Un potentiel énorme à exploiter
La France dispose d’un potentiel nourricier exceptionnel qui pourrait largement assurer son autosuffisance alimentaire, voire au-delà.
Selon le rapport de Terre de Liens publié en février 2025, ce potentiel s’élève à 130 % : avec ses 28 millions d’hectares de terres agricoles, le pays pourrait nourrir ses environ 68 millions d’habitants en réorientant la production vers les besoins internes.
Aujourd’hui, près de 43 % de ces surfaces (soit 12,4 millions d’hectares) produisent pour l’exportation – céréales pour l’élevage mondial, vins, etc. – tandis que nous importons massivement fruits et légumes (50-60 % des besoins, souvent hors saison ou exotiques) et protéines comme le soja pour l’alimentation animale. On est déjà autosuffisants à plus de 100 % sur le blé, le lait, la viande bovine ou les pommes de terre, mais les déficits ailleurs créent un paradoxe frustrant.
Arrêter de bétonner les sols agricoles
L’artificialisation des sols reste un scandale : environ 20-30 000 hectares perdus par an ces dernières décennies (l’équivalent d’un département tous les 10 ans), principalement agricoles. La loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette) de 2021 impose une réduction progressive, avec objectif zéro net en 2050. En 2025, des assouplissements ont été votés (comme la proposition TRACE au Sénat en mars 2025, repoussant certains objectifs intermédiaires), mais le cadre reste :
densifier les villes, réhabiliter les friches, limiter l’étalement. Cela libère du potentiel pour reconvertir en cultures et préserver notre capacité nourricière.
Pour éviter une pression foncière accrue (logements, infrastructures), une maîtrise de la croissance démographique – via une politique migratoire raisonnée – permettrait de ne pas bétonner en permanence pour des logements sociaux ou autres, préservant ainsi les terres agricoles au bénéfice des Français.
Relocaliser l’industrie
La réindustrialisation avance, même si elle ralentit en 2025 : selon les baromètres, le solde usines (ouvertures/fermetures) est légèrement positif au premier semestre (+9), porté par l’industrie verte (batteries, recyclage). Exemple emblématique : la gigafactory Verkor à Dunkerque/Bourbourg, inaugurée fin 2025, produit dès 2026 des batteries bas carbone (16 GWh initialement, jusqu’à 50 GWh en 2030), avec des milliers d’emplois créés. Soutenu par France 2030, ce type de projet relocalise énergie, santé et alimentation.
L’explosion des circuits courts
Les circuits courts progressent fortement : AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), marchés de producteurs, Ruches qui disent Oui, magasins à la ferme représentent une part croissante des ventes (environ 8-10 % des achats locaux en 2025, avec une dynamique à +9 %/an). Ils soutiennent les agriculteurs, réduisent le transport et réapprennent le saisonnier. Plus d’un exploitant sur cinq vend en direct, et c’est encore plus pour le bio.
Même en ville, les potagers urbains explosent : balcons, jardins partagés, toits végétalisés.
Un virage collectif nécessaire… mais freiné par les politiques actuelles
Ce n’est pas utopique : certains territoires comme l’Indre affichent un potentiel nourricier à 540 % grâce à leurs vastes surfaces céréalières. Pour avancer vers la souveraineté : consommer local et saisonnier, soutenir les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), pousser pour une PAC réorientée vers l’autonomie plutôt que l’export massif.
Moins de superflu importé, plus de travail de la terre, des politiques protégeant nos sols : voilà la recette pour une France qui se nourrit d’abord elle-même.
Pourtant, la révolte paysanne actuelle, qui reprend de plus belle en ce début janvier 2026, révèle que le gouvernement ne semble pas vouloir aller dans ce sens. Après une trêve des fêtes, les agriculteurs bloquent à nouveau routes, ports et autoroutes (en Normandie, Sud-Ouest, Isère, etc.), avec des convois vers Paris malgré les interdictions. Les raisons : opposition farouche à l’accord UE-Mercosur (menace de concurrence déloyale), gestion contestée de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse –DNC– (abattages massifs), normes environnementales et administratives jugées excessives, faible revenu malgré les promesses, et une PAC européenne accusée de favoriser l’export au détriment de l’autonomie locale. Syndicats comme la Coordination rurale, la Confédération paysanne et même la FNSEA dénoncent un manque de mesures concrètes, malgré les annonces gouvernementales (fonds hydraulique à 60 millions, promesses sur les engrais). Cette colère, qualifiée de « troisième hiver de mobilisation », montre une déconnexion persistante entre les discours officiels et la réalité du terrain, freinant le virage vers une véritable souveraineté alimentaire.
Une souveraineté à portée de main
L’autosuffisance alimentaire n’est donc pas une chimère : les chiffres et le potentiel agricole français le démontrent clairement. Avec un changement radical de mentalité – accepter de se passer du superflu, valoriser le travail de la terre et privilégier le local – et des politiques courageuses qui réorientent vraiment la production, elle est parfaitement atteignable. Ce même principe s’applique à l’industrie : la France a prouvé par le passé qu’elle pouvait exceller en toute indépendance, avec des fleurons comme le TGV, le Concorde, les métros automatiques ou les centrales nucléaires, fruits d’une vision ambitieuse et souveraine.
Au-delà de la sécurité alimentaire et industrielle, cette voie offre un avantage stratégique majeur : échapper aux diktats et chantages divers d’autres puissances, qu’il s’agisse de menaces tarifaires (droits de douane), de dépendances énergétiques ou alimentaires.
En redevenant maître de ses productions essentielles, la France pourrait choisir librement ses partenaires commerciaux, ne traitant qu’avec ceux qui sont de bons alliés, respectueux et fiables.
C’est non seulement une question de survie économique, mais de dignité nationale.


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