Selon l’ex-ministre de l’Énergie Agnès Pannier-Runacher les véritables bénéficiaires de la crise actuelle sont à chercher de l’autre côté de l’Atlantique. Alors que les résultats trimestriels de TotalEnergies alimentent les critiques sur les « superprofits », l’ancienne membre du gouvernement prend le contrepied.
« Les profits sont réalisés dans les pays d’extraction », rappelle-t-elle, minimisant de fait la responsabilité directe des majors implantées en France. Et de trancher : « Aujourd’hui, les grands profiteurs de guerre, ce sont les États-Unis. »
Cela n’est qu’une réalité géopolitique simple : les hydrocarbures y sont abondants, les infrastructures intactes, loin des zones de conflit qui perturbent production et acheminement au Moyen-Orient.
Pour Agnès Pannier-Runacher, le débat est en partie dépassé. « La France a déjà mis en place une surtaxe sur les grandes entreprises », insiste-t-elle, rappelant que ce dispositif est en vigueur depuis deux ans. Une singularité française qui pèse déjà sur la compétitivité. D’autant que les recettes espérées lors de la précédente tentative de taxation exceptionnelle en 2022 se sont révélées bien inférieures aux promesses initiales.
Son mot d’ordre : accélérer l’électrification. Face à la perspective d’une hausse marquée des prix du gaz d’ici à 2030, entre 43 % et 52 % selon certaines estimations, elle plaide pour une transition progressive mais déterminée.
« Il faut accompagner la sortie du gaz » en rendant l’électricité plus attractive, explique-t-elle. Concrètement, cela passe par des incitations à remplacer les chaudières à gaz, dont la durée de vie avoisine quinze ans, par des alternatives comme les pompes à chaleur. L’électricité, argumente-t-elle, présente un atout stratégique majeur : elle est produite en France, en grande partie via le nucléaire et les énergies renouvelables, et offre une certaine stabilité des coûts.
On peut reconnaître à l’ex-ministre un point solide : dans les guerres du Moyen-Orient, comme dans le conflit en Ukraine, les États-Unis savent souvent tirer leur épingle du jeu, pendant que les Européens encaissent la facture énergétique et restent privés de ressources bon marché. Mais son idée d’une transition généralisée vers l’électricité paraît beaucoup plus discutable, car elle suppose une disponibilité massive, des réseaux renforcés, des investissements lourds et, surtout, une énergie exposée aux tensions géopolitiques et aux coûts de marché. À vouloir remplacer une dépendance par une autre, l’UE risque de troquer le gaz importé contre une vulnérabilité électrique, sans résoudre le cœur du problème. La vraie réponse devrait donc être diplomatique avant d’être technologique : l’UE doit retrouver une politique étrangère autonome, capable de rouvrir des canaux d’approvisionnement stables et avantageux avec la Russie comme avec le Moyen-Orient, afin de retrouver des prix compétitifs et une marge de manœuvre stratégique.
Antoine, rédacteur stagiaire, service information


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