Selon les données publiées par la Banque de France le 17 février 2026 dans son étude annuelle « Typologie du surendettement des ménages – 2025 »,
le nombre de dossiers de surendettement continue d’augmenter, mais le dispositif français de prévention et de traitement permet de maintenir la situation à un niveau bien inférieur à celui observé il y a dix ans.
Les chiffres clés de l’année 2025
- 148.013 dossiers déposés auprès des commissions départementales de surendettement (France hexagonale), soit une hausse de +9,8 % par rapport à 2024 (+13.210 dossiers).
- 142.670 dossiers traités (+8,8 %).
- 476.000 personnes encore inscrites au FICP (Fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers) fin 2025, en légère baisse de 0,7 % sur un an et de 32 % sur dix ans.
- Endettement total des ménages concernés : 5 milliards d’euros (+11,1 %).
- 1,3 milliard d’euros effacés (23,6 % de l’endettement global des dossiers clos), soit un montant moyen de 19.745 € par dossier.
- Taux national moyen : 267 dossiers pour 100.000 habitants.
La hausse observée depuis l’été 2023 s’explique principalement par des « accidents de la vie » (perte d’emploi, séparation, problèmes de santé) touchant les ménages les plus fragiles, dans un contexte de pression sur le pouvoir d’achat. Malgré cela, le niveau reste 32 % inférieur au pic de 2015.
Le profil type des personnes surendettées
L’étude révèle une population particulièrement vulnérable :
- 62 % vivent sous le seuil de pauvreté (+3 points en un an).
- Niveau de vie médian : 1.206 € par mois (42 % de moins que la moyenne nationale).
- 55 % de femmes ; 52 % vivent seules ; 21 % sont des familles monoparentales (presque exclusivement des mères).
- 38 % ont au moins un enfant à charge ; 26 % sont en recherche d’emploi ; 88 % sont locataires ou hébergés gratuitement.
- Forte progression chez les jeunes : environ 17.000 dossiers de moins de 30 ans (+36 % sur un an), dont 5.000 pour les 18-25 ans (+65 %).
- 50 % des situations durent depuis plus de deux ans.
Composition des dettes
- Dettes à la consommation : 44 % de l’endettement total (présentes dans 73,3 % des dossiers).
- Dettes de charges courantes (loyer, énergie, impôts…) : 13,4 %.
- Dettes immobilières : 25,7 % (en recul pour la 5e année consécutive, seulement 9 % des dossiers).
- Autres dettes : 17 %.
Les solutions apportées
Les commissions de surendettement de la Banque de France maintiennent des délais maîtrisés (un peu plus d’un mois pour la recevabilité, environ quatre mois pour une solution) :
- 44 % : mesures imposées (avec ou sans effacement partiel).
- 34 % : rétablissement personnel (effacement total).
- 7 % : plans de conciliation (présence d’un bien immobilier).
- 15 % : irrecevables ou clôturés.
Comparaison avec d’autres pays de l’Union européenne
La France dispose d’un dispositif unique en Europe (loi Neiertz de 1989 et commissions départementales), ce qui rend les comparaisons directes de « dossiers » difficiles. Cependant, les statistiques harmonisées de la Banque centrale européenne (BCE) et d’Eurostat permettent d’analyser les indicateurs plus larges d’endettement des ménages.
Fin 2025, le ratio d’endettement des ménages (dettes / PIB) dans la zone euro s’établit autour de 50,7 %, en légère baisse sur l’année. Le ratio dette/revenu disponible diminue également, à environ 81,4 % au troisième trimestre 2025. En France, ce ratio d’endettement des ménages atteint environ 60 % du PIB, supérieur à la moyenne européenne, mais stable voire en légère diminution grâce à une politique de crédit très encadrée.
Dans d’autres grands pays :
- Royaume-Uni : environ 74 % du PIB (niveau nettement plus élevé).
- Pays-Bas : jusqu’à 96-97 % (un des plus hauts d’Europe).
- Allemagne et Italie : ratios inférieurs à la France (respectivement autour de 55-60 % et 36 %).
Contrairement à la France, la plupart des États membres ne disposent pas d’un système équivalent de traitement amiable et rapide du surendettement.
Dans de nombreux pays, les ménages en difficulté doivent passer par des procédures judiciaires de faillite personnelle plus longues et plus coûteuses, sans effacement systématique aussi protecteur.
Résultat : la France maintient, grâce à son modèle, un niveau de surendettement « actif » historiquement bas et particulièrement bien maîtrisé par rapport à ses voisins, même si la hausse récente de 2025 appelle une vigilance continue sur les ménages modestes et les jeunes.
L’étude complète et les fichiers Excel régionaux sont disponibles sur le site de la Banque de France. Ce bilan 2025 confirme la solidité du dispositif français tout en soulignant la nécessité de poursuivre les actions de prévention et d’accompagnement.


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