Hantavirus : le Pr Martin Zizi dénonce le « virus de la peur » face à l’emballement médiatique autour de l’épidémie du navire de croisière

Hantavirus : le Pr Martin Zizi dénonce le « virus de la peur » face à l’emballement médiatique autour de l’épidémie du navire de croisière

Alors qu’un foyer de hantavirus (souche Andes) à bord du navire MV Hondius fait la une des médias depuis début mai, avec 11 cas confirmés et 3 décès signalés par l’OMS, le Pr Martin Zizi, biophysicien et spécialiste des zoonoses, appelle à la raison. Invité par FranceSoir, cet ancien directeur épidémiologique du Département de la Défense belge et professeur de physiologie aux universités KULeuven et VUB affirme que

le vrai danger n’est pas tant le virus lui-même que la « pornographie de la peur » orchestrée par les médias et les politiques.

Un virus connu, zoonotique et limité dans sa transmission

Le Pr Zizi, qui a dirigé pendant vingt ans un laboratoire de défense belge dédié aux zoonoses et a publié sur les hantavirus (notamment Puumala et Seoul en Europe), rappelle que ces virus circulent depuis des décennies sans provoquer de crise mondiale. En Belgique (11 millions d’habitants), on recense chaque année entre 150 et 500 cas, principalement de formes rénales bénignes sous traitement précoce. Aux États-Unis, environ 30 cas annuels pour 341 millions d’habitants, dont une dizaine de décès.

Scientifiquement, les hantavirus se transmettent presque exclusivement par contact avec les déjections de rongeurs (urine, salive, excréments inhalés sous forme de poussières dans des lieux confinés : greniers, cabanes, fermes).

La transmission interhumaine est exceptionnelle et limitée à la souche Andes en Amérique du Sud, lors de contacts très proches et prolongés (conjoint, soignants). Elle n’a rien à voir avec une propagation respiratoire comme la Covid-19.

Deux formes cliniques existent :

  • Fièvre hémorragique avec syndrome rénal (Europe/Asie) : symptômes grippaux, atteinte rénale transitoire, létalité de 0,4 % à 15 % selon les souches.
  • Syndrome cardio-pulmonaire (Amériques) : forme plus sévère avec œdème pulmonaire et choc, létalité 30-60 % dans les flambées mal prises en charge, mais souvent inférieure en milieu hospitalier moderne (autour de 20 % avec soins intensifs).

Le Pr Zizi insiste : « Si on amène les gens assez tôt en milieu médical […] on ne les perdra pas. » Le traitement reste symptomatique (oxygénation, soutien vital), sans antiviral spécifique.

Le foyer actuel du MV Hondius : un cluster localisé, pas une pandémie

L’actualité récente concerne un cluster à bord du navire d’expédition MV Hondius (départ d’Ushuaia, Argentine, mai 2026). La souche Andes a été confirmée chez plusieurs passagers et membres d’équipage. Au 13 mai, l’OMS recense 11 cas (dont 3 décès) parmi les 147 personnes à bord, avec un taux de létalité d’environ 27 %. Les passagers, originaires de multiples pays, ont été mis en quarantaine ou suivis. L’OMS, le CDC et les autorités européennes (ECDC) soulignent que le risque pour la population générale reste très faible : pas de transmission aérienne facile, pas d’épidémie communautaire attendue.

Le Pr Zizi relativise : « C’est un problème, mais il a été magnifié à la loupe un millier de fois. » Il compare la réaction médiatique à un accident sur l’autoroute : tout le monde ralentit par réflexe pour regarder l’autre côté, même s’il n’y a aucun danger de ce côté-là.

Le « virus de la peur » : le vrai super-spreader ?

Pour le Pr Zizi, le danger le plus grave est ailleurs : « Le virus le plus dangereux sur Terre, ce n’est pas Ebola, ce n’est pas l’Hantavirus, ce n’est pas Marbourg. C’est le virus de la peur.

C’est un super spreader contre lequel on n’a aucun antidote, et il n’y aura jamais de vaccin. »

Il dénonce une « pornographie de la peur » systémique depuis 2020 : sélection d’experts, silencing des voix dissidentes (référence à Christian Perronne), inversion des priorités (« on s’occupe des gens qui n’ont rien […] et on laisse tomber ceux qui ont quelque chose »). Selon lui, cette peur collective, instrumentalisée, provoque plus de dommages sociétaux que le pathogène lui-même.

Un appel à la raison et à la transparence

Le Pr Martin Zizi conclut en invitant citoyens, députés et journalistes à exiger des autorités un discours proportionné : « Dites à vos politiques […] qu’ils arrêtent la pornographie de la peur. Ça ne fait plus rire personne. »

Les faits scientifiques confirment que l’hantavirus n’est ni nouveau ni incontrôlable : il est surveillé depuis longtemps par les systèmes de défense et de santé publique. Le cluster du MV Hondius justifie une vigilance ciblée (quarantaine, suivi des contacts rapprochés), mais pas une panique généralisée. Comme le soulignent l’OMS et les experts, la qualité des soins et la rapidité de prise en charge restent les meilleures armes.

Dans un monde où l’information circule à la vitesse de la lumière, le Pr Zizi nous rappelle une évidence trop souvent oubliée : face à un virus connu, la peur démesurée peut devenir plus contagieuse – et plus destructrice – que le pathogène lui-même.

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