Un nouveau mécanisme administratif redoutable
Le 5 mai 2026, le Sénat a adopté, par 208 voix contre 124, la proposition de loi déposée par Bruno Retailleau et ses collègues visant à lutter contre l’entrisme islamiste. Sous couvert de « réarmer l’État » face au séparatisme, le texte introduit surtout, à l’article 6, un mécanisme redoutable :
le gel des fonds et ressources économiques par simple décision conjointe des ministres de l’Économie et de l’Intérieur.
Six mois, renouvelables, sans condamnation pénale préalable. Il suffit que des personnes physiques ou morales « provoquent ou contribuent » par leurs agissements à la discrimination, la haine ou la violence sur des critères protégés (origine, sexe, orientation sexuelle, religion…), ou propagent des idées les justifiant, et que cela présente une « menace d’une particulière gravité » pour la sécurité et l’ordre publics.
Derrière les garde-fous : une arme économique contre la dissidence
Derrière le vocabulaire administratif et les garde-fous affichés, c’est une nouvelle étape dans la criminalisation rampante du dissent. Critiquer ouvertement le « vivre ensemble », les politiques migratoires ou les conséquences culturelles de l’immigration massive peut désormais être interprété comme une contribution à la « haine ». Le gel des comptes bancaires, des dons, des ressources associatives ou entrepreneuriales devient une punition économique sans passer par un juge pénal. Ruine assurée pour qui ose sortir du narratif officiel.
L’accumulation d’un arsenal législatif contre la liberté d’expression
Cette mesure n’arrive pas par hasard. Elle s’inscrit dans une accélération inquiétante de la perte de liberté d’expression en France et en Europe. Depuis plusieurs années, un arsenal législatif pléthorique s’est accumulé : la loi de 1881 sur la presse (injure, diffamation, provocation à la haine), la loi Gayssot de 1990 (négationnisme), la loi Schiappa de 2018 (outrage sexiste), la LCEN de 2004, la loi Avia de 2020 (même partiellement censurée), la loi de 2018 contre la manipulation de l’information, la loi séparatisme de 2021 ou encore la transposition du règlement européen sur les contenus terroristes. Chaque fois, la lutte contre la « haine », la « désinformation » ou le « terrorisme » sert de prétexte pour élargir le champ du réprimable (voir ici).
Macron en première ligne contre les réseaux sociaux
En octobre 2025, lors du Forum de Paris sur la Paix, Emmanuel Macron lui-même avait ouvertement accusé les réseaux sociaux – TikTok, X, Instagram – de provoquer une « déchéance démocratique ». Il appelait à une régulation draconienne : interdiction des faux comptes, bannissement des plateformes récalcitrantes, transparence forcée des algorithmes. L’objectif affiché ? « Reprendre le contrôle » de l’information.
Pendant ce temps, près de 90 % des médias nationaux français restent concentrés entre les mains d’une poignée de grands groupes et familles étroitement liés aux intérêts néolibéraux dominants.
La pluralité réelle se réfugie sur les réseaux, d’où l’acharnement à les museler.
Le DSA et l’Europe : vers une censure proactive généralisée
Au niveau européen, le Digital Services Act (DSA) de 2022 constitue l’outil central de cette offensive. Il impose aux plateformes des obligations de modération sous peine d’amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d’affaires mondial. Résultat : une sur-censure proactive où des contenus légitimes mais contrariants – sur l’immigration, les politiques sociales, les questions de genre ou les débats climatiques – disparaissent par crainte des sanctions. L’European Media Freedom Act (EMFA), entré en vigueur en août 2025, et le règlement sur les services de médias audiovisuels renforcent encore cette « modération active » au nom de la protection contre la « haine ».
La dictature molle à l’œuvre : exemples concrets en Europe
L’Europe se transforme ainsi en ce que certains observateurs qualifient de dictature molle : pas de tanks dans la rue, mais une bureaucratie tentaculaire qui use de régulations opaques, de pressions économiques et de manipulations judiciaires pour étouffer la contradiction. L’exemple roumain est édifiant : en novembre 2024, après la victoire surprise d’un candidat nationaliste critique de l’UE au premier tour de la présidentielle, l’élection a été purement et simplement annulée sous prétexte de cyberattaques et de « désinformation » sur TikTok. Des milliers de contenus ont été supprimés sur ordre de la Commission européenne via le DSA. Même scénario de pression en Pologne en 2025.
Les alertes venues des États-Unis
Aux États-Unis, Donald Trump, JD Vance ou Marco Rubio ont dénoncé cette « retraite de la liberté d’expression » et ce « complexe industriel de censure global ». Ils parlent de « censure à la soviétique » plus insidieuse, d’une Europe qui impose ses normes extraterritoriales aux plateformes américaines et pathologise toute dissidence souverainiste comme une menace étrangère.
Le « vivre ensemble » imposé ou la fin du débat démocratique
Le message est clair :
la liberté d’expression n’est plus un droit fondamental, mais une menace pour les élites lorsqu’elle contredit le consensus imposé sur l’immigration, l’islamisme, le genre ou l’Union européenne elle-même.
Le vote du Sénat du 5 mai 2026 n’est pas une mesure isolée de lutte contre l’islamisme radical. C’est le symptôme d’une dérive autoritaire plus large où l’État et les institutions supranationales s’arrogeant le monopole de la vérité morale et politique.
La France et l’Europe ne glissent pas vers une dictature classique. Elles s’enfoncent dans quelque chose de plus pernicieux : une dictature molle, administrative, technologique et idéologique, où l’on ruine économiquement celui qui pense mal plutôt que de l’emprisonner. Le « vivre ensemble » imposé par la force légale devient le nouveau tabou. Et la démocratie, privée de vrai débat, se vide de sa substance.
Le temps presse pour ceux qui refusent ce naufrage. Le texte passe maintenant à l’Assemblée nationale. Le Conseil constitutionnel sera-t-il, une fois de plus, le dernier rempart ? (On peut en douter lorsque l’on connait la méthode de cooptation utilisée par nos « élites« ). Ou finira-t-il par entériner, comme souvent, cette érosion progressive des libertés au nom du « vivre ensemble » et de la « sécurité » ? L’histoire jugera. Mais les signaux sont déjà alarmants. Très alarmants.


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