Le 9 mai 2026, Pavel Durov, fondateur et PDG de Telegram, a publié un message cinglant sur X (ex-Twitter) visant directement le gouvernement français. Dans un tweet qui a déjà fait le tour du monde, il écrit : « Le gouvernement français accuse X de ce que le gouvernement français lui-même fait : collecte illégale de données personnelles, traitement de données sans mesures de sécurité adéquates, extraction de données de systèmes automatisés, violation du secret des correspondances électroniques. » Il joint une capture du communiqué du parquet de Paris daté du 7 mai, où ces chefs d’accusation sont explicitement soulignés.
Ce n’est pas une simple pique. Pour Durov, cette enquête judiciaire contre X, Elon Musk et son IA Grok n’est qu’une nouvelle étape d’une offensive politique plus large contre les plateformes qui refusent de se plier à la surveillance de masse.
Il ajoute : « Le gouvernement français panique. Il sait qu’un grand changement politique en 2027 exposera ses méfaits. C’est pourquoi il tente de faire taire les plateformes de libre parole sous n’importe quel prétexte. »
Et de conclure par un appel : « Le monde libre doit se tenir aux côtés d’Elon Musk et de X contre cette agression immorale de l’État français. Telegram soutient nos frères et sœurs de X dans leur combat pour nos libertés. »
Une enquête qui s’inscrit dans une longue série de pressions
L’information judiciaire ouverte par le parquet de Paris le 7 mai 2026 fait suite à une enquête préliminaire lancée dès janvier 2025. Elle vise X Corp., xAI, Elon Musk et l’ancienne directrice générale Linda Yaccarino pour des soupçons de collecte illicite de données, d’extraction frauduleuse et de diffusion de contenus illicites (deepfakes sexuels générés par Grok, images pédopornographiques, contestation de crimes contre l’humanité). Une perquisition avait déjà eu lieu dans les bureaux parisiens de X en février 2026, suivie d’une convocation d’Elon Musk restée sans réponse.
Pour Durov, cette affaire n’a rien d’isolé. Elle prolonge directement les pressions exercées sur Telegram depuis des années. Rappelons que le citoyen français (naturalisé en 2021) avait été arrêté de manière spectaculaire le 24 août 2024 à l’aéroport du Bourget. Placé en garde à vue pendant quatre jours dans des conditions qu’il a qualifiées de « spartiates », il avait été mis en examen pour douze chefs d’accusation, dont complicité de trafic de drogue et de diffusion de contenus pédopornographiques – des accusations qu’il a toujours jugées absurdes. Sous contrôle judiciaire, il reste contraint de se présenter régulièrement devant les juges, malgré le fait que la France ne représente que moins de 1 % des utilisateurs de Telegram.
Dans une interview accordée à Tucker Carlson en juin 2025, Durov avait déjà « déballé tout » : les autorités françaises n’auraient jamais envoyé de demande judiciaire conforme au Digital Services Act (DSA). Telegram fournit pourtant, via sa filiale belge, des adresses IP et numéros de téléphone sur ordre judiciaire valide, comme le font Facebook ou X. « Pourquoi n’ont-ils pas suivi la loi ? », s’était-il interrogé, suggérant des motivations géopolitiques plutôt que judiciaires.
L’hypocrisie française mise en lumière
Ce qui exaspère particulièrement Durov, c’est le double discours sur la protection des données. Alors que Paris reproche à X de collecter et traiter illégalement des données personnelles, la France accumule elle-même les scandales : fuites massives chez Free Mobile (24,6 millions d’abonnés en 2026), piratages de bases de santé, ventes de données fiscales par des agents du fisc à des criminels, et même 41 enlèvements de détenteurs de cryptomonnaies en seulement 3,5 mois. Des experts en cybersécurité rappellent que l’exigence de « backdoors » ou de clés de chiffrement expose tous les utilisateurs à des risques, y compris les dissidents fuyant des régimes autoritaires.
Durov l’avait déjà résumé avec ironie le 20 avril 2026 : « Dans la France de Macron, faire l’objet d’une enquête est la nouvelle Légion d’honneur ! » Il se dit fier de se tenir aux côtés d’Elon Musk, cible d’une procédure que le ministère de la Justice américain a refusée d’assister, la jugeant « politiquement motivée ».
Un cri d’alarme sur l’érosion des libertés numériques
Ce tweet du 9 mai n’est pas une réaction isolée. Il s’inscrit dans un véritable « cri de désespoir » que Durov avait lancé à l’occasion de son 41e anniversaire en octobre 2025 : « Le temps manque pour sauver l’Internet libre. Ce qui devait être un espace d’échange libre d’informations devient l’outil ultime de contrôle. » Il dénonçait alors les identités numériques obligatoires, les vérifications d’âge biométriques, les scans massifs de messages privés et la persécution des critiques en ligne en Europe.
Pour le fondateur de Telegram, installé à Dubaï depuis 2017 précisément pour échapper aux pressions politiques, la France est devenue le laboratoire d’une « dictature numérique » : censure invisible via le shadowbanning (« Freedom of Speech is not Freedom of Reach » (voir ici), instrumentalisation du DSA européen,
et attaques systématiques contre les plateformes qui refusent de devenir des instruments de surveillance d’État.
Des figures internes à X, comme l’ancienne directrice des affaires publiques en France (proche d’En Marche !), ont été accusées d’avoir orchestré cette modération sélective avant de démissionner juste avant la perquisition (voir ici).
Un combat qui dépasse les frontières
En soutenant publiquement X, Pavel Durov rappelle qu’il n’est pas seul. Signal, autre messagerie ultra-sécurisée, adopte la même ligne de fermeté.
Les deux plateformes refusent les backdoors qui mettraient en danger la vie privée de milliards d’utilisateurs.
« La police doit enquêter, pas se reposer sur des mouchards numériques », martèlent les défenseurs de la liberté d’expression.
Dans un contexte de tensions croissantes avant les échéances électorales de 2027, le message de Durov est clair : l’attaque contre X n’est pas seulement technique, elle est politique. Elle vise à museler les voix dissidentes et à contrôler le débat public à l’approche d’un « grand changement ». Pour lui, défendre Telegram et X, c’est défendre l’Internet libre face à sa transformation en outil de contrôle massif.
Reste à savoir si ce cri d’alarme trouvera un écho auprès des citoyens et des décideurs européens. Une chose est certaine : Pavel Durov n’est pas prêt à céder. Et son combat pour la vie privée et la liberté d’expression est désormais celui de tout un écosystème numérique.


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