Les analyses explosives de Pepe Escobar et Thierry Meyssan
BRICS en état de coma : l’Inde sabote le contrepoids multipolaire
Dans cette émission riche en analyses géopolitiques, Pepe Escobar dresse un constat sans appel : les BRICS sont en « état de coma ». Après les sommets réussis de Kazan en 2024, la présidence indienne de 2026 a transformé l’organisation en un échec retentissant. La raison principale ?
L’Inde, membre fondateur, a choisi de s’aligner ouvertement sur Israël et les États-Unis.
Seulement 48 heures avant le début de la guerre contre l’Iran, le Premier ministre Modi proclamait une « alliance Inde-Israël » en des termes quasi mystiques. Résultat : un membre des BRICS (l’Iran) est en guerre ouverte avec un autre (les Émirats arabes unis) et un troisième (l’Inde) soutient indirectement l’agresseur. Escobar est catégorique : sans intervention forte de la Russie et de la Chine, les BRICS risquent l’implosion pure et simple.
L’Iran, ligne de front du monde multipolaire
L’Iran n’est pas seulement une victime collatérale : il est devenu le test décisif du nouvel ordre mondial. Escobar et Meyssan soulignent que Moscou et Pékin soutiennent Téhéran de manière décisive, même si une grande partie de ce soutien reste invisible (renseignement, satellites, composants militaires). Vladimir Poutine lui-même, après une longue discussion avec le ministre iranien des Affaires étrangères, a appelé Donald Trump pour fixer des lignes rouges claires. L’Iran, maître des « dribbles » après 47 ans de sanctions, a réussi à contourner le blocus du détroit d’Ormuz en imposant des taxes en rials, pétrolans ou cryptomonnaies. Un coup de génie qui fragilise le système américain.
Le déclin inéluctable de l’hégémonie américaine
Le sujet n’est pas nouveau, rappellent les invités en citant des articles du Monde diplomatique (1972), de Giovanni Arrighi (2005) et de L’Humanité. Mais aujourd’hui, l’échec est patent. Trump, obsédé par la Chine, veut contrôler le détroit d’Ormuz et le Golfe pour asphyxier Pékin. Pourtant, sa stratégie transactionnelle et ses « actes de piraterie » (saisie de navires, blocus) se heurtent à un mur : le peuple iranien et son attachement viscéral au droit international. Thierry Meyssan insiste : les États-Unis ne sont plus en mesure de rembourser leur dette colossale. Toute demande de remboursement massif provoquerait un krach pire que 1929.
La fin du pétrodollar et l’émergence des systèmes alternatifs
L’Iran a déjà commencé à exiger des paiements en yuans, cryptomonnaies ou pétrolans pour le passage dans le détroit d’Ormuz. C’est la mise en pratique concrète de ce que les BRICS discutent depuis des années dans leurs « laboratoires » de paiement alternatif (BRICSPay, UNIT, etc.). Escobar voit là le début concret de la fin du pétrodollar, même si le processus sera long. La Chine avance prudemment, préférant le temps long ; la Russie est beaucoup plus offensive.
OTAN et Union européenne : deux structures condamnées à disparaître
Pour les trois intervenants, l’UE et l’OTAN sont des constructions purement économiques et militaires qui n’ont plus de sens politique commun. Les intérêts des États membres divergent radicalement. L’Espagne de Pedro Sanchez est citée en exemple : refus de coupler le prix de l’électricité au gaz, position claire contre le génocide à Gaza. Meyssan prédit que ces deux organisations s’effondreront en même temps, car elles ont été créées par la même logique atlantiste. L’UE est obsédée par la Russie et a perdu toute pertinence géopolitique.
Le droit international bafoué : vers une nouvelle ONU ?
Thierry Meyssan rappelle avec force que le droit international – une invention franco-russe de la conférence de La Haye de 1899 – est systématiquement violé par les Occidentaux. L’ONU est morte, incapable de qualifier le génocide de Gaza ou d’empêcher la guerre unilatérale contre l’Iran. Pepe Escobar va plus loin : le Sud global est écœuré. Une nouvelle organisation internationale, peut-être basée en Afrique ou en Asie du Sud-Est, devra remplacer l’ONU actuelle, devenue un simple outil américain.
Conclusion : un monde en transition douloureuse mais inévitable
Entre orage tropical et analyses tranchantes, cette discussion entre Pepe Escobar et Thierry Meyssan livre un message clair :
la tyrannie américaine touche à sa fin, mais le chemin vers le multipolarisme est chaotique.
Les BRICS sont à la croisée des chemins, l’Iran tient bon, la Chine et la Russie préparent l’après. L’Occident, prisonnier de ses propres mensonges et de sa dette, s’enfonce dans l’incohérence. Comme le résume Escobar avec son franc-parler habituel : le rêve d’un contrepoids économique équilibré est en train de devenir réalité… à condition que la Russie et la Chine imposent enfin l’ordre et la cohérence là où l’Inde et certains partenaires jouent double jeu.
Un échange rare entre deux des meilleurs analystes géopolitiques de notre temps. À méditer.


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