Plus de deux mois après l’interruption des flux de pétrole russe via la branche sud de l’oléoduc Druzhba, la crise énergétique et diplomatique entre la Slovaquie, la Hongrie, l’Ukraine et l’Union européenne reste bloquée.
Le Premier ministre slovaque Robert Fico a de nouveau haussé le ton ce week-end, menaçant explicitement Bruxelles de bloquer le 20e paquet de sanctions contre Moscou ainsi que tout compromis sur l’adhésion accélérée de l’Ukraine à l’UE.
Rappel des faits. Le 27 janvier 2026, une frappe de drone russe a touché le hub pétrolier de Brody, dans l’ouest de l’Ukraine, endommageant un important réservoir de stockage et des équipements de pompage, et provoquant un incendie. Selon les autorités ukrainiennes, ces dégâts ont rendu impossible le transit de pétrole russe via la branche sud de l’oléoduc Druzhba pour des raisons techniques et de sécurité, justifiant ainsi l’arrêt immédiat des livraisons destinées à la Slovaquie et à la Hongrie. Cette version est cependant vivement contestée par Bratislava et Budapest.
Le Premier ministre slovaque Robert Fico et son homologue hongrois Viktor Orbán affirment disposer d’images satellites prouvant que les dommages sur la ligne principale du pipeline sont minimes, voire inexistants, ou déjà réparables.
Ils y voient un « chantage politique » de la part de Kiev, qui utiliserait cet incident pour exercer une pression sur les deux pays.

Dans une vidéo publiée sur Facebook fin mars, le dirigeant slovaque a été clair :
« Si la Commission européenne préfère l’Ukraine à la Slovaquie, elle peut oublier le soutien au 20e paquet de sanctions contre la Russie, ainsi que notre volonté de faire des compromis lors de la mise en œuvre des plans d’adhésion rapide de l’Ukraine à l’Union européenne. »
Il dénonce une Commission européenne obsédée par la « haine envers la Russie » qui préfère punir un gouvernement souverain plutôt que de défendre les intérêts énergétiques des citoyens slovaques. Les prix de l’essence et du diesel ont déjà fortement augmenté en Europe centrale, aggravés par la crise au Moyen-Orient (voir ici).
Une crise qui s’enchaîne avec celle du prêt européen
Cette nouvelle salve intervient quelques jours seulement après une déclaration conjointe de la Commission et du Conseil européens promettant une assistance technique et financière à l’Ukraine pour réparer l’oléoduc. Kiev avait accepté cette aide mi-mars, avec des experts européens prêts à intervenir « immédiatement ». Pourtant, aucun flux de pétrole russe n’a repris à ce jour. La Hongrie de Viktor Orbán avait déjà bloqué un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine fin février. Robert Fico avait alors annoncé qu’il était prêt à « prendre le relais » si nécessaire.
La Slovaquie a déjà pris des mesures concrètes : suspension des fournitures d’électricité d’urgence à l’Ukraine en février, utilisation des réserves stratégiques et menaces de couper les exportations de diesel.
Fico défend une ligne « souveraine » et accuse ouvertement Bruxelles de vouloir affaiblir sa coalition gouvernementale pour la remplacer par une opposition plus alignée sur les positions libérales européennes.
Quels enjeux pour l’Europe ?
L’affaire Druzhba met en lumière les failles persistantes de la politique énergétique européenne. La Slovaquie et la Hongrie bénéficient encore d’exemptions temporaires pour importer du pétrole russe, vital pour leurs raffineries. Sans reprise rapide des flux, la région risque une pénurie structurelle et une hausse durable des prix des carburants. Du côté ukrainien, on parle de plusieurs semaines, voire un mois et demi, de travaux nécessaires, tout en refusant jusqu’ici l’accès aux équipes d’inspection slovaques et hongroises.
Pour l’Union européenne, l’enjeu est double : maintenir l’unité sur les sanctions contre la Russie tout en gérant une crise énergétique qui touche directement deux États membres. Ursula von der Leyen avait rencontré Fico en mars et déclaré partager l’objectif de rétablir le pipeline. Mais les déclarations du Premier ministre slovaque montrent que la patience est à bout.
À l’heure où l’Europe centrale fait face à une inflation énergétique déjà élevée, la question reste posée : Bruxelles parviendra-t-elle à faire pression sur Kiev pour une reprise rapide, ou la crise va-t-elle s’enliser, fragilisant un peu plus la cohésion européenne ? Robert Fico, fidèle à sa ligne eurosceptique et pragmatique, a prévenu : « Pas de pétrole, pas de soutien. » Le prochain Conseil européen pourrait être décisif.


Laisser un commentaire