La publication choc de François Asselineau
Le 28 avril 2026, François Asselineau, président de l’UPR, a publié sur X un message qui a fait mouche.
Il dénonce ce qu’il qualifie d’« éternel bobard » : l’idée d’une défense européenne réellement indépendante des États-Unis.
Pour appuyer son propos, il dresse une liste impressionnante – non exhaustive – d’installations militaires américaines ou otaniennes présentes sur le sol de onze États membres de l’Union européenne. Allemagne (avec la gigantesque communauté militaire de Kaiserslautern, Ramstein, Grafenwöhr, Spangdahlem…), Belgique (Chièvres), Bulgarie, Espagne (Morón, Rota), Estonie, Grèce (Crète), Italie (Aviano, Sigonella, Naples), Pays-Bas (Volkel), Pologne (Powidz, Redzikowo), Portugal (Lajes) et Roumanie (Deveselu). Deux cartes jointes illustrent avec précision cette empreinte américaine massive, notamment en Italie et en Allemagne.

Les faits sont têtus : l’Europe sous parapluie américain
Les États-Unis maintiennent encore aujourd’hui plusieurs dizaines de bases permanentes en Europe, avec entre 50.000 et 80.000 soldats stationnés en permanence.
Commandement, renseignement, logistique lourde, transport stratégique et même composante nucléaire partagée (bombes B61) : tout converge vers Washington. Dans ce contexte, parler d’une « défense européenne autonome » relève du vœu pieux ou de la communication politique.
Il y a 60 ans : de Gaulle et le retrait de la France de l’OTAN intégré
Pourtant, la France a connu, il y a exactement soixante ans, un moment historique de rupture avec cette logique d’intégration. Le 7 mars 1966, le général de Gaulle adressait une lettre au président américain Lyndon B. Johnson pour annoncer le retrait de la France des structures militaires intégrées de l’OTAN, tout en restant membre de l’Alliance atlantique sur le plan politique.
Cette décision n’était pas un caprice : elle découlait d’une vision claire de la souveraineté nationale.
La France, devenue puissance nucléaire en 1960, refusait d’être automatiquement entraînée dans des conflits décidés outre-Atlantique. Elle affirmait sa volonté de « disposer d’elle-même » et mettait en place une dissuasion « tous azimuts », indépendante, capable de frapper n’importe quel adversaire.
Grâce à ce choix courageux, la France s’est hissée au rang des nations respectées, parlant d’égal à égal avec les grandes puissances sans devenir un satellite (voir ici).
Aujourd’hui : la « trahison nucléaire » de Macron et la mise en commun de la force de frappe
Cet héritage semble aujourd’hui vaciller. En mars 2026, lors d’une annonce faite depuis la base nucléaire de l’Île Longue, Emmanuel Macron a présenté une refonte de la doctrine française sous le concept de « dissuasion avancée » pour l’Europe. Derrière cette formule se cache une coopération inédite et profonde avec plusieurs pays européens : Allemagne (via un groupe de pilotage nucléaire franco-allemand dès 2026), Pologne, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Suède, Danemark et même le Royaume-Uni. Exercices conjoints, visites d’installations sensibles, partage de renseignements et développement commun de missiles hypersoniques : autant de portes ouvertes sur le sanctuaire de la force de frappe française, jusqu’alors strictement nationale.
Cette évolution pose des questions fondamentales. La dissuasion nucléaire française, centrée sur les sous-marins lanceurs d’engins et un arsenal d’environ 300 ogives, reposait sur le secret défense le plus absolu et sur une doctrine gaullienne d’indépendance totale.
En l’ouvrant à des partenaires, dont certains sont particulièrement russophobes et influencés par les priorités atlantistes, on risque de diluer sa crédibilité et d’entraîner la France dans des escalades qu’elle n’aurait pas choisies.
Un contraste saisissant et une question vitale pour la France
Alors que les bases américaines truffent le continent et verrouillent toute velléité d’autonomie réelle, la France, seule puissance nucléaire européenne pleinement indépendante jusqu’ici, semble elle-même renoncer à une partie de son levier souverain. La réintégration du commandement intégré de l’OTAN en 2009 avait déjà marqué un premier recul. Les initiatives actuelles en matière nucléaire en constituent un deuxième, plus profond encore.
Au final, la publication de François Asselineau pose une question simple et radicale :
comment prétendre bâtir une défense européenne indépendante quand le continent reste militairement occupé par les infrastructures américaines et que la seule véritable force de dissuasion autonome du Vieux Continent est progressivement mise en commun ?
Soixante ans après de Gaulle, la France doit-elle choisir entre l’héritage de l’indépendance et la logique d’une intégration qui, sous couvert d’unité, risque de la ramener au rang de simple contributeur au sein d’un système dominé par d’autres ?
L’avenir de sa souveraineté en dépend.


Laisser un commentaire