Procès libyen : l’avocat s’en prend au brusque changement de défense de Sarkozy

Man in a dark suit looks at his phone in a courthouse lobby, beside a red vertical sign reading 'Cour d'appel' and a tall ornate column.

Devant la cour d’appel de Paris, la tension est montée aujourd’hui d’un cran dans l’affaire du financement libyen présumé. L’avocat de Claude Guéant a consacré sa plaidoirie à dénoncer le virage opéré par Nicolas Sarkozy dans sa stratégie judiciaire. L’ancien président nie désormais avoir eu connaissance de faits que son ex-bras droit affirme avoir accomplis sur ses instructions, une volte-face que la défense de Claude Guéant juge brutale et blessante.

L’ancien ministre de l’Intérieur, âgé de 80 ans, n’a pas pu se présenter aux audiences en raison d’un état de santé fragile. Son conseil, Me Philippe Bouchez El Ghozi, a estimé que Sarkozy avait choisi de tirer parti de ce siège vide. D’après lui, l’ancien chef de l’État a orienté les débats de manière à faire peser les soupçons sur une personne qui ne pouvait pas se défendre en temps réel, pariant sur le poids que prend l’absence dans un procès.

Cette orientation contredit radicalement la posture commune adoptée par les deux hommes lors du premier jugement. À l’époque, ils opposaient un récit identique aux accusations. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy conteste avoir initié ou même avoir été informé du rendez-vous organisé en octobre 2005 entre Guéant et Senoussi, le numéro deux du régime de Kadhafi. Senoussi était alors condamné dans la République à la réclusion à perpétuité pour son rôle dans un attentat il y a plus de 30 ans.

Pour l’avocat de Claude Guéant, cette rencontre n’a pourtant jamais été cachée. Elle a été imposée par les circonstances, n’a débouché sur aucun engagement et son client la regrette profondément. Il insiste également sur le fait que l’examen du dossier pénal de Senoussi par Claude Guéant s’est fait à la demande expresse de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur.

L’accusation situe cet épisode au cœur d’un pacte de corruption présumé : un versement d’argent libyen destiné à financer la campagne présidentielle de 2007 en échange de démarches en faveur du haut responsable libyen. Sarkozy réfute ce schéma et affirme n’avoir jamais validé une quelconque contrepartie.

Le parquet général a requis une peine de sept ans de prison contre l’ex-président et contre Claude Guéant. La cour d’appel a mis sa décision en délibéré et rendra son arrêt en automne prochain.

Antoine, rédacteur stagiaire, service information

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