas Piketty, Gabriel Zucman, ou encore Arnaud Montebourg, discrètement retiré du référentiel au moment où il prend une émission sur une grande chaîne d’info en continu. « Une concomitance intéressante », ironise Nicolas Conquer.

La loi de 1986 et les déséquilibres invisibles

Le système ne se contente pas de compter : il corsète la liberté éditoriale. Des chaînes avouent refuser des invités sous prétexte que « les temps de parole sont pleins ». Robert Ménard, par exemple, à lui seul absorbe 20 % du temps alloué à la « divers droite », alors que ses positions ne se réduisent pas à une case idéologique. Résultat : une assignation à résidence politique qui empêche toute nuance. « Un être humain n’est pas un bloc monolithique », rappelle l’invité. Pire, les médias traditionnels vivent dans une « tétanisation » permanente face à l’ARCOM : amendes, injonctions, contrôles permanents. Beaucoup refusent même d’évoquer le sujet pour ne pas attirer davantage l’attention du régulateur.

Deux poids, deux mesures : l’exemple des humoristes

L’émission illustre ce deux poids, deux mesures par un exemple frappant. D’un côté, Patrick Sébastien poste sur YouTube une parodie grivoise visant Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions : plainte immédiate pour outrage sexiste et sexuel. De l’autre, l’humoriste Frédéric Fromet, sur France Inter, chante un sketch provocateur sur Jésus et la communauté LGBT : aucun problème, aucune sanction interne. La liberté d’expression semble soudain très sélective.

Le contexte plus large : l’assaut contre la liberté d’expression

Ce fichage n’est pas un phénomène isolé. Il s’inscrit dans un mouvement plus large où les autorités françaises et européennes multiplient les outils pour reprendre le contrôle de l’information. Emmanuel Macron, dans un discours prononcé fin octobre 2025 au Forum de Paris sur la Paix, a appelé à bannir les faux comptes, à interdire les plateformes non conformes et à imposer une transparence totale des algorithmes, accusant les réseaux sociaux de provoquer la « dégénérescence démocratique ». La Digital Services Act (DSA) européenne, avec ses amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial, pousse les plateformes à une sur-censure pour éviter les sanctions. En France, une série de lois forme un arsenal répressif qui criminalise insultes, incitations, négationnisme, ou même des contenus jugés « haineux ».

La contre-offensive américaine avec freedom.gov

Face à cette dérive, des contre-feux apparaissent. Les États-Unis, par la voix du Département d’État, préparent un portail baptisé freedom.gov destiné précisément aux citoyens européens. Son message est clair : « L’information est le pouvoir. Reprenez votre droit humain à la liberté d’expression. » Le site, encore en préparation, prévoit des outils techniques (comme un VPN simulant une connexion américaine) pour contourner les blocages et les suppressions de contenus jugés sensibles outre-Atlantique. Il s’appuie sur le Premier Amendement américain, bien plus protecteur que l’approche européenne qui privilégie la « dignité » au prix de la censure.

La perquisition des bureaux de X à Paris : une offensive politique

Dans ce contexte tendu, la perquisition des bureaux de X à Paris, menée début février 2026 par la section cybercriminalité du parquet avec le soutien d’Europol, a été perçue par beaucoup comme une opération politique. Officiellement motivée par la lutte contre les contenus illicites, elle intervient alors que la plateforme est accusée de trop laisser circuler les voix dissidentes.

Redonner le pouvoir aux citoyens

Face à cette « assignation à résidence » intellectuelle et numérique, des initiatives comme tousficher.com redonnent du pouvoir aux citoyens. En rendant visibles les biais, en centralisant les signalements et en exigeant de la transparence là où l’État impose l’opacité, elles rappellent une évidence trop souvent oubliée :

la liberté d’expression n’est pas une option de confort, c’est le premier des principes républicains.

« Liberté, égalité, fraternité… liberté d’abord », comme le soulignait Nicolas Conquer en conclusion. À l’heure où les curseurs se resserrent, c’est peut-être la seule façon de respirer encore.

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