Nouvelles aides carburant : qui est vraiment gagnant ?

Four fuel nozzles at a gas pump from left to right: yellow B7 Diesel, orange B7 Excellum Diesel, green SP95 E10, and green SP98 Excellium with lever handles

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté, mardi 21 avril, un ensemble de mesures « ciblées » destinées à atténuer l’impact de la hausse des prix des carburants sur les professionnels les plus exposés. Ces aides, d’un montant total évalué à environ 180 millions d’euros pour le mois de mai, s’ajoutent aux 150 millions d’euros déjà versés pour avril. La nouveauté la plus attendue concerne le dispositif d’accompagnement pour les « travailleurs modestes grands rouleurs », annoncé comme ouvert à près de trois millions de Français et mis en œuvre à partir de la fin du mois de mai. Or, dans le secteur de la santé, une partie des acteurs estime en être exclue. La Fédération nationale des infirmiers souligne que les infirmières et infirmiers libéraux à domicile ne sont pas couverts par ce mécanisme et demandent la mise en place d’un gazole professionnel détaxé, à l’image de ce qui existe déjà pour les pêcheurs ou les agriculteurs.

Le président de la fédération, Daniel Guillerm, critique un dispositif qui « laisse de côté 132 000 infirmiers libéraux », parlant d’un « mépris assumé » à leur égard. Une infirmière de l’Eure‑et‑Loir, interrogée sur RMC, confirme que le plafond de ressources – autour de 17 000 euros annuels pour une personne seule – la rend probablement non éligible, alors que son chiffre d’affaires reste élevé du fait de rythmes de travail très soutenus. Elle redoute que certains cabinets soient amenés à restreindre leur activité pour assurer leur viabilité financière.

L’association Familles rurales rejoint cette critique, en déplorant que les aides ne prennent pas en compte les besoins des retraités, des étudiants ou des personnes contraintes à des déplacements fréquents pour des soins médicaux. À ses yeux, limiter le soutien aux seuls déplacements professionnels revient à considérer que d’autres usages de la mobilité ne sont pas essentiels. Elle appelle à un élargissement du dispositif aux populations les plus vulnérables, pour qui la possibilité de se déplacer reste un levier majeur d’accès à l’emploi et à la formation.

Le secteur du bâtiment et travaux publics bénéficie, pour sa part, d’une « première enveloppe » d’aides dès le début du mois de mai. Le gouvernement précise que ces dispositifs concernent principalement les entreprises de moins de 20 salariés, ce qui suscite des interrogations chez les professionnels. La Fédération française du bâtiment plaide en effet pour une accessibilité plus large afin d’éviter de créer des disparités entre les entreprises.

Les représentants du secteur soulignent également que le mécanisme d’aide autour de 20 centimes d’euro par litre concerne uniquement le gazole non routier (GNR), utilisé pour les engins de chantier. Pour les entreprises du BTP qui doivent faire rouler de nombreux camions, ce cadrage est jugé trop restrictif. La vice‑présidente de la fédération, Catherine Guerniou, a ainsi demandé que l’aide s’étende aussi au gazole routier, afin de couvrir l’ensemble des besoins de mobilité du secteur.

Les transports routiers restent en première ligne. L’aide forfaitaire déjà en place, d’environ 20 centimes par litre, est reconduite sans augmentation. La Fédération nationale des transports routiers estime que ce niveau de soutien ne répond pas aux besoins réels des entreprises, dont les trésoreries sont très fragilisées. Ses représentants espéraient davantage de dispositifs permettant de lisser l’impact financier, notamment des prêts de courte durée à des taux avantageux.

La vice‑présidente de la fédération, Florence Berthelot, souligne que le secteur ne demandait pas seulement des aides ponctuelles, mais des mécanismes de amortissement face à une hausse durable des coûts. L’Organisation des transporteurs routiers européens renchérit, en soulignant que, près de deux mois après le début de la crise, le site de déclaration des demandes n’est pas encore pleinement opérationnel, et que le plafond de 60 000 euros par entreprise, réservé aux sociétés de moins de 1 000 salariés, apparaît à la fois restrictif et peu équitable.

Antoine, rédacteur stagiaire, service information

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