Dans une récente émission du « Samedi politique » sur TV Libertés, la psychologue clinicienne et diplômée en sciences politiques Marion Saint-Michel, auteure de La gouvernance perverse : la décoder et s’en libérer (éditions Résurgence), a livré une analyse radicale et sans concession de la manière dont la France est gouvernée depuis plusieurs décennies.
Selon elle, ce que beaucoup perçoivent comme de l’incompétence ou des erreurs successives relève en réalité d’un système intentionnel de déconstruction des nations européennes et occidentales.
L’incompétence, un leurre entretenu
Le premier constat frappant est que l’accusation d’incompétence, si fréquente dans l’opinion publique, sert paradoxalement le pouvoir en place. « Quand on pense qu’ils sont incompétents, on passe à côté de l’essentiel », explique Marion Saint-Michel. Les dirigeants ne seraient pas maladroits dans la gestion des affaires publiques : ils excelleraient au contraire dans l’atteinte de leur véritable objectif, qui est, selon elle, de déstructurer, voire de détruire les cadres nationaux, culturels et sociaux hérités.
Les problèmes que rencontrent les Français – crise agricole, insécurité, pouvoir d’achat, santé publique – ne seraient pas des échecs involontaires, mais des instruments ou des conséquences acceptées d’une politique plus large. Les contradictions apparentes (discours opposés au sein du même gouvernement, revirements brutaux) ne traduisent pas un manque de coordination : elles constituent une technique délibérée de manipulation psychologique.
Le paradoxe comme outil de contrôle mental
Le paradoxe et les déclarations contradictoires sont au cœur de ce que l’autrice nomme « gouvernance perverse ». Pendant la crise du Covid, on a pu entendre : « Il n’y aura jamais de passe sanitaire », avant que celui-ci ne devienne réalité quelques semaines plus tard. Plus récemment, Sébastien Lecornu a annoncé, lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale le 14 octobre 2025, une suspension de la réforme des retraites, Alors que quelques jours plus tard, le 21 octobre 2025, en déplacement en Slovénie, Emmanuel Macron a tenu des propos contradictoires : il a affirmé qu’il ne s’agissait ni d’une abrogation, ni d’une suspension, mais seulement d’un « décalage d’une échéance » et qu’il n’y avait pas de renoncement définitif à cette réforme.
Ce type de communication produit un effet dissociatif puissant :
la personne exposée finit par ne plus savoir quoi penser, puis par cesser de penser.
« Vous arrêtez de réfléchir et vous attendez qu’on vous dise quoi faire », résume Saint-Michel. Cette sidération est un levier essentiel de contrôle social.
Une élite homogène et interconnectée
Un autre élément clé est l’extraordinaire homogénéité sociologique des élites dirigeantes françaises. Grandes écoles (ENA, Sciences Po, HEC…), passage par les cabinets de conseil, les banques d’affaires, les Young Leaders de la French-American Foundation : les parcours sont interchangeables, même entre partis officiellement opposés. Cette « incestuosité » politique, renforcée par le pantouflage permanent entre public et privé, crée un système fermé où les conflits d’intérêts sont structurels.
La corruption n’est pas seulement financière : elle est aussi morale.
Participer à des arrangements, recevoir des prébendes, partager des secrets d’initiés crée une compromission collective qui rend difficile toute dissidence interne. Comme le souligne Jean-Dominique Michel dans la préface de l’ouvrage, il s’agit d’une « corruption systémique » : le système lui-même corrompt les individus qui y participent.
La perversion à l’œuvre : annoncer, provoquer, inverser
Un trait particulièrement troublant de cette gouvernance est la tendance à annoncer, parfois de manière cryptée ou provocatrice, ce qui va être fait. Marion Saint-Michel cite la fameuse phrase d’Emmanuel Macron en 2017 : « Si je n’étais que la cupidité, je n’aurais pas quitté la banque d’affaires… ou alors je serais un être extrêmement complexe, voire pervers ». Elle y voit un exemple de ce que les psychologues appellent le « passage à l’acte verbal » : le plaisir de dire la vérité sous couvert d’ironie ou de provocation.
De même, la répétition de la formule « la bête immonde est là et elle arrive » (terrorisme, pandémies, chocs divers) est analysée comme une préparation psychologique des populations à accepter toujours plus de restrictions au nom de la lutte contre des menaces présentées comme inévitables.
Crises agricoles et Covid : même logique mortifère
La crise actuelle des agriculteurs est analysée comme un nouvel épisode de cette gouvernance perverse. La maladie hémorragique épizootique (MHE ou « dermatose nodulaire ») sert de prétexte à des abattages massifs, alors que la maladie est connue depuis longtemps, peu mortelle et gérée autrement dans d’autres pays (vaccination ciblée, par exemple). La rhétorique officielle – « protéger les autres », « on ne débat pas des faits scientifiques » – reprend mot pour mot celle du Covid.
La gouvernance par la peur et la mort
La réponse systématique par la mort (abattage massif, euthanasie promue sous le terme « aide à mourir ») est un autre marqueur de cette logique mortifère. Face à la moindre difficulté organisationnelle, la solution proposée est souvent l’élimination plutôt que la réparation ou l’adaptation (voir ici).
Vers la sécession mentale et le refus de la compromission
Face à ce constat, Marion Saint-Michel refuse le fatalisme. La solution ne passe pas par une nouvelle élection ou un changement de personnel, mais par une « sécession mentale » :
refuser d’entrer dans le système de mensonge, préserver sa boussole morale, dire la vérité même à petite échelle.
Elle cite les dissidents soviétiques – Soljenitsyne, Havel – qui ont survécu et parfois contribué à faire tomber le système en refusant simplement de participer au mensonge collectif. « Une parole de vérité pèse plus que le monde entier », écrivait Soljenitsyne.
Un moment historique
L’autrice conclut sur une note d’urgence : nous serions à un moment charnière. Si le système totalitaire en cours d’installation se consolide (peut-être dans les 18 prochains mois), il deviendra beaucoup plus difficile de l’enrayer. La crise agricole est un test majeur : soutenir les agriculteurs, c’est défendre la souveraineté alimentaire, mais aussi la France elle-même.
Le combat ne se joue pas seulement dans la rue ou dans les urnes : il se joue d’abord dans les esprits et dans les cœurs. Rester humain, refuser la compromission morale, dire non au mensonge, même à petite échelle, constitue l’ultime résistance possible.


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