Alors que l’Europe peine encore à sortir des chocs énergétiques de la guerre en Ukraine, la Russie vient de réagir au diktat de l’UE. Sur instruction du ministère russe de l’Énergie, aucun transit de pétrole brut kazakh par la branche nord de l’oléoduc Droujba vers la raffinerie PCK de Schwedt (est de l’Allemagne) ne sera autorisé à partir du 1er mai 2026.
Les faits de l’annonce russe
La filiale allemande de Rosneft (placée sous tutelle allemande depuis 2022) a elle-même transmis l’information au gouvernement de Berlin. Les programmes d’exportation révisés ont déjà été notifiés au Kazakhstan et à l’Allemagne via Transneft.
Les volumes concernés sont loin d’être négligeables :
- 2025 : 2,146 millions de tonnes (environ 43 000 barils par jour), soit +44 % par rapport à 2024.
- 1er trimestre 2026 : déjà 730 000 tonnes.
Cela représente près de 17 % de l’approvisionnement de la raffinerie PCK Schwedt, qui assure jusqu’à 90 % du carburant pour Berlin et le Brandebourg. Avant l’embargo européen, cette raffinerie était alimentée exclusivement en pétrole russe via Rosneft. Après 2022, l’Allemagne s’est tournée vers du pétrole kazakh… qui continue pourtant de transiter par le réseau russe.
Contexte : un pipeline soviétique transformé en champ de bataille
L’oléoduc Droujba (« Amitié » en russe) est un vieux réseau datant de l’ère soviétique.
- Branche nord : Russie → Biélorussie → Pologne → Allemagne (Schwedt).
- Branche sud : passe par l’Ukraine et alimente la Hongrie et la Slovaquie.
C’est précisément sur cette branche sud que la crise a explosé en janvier 2026. Le 27 janvier, une frappe attribuée à la Russie a endommagé une station de pompage à Brody (ouest de l’Ukraine), paralysant totalement le transit vers Budapest et Bratislava.
Selon plusieurs analyses publiées sur Réseau International, l’Ukraine aurait alors fait chanter la Hongrie en retardant volontairement les réparations. Viktor Orbán et le Premier ministre slovaque Robert Fico ont réagi avec virulence : après la Slovaquie, la Hongrie a menacé de suspendre ses livraisons d’électricité d’urgence à l’Ukraine. Budapest a également bloqué un prêt européen de 90 milliards d’euros à Kiev et évoqué des coupes supplémentaires en gaz et diesel.
Le site évoqueune « terreur énergétique » orchestrée par Kiev et un « syndrome d’hubris » de Volodymyr Zelensky, qui se serait moqué publiquement de la Hongrie après l’attaque russe. Zelensky aurait renvoyé les ultimatums vers le Kremlin tout en affirmant que les réparations étaient ralenties par les dégâts. Les travaux viennent tout juste d’être terminés : le pipeline sud devrait reprendre dans les prochains jours.
Impacts immédiats pour l’Allemagne
Berlin assure que « cela ne met pas en danger la sécurité d’approvisionnement ». La raffinerie PCK peut se tourner vers des alternatives :
- le port de Rostock (Allemagne) ;
- le port de Gdansk (Pologne).
Les conséquences seront toutefois réelles : coûts logistiques plus élevés (pétroliers au lieu d’oléoduc), pression sur l’est du pays et incertitudes supplémentaires pour une économie allemande déjà fragilisée (les instituts économiques avaient alerté début avril sur un frein à la reprise). L’impact global reste relativement limité, mais le symbole est puissant : l’Allemagne, premier soutien financier et militaire de l’Ukraine, voit Moscou réduire une dépendance indirecte.
Réactions et « bataille pour le carburant »
Sur les réseaux sociaux, de nombreuses réactions françaises se montrent ouvertement critiques contre cette politique russophobe de l’UE qui fait peser un très lourd fardeau économique sur les européens.
Le Kazakhstan n’a pas réagi publiquement pour l’instant. L’Allemagne communique avec calme, insistant sur ses alternatives.
Pour de nombreux observateurs, dont ceux de Réseau International dans leur analyse « La bataille pour le carburant a commencé en Europe », cette décision s’inscrit dans une guerre énergétique totale. Près de quatre ans après le début de l’invasion, l’oléoduc Droujba, censé symboliser l’amitié, est devenu l’arme parfaite d’une guerre hybride. L’énergie n’est plus un simple commerce : c’est un levier géopolitique qui expose les failles de l’Europe.


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